Le rôle des algorithmes dans la promotion de contenus culturels non américains

Il semble aujourd’hui impératif d'encadrer et de règlementer les géants du numérique avec lesquels nous cohabitons.

Il semble aujourd’hui impératif d'encadrer et de règlementer les géants du numérique avec lesquels nous cohabitons.

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Le symposium «Souveraineté culturelle et géants numériques» réunira des spécialistes pour discuter des défis posés par les géants du Web dans le domaine de la promotion des contenus culturels.

Alain Saulnier

Alain Saulnier

Crédit : Amélie Philibert, Université de Montréal

Le Centre de recherche en droit public et l’Université de Montréal présenteront le symposium «Souveraineté culturelle et géants numériques: regards croisés, Canada, France, Belgique, Québec» les 18 et 19 avril auquel participeront la ministre du Patrimoine canadien, Pascale St-Onge, et le ministre de la Culture et des Communications du Québec, Mathieu Lacombe. 

Alain Saulnier, professeur honoraire au Département de communication de l’UdeM et coorganisateur de l’activité, modérera une table ronde sur le rôle des algorithmes dans la promotion de contenus culturels et linguistiques non américains. Nous lui avons donné la parole.

Quels problèmes posent les algorithmes pour la promotion de contenus culturels?

Les algorithmes posent divers problèmes lorsqu'il s'agit de promouvoir des contenus culturels. Pour illustrer cela, prenons l'analogie d'un livre de recettes de Ricardo. Toutes les étapes sont détaillées, de la première à la dernière, pour créer un plat savoureux. Cependant, si nous n'avons pas accès à la liste des ingrédients, nous ne saurons pas exactement à quoi nous attendre. C'est là que réside le problème quant aux algorithmes utilisés par les géants du numérique: ceux-ci gardent secrets leurs critères de sélection, leurs méthodes, ce qui signifie que nous ne comprenons pas entièrement comment ils parviennent à leurs résultats. 

De même, la formulation des questions et la méthodologie dans un sondage peuvent influencer les résultats obtenus. Si les géants du numérique définissent leurs algorithmes de manière opaque, sans transparence, comment pouvons-nous être certains que les résultats qu'ils produisent reflètent une réalité tangible et non biaisée? Prenons l'exemple de la musique: si les algorithmes favorisent les clics sur certains groupes de rock célèbres, ces groupes seront davantage mis en avant, ce qui peut limiter la diversité musicale disponible pour les utilisateurs.  

Que pourrait-on faire pour garantir une meilleure transparence et une plus grande compréhension de ces algorithmes?

Bien que la confidentialité des algorithmes soit un enjeu industriel, pourrions-nous exiger qu'ils soient examinés par une commission indépendante, composée de personnes impartiales, pour garantir qu'ils ne propagent pas de faussetés? 

Il semble aujourd’hui impératif d'encadrer et de règlementer les géants du numérique avec lesquels nous cohabitons. Cette cohabitation est comparable à celle d’un colocataire qui vous déplaît profondément, mais avec qui vous n’avez pas le choix de rester. L’État devrait adopter cette approche pour faire en sorte que les géants du Web ne se comportent plus comme des délinquants qui ne veulent pas payer d’impôts.

Pour faire face aux défis posés par les algorithmes, une coopération entre différents États est-elle souhaitable?

Oui, une telle coopération entre des États est essentielle. Actuellement, les États se trouvent souvent à rattraper le temps perdu face à l'évolution rapide des technologies numériques. Les nouvelles applications et avancées technologiques se succèdent à un rythme effréné, dépassant souvent la capacité des États à légiférer et à règlementer. 

Ainsi, je pense que l'avenue à envisager serait une concertation entre les États pour avancer ensemble et s'inspirer mutuellement des meilleures pratiques en matière de règlementation. C'est pourquoi nous avons organisé ce symposium sur la vie culturelle des géants du numérique, réunissant des spécialistes du Canada, de France, de Belgique et du Québec afin de favoriser un regard croisé et des échanges fructueux. 

Les GAFAM [Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft] adoptent des comportements qui contournent les lois en vigueur, comme en témoigne la décision de Meta de se retirer d’une entente établie avec le gouvernement australien. Ici, Meta a fait un pied de nez au projet de loi C-18. Cette situation souligne la nécessité d'une action collective des États pour faire respecter les règles du jeu. 

Dans mon livre Les barbares numériques: résister à l'invasion des GAFAM, publié il y a deux ans, j'ai lancé un appel à la résistance contre l'emprise croissante de ces géants du Web. Cependant, aujourd'hui, nous devons envisager des solutions pour cohabiter équitablement avec eux ou explorer des options pour nous affranchir de leur domination.  

Que proposeriez-vous comme solutions?

Il serait envisageable, par exemple, de créer une plateforme musicale favorisant la francophonie à l'échelle mondiale ainsi que des sites où serait davantage diffusée de musique francophone tout en offrant un espace pour mettre en valeur la musique des Premières Nations. On pourrait former des alliances au sein de l'Organisation internationale de la Francophonie avec des pays partageant des intérêts culturels communs. Ces alliances pourraient conduire à la création de plateformes parallèles à YouTube ou Spotify. 

On s’aperçoit que les réseaux sociaux comme Facebook et Instagram agissent en violation de la loi, comme en témoigne le cas du projet de loi C-18. On constate aussi une prolifération de la désinformation pour combler le vide laissé par la suppression de contenus provenant de nos médias locaux. Dans ce contexte, il est impératif de trouver des solutions viables. C’est ce que nous allons explorer au cours de notre symposium les 18 et 19 avril. 

Aide-mémoire

Quoi? Symposium «Souveraineté culturelle et géants numériques: regards croisés, Canada, France, Belgique, Québec» 

Quand? Les 18 et 19 avril  

Où? Laboratoire de cyberjustice (salle B-2215), pavillon 3200, rue Jean-Brillant  

Plus d’information: www.crdp.umontreal.ca/nouvelles/2024/03/19/symposium-souverainete-culturelle-et-geants-numeriques-regards-croises-canada-france-belgique-quebec/