Currently in French only. Encore quelques semaines avant le déclenchement des élections fédérales du 2 mai dernier, Sylvain Chicoine se rendait au Bureau de la sûreté, sous la grande tour de l'Université de Montréal, enfilait son uniforme et patrouillait le campus dès 7 h pour terminer sa ronde en fin d'après-midi. Mais la nouvelle de sa candidature sous la bannière du Nouveau Parti démocratique (NPD) dans la circonscription de Châteauguay–Saint-Constant a commencé à circuler au sein de son équipe.
«Sans être un homme secret, j'ai choisi la discrétion quant à mes intentions; mes collègues ont respecté cela jusqu'à l'annonce officielle de ma candidature.»
Emporté par la vague orange qui a déferlé au Québec, Sylvain Chicoine a gagné par plus de 15 000 voix sur sa plus proche rivale, la bloquiste Carole Freeman, députée sortante. «Au début, j'estimais que mes chances étaient minces; la circonscription était représentée par le Bloc québécois depuis la création du parti, en 1990, raconte-t-il. Mais j'ai eu une bonne campagne et j'ai profité du vent qui a tourné en faveur de notre parti.»
Préposé au service d'ordre depuis 1995 à l'UdeM, ce grand gaillard loquace et affable se disait encore incertain relativement à sa nouvelle identité, quelques jours avant son assermentation à Ottawa. «Je me sens encore constable mais de plus en plus député. Je serai le représentant des travailleurs et des gens issus de la classe moyenne», indique-t-il.
Si sa victoire peut paraitre surprenante à première vue, il faut savoir que Sylvain Chicoine était engagé depuis une dizaine d'années dans le syndicat des employés d'entretien de l'Université, où il était encore tout récemment secrétaire archiviste. Une fonction qu'il adorait. «J'ai beaucoup milité pour défendre les conditions de travail de mes collègues, souligne cet homme qu'on salue dans les corridors comme un héros de la famille. Et même s'il y a des lacunes dans la gestion du personnel, je considère l'Université de Montréal comme un employeur respectable et respectueux de ses employés.»
«J'annulais mon vote»
De son propre aveu, le député fédéral de Châteauguay–Saint-Constant était jusqu'au tournant du siècle «désabusé de la politique», tant fédérale que provinciale. «Je ne me sentais représenté par aucun parti. Au point où je ne votais pour personne quand il y avait une élection: j'annulais mon vote.»
À l'arrivée de Jack Layton à la tête du NPD, les choses ont changé. «C'est un chef auquel j'ai eu immédiatement envie de faire confiance. Son discours, ses idées, ce qu'il dégageait me semblaient très crédibles. J'ai eu envie d'embarquer avec lui et j'ai rejoint les rangs du parti.»
Membre du petit groupe de militants néodémocrates de sa circonscription de la Rive-Sud, Sylvain Chicoine a été pressenti pour représenter le parti lorsque l'échéancier électoral de 2011 s'est précisé. «J'hésitais. Je suis le père de trois jeunes enfants et je ne voulais pas qu'ils sentent que je les abandonne. Mais les représentants du NPD sont venus me voir. Ils ont insisté pour que je me présente. À leurs yeux, je pouvais être un bon candidat.»
Au Bureau de la sûreté, l'affiche aux tons orange est restée accrochée au mur du poste de coordination. «C'est la première fois de notre histoire qu'un agent se présente à une élection, mentionne Carole Audy, superviseure du service. Nous sommes très fiers de lui. J'avoue qu'on va suivre avec plus d'attention la politique fédérale.»
Un peu méconnu dans la population, le métier d'agent de sécurité existe à ses yeux pour aider les gens. «Or, c'est ce que Sylvain va continuer de faire au Parlement d'Ottawa, dit-elle. J'ose croire que le métier de député, c'est ça: aider le monde!»
Le député fédéral ajoute que les constables de l'Université de Montréal – qui doivent, au minimum, avoir un diplôme d'études collégiales en techniques policières pour obtenir un emploi – ont une approche beaucoup plus préventive que répressive dans leur lutte contre les actes criminels. Ils assurent la sécurité des membres de la communauté et répondent aux appels d'urgence en tout temps. Ils doivent occasionnellement utiliser la force, mais leurs interventions sont généralement pacifiques.
Dans sa tenue veston-cravate, Sylvain Chicoine s'initie actuellement à la vie parlementaire et il promet de se consacrer entièrement à ses nouvelles fonctions. Mais il ne verrait pas d'un mauvais œil son retour au Bureau de la sûreté, dans quatre ans, au terme de son premier mandat. «On traversera le pont lorsqu'on sera rendu à la rivière, mais si jamais je perds mes prochaines élections, c'est avec plaisir que je retrouverai mon poste ici, à l'Université. C'est un travail que j'ai beaucoup aimé et dont je conserve d'excellents souvenirs.»
Mathieu-Robert Sauvé
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- La vague orange de Sylvain Chicoine (Durée: 3 min 24 s)
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