Currently in French only. Elle était intelligente, racée, curieuse, créative. «Elle ne souriait jamais, c'était là son moindre défaut», a lancé en riant le professeur émérite de chimie de l'Université Paul-Sabatier, de Toulouse, Armand Lattes, au cours d'une conférence sur Marie Curie (1867-1934), née Sklodowska, à l'Université de Montréal le 6 mai dernier.
Abondamment illustrée, sa présentation sur la double lauréate du prix Nobel (physique en 1903 et chimie en 1911) tenait de l'hommage. «Elle est pour moi un des grands modèles en science», a commenté M. Lattes peu après sa communication suivie par quelque 70 personnes à l'occasion des 24 heures de science. «Ce n'est pas pour rien qu'Albert Einstein a dit qu'elle était, de tous les êtres célèbres, le seul que la gloire n'ait pas corrompu.»
Il fallait en avoir, du culot, pour se présenter devant une classe d'étudiants de la Sorbonne, quelques mois après la mort tragique de son mari, Pierre (1859-1906), afin de donner un cours historique. «Veuve, mère, elle vainc toutes les embuches pour remplacer son mari à l'université. À la fin de son cours, on l'acclame, mais elle est déjà repartie, tournant le dos à l'auditoire.»
Première femme à obtenir un poste de professeure à la Sorbonne en 1906, elle demeure à ce jour la seule scientifique à avoir gagné deux fois le Nobel. Mais alors que certains l'ont décrite comme une femme froide et austère – il est vrai qu'on ne connait qu'une seule photo d'elle esquissant un sourire –, elle se révèle aux yeux du professeur Lattes dotée d'une grande sensibilité. «C'était une mère très dévouée et, je crois, une femme amoureuse de son mari», précise-t-il.
Même si des paparazzis (eh oui, il y a plus d'un siècle) l'auraient épiée jusque dans l'intimité d'un homme marié, son histoire d'amour avec Pierre Curie demeure romantique. «Mon cher Pierre que je ne verrai plus jamais ici, je veux te parler dans le silence de ce laboratoire, où je n'aurais jamais pensé devoir venir sans toi», écrit-elle dans une lettre découverte en 1990.
Double patriote
Fille d'un professeur de science et d'une institutrice, Marie Sklodowska quitte Varsovie pour Paris après avoir pris part à des mouvements clandestins d'éducation. Déjà remarquablement brillante, elle obtient des succès répétés à l'Université de France. «Une chose la caractérisera toute sa vie: elle est cent pour cent française, mais aussi cent pour cent polonaise», note le conférencier. Même si elle ne retourna jamais vivre en Pologne, son pays natal demeurera une source d'inspiration et de préoccupation constante.
C'est dans cet esprit que le premier élément radioactif créé dans son laboratoire sera baptisé polonium; si c'est le second, le radium, qui passera à l'histoire, c'est que l'énergie dégagée par celui-ci s'est rapidement avérée plus facile à exploiter.
Bien avant d'être célébrés, Pierre et Marie Curie auront mené des recherches dans des conditions lamentables, confinés dans un hangar délabré appartenant au directeur de l'École supérieure de physique et de chimie industrielles de la ville de Paris. Mais le duo est prolifique, comme en fait foi un cahier sur lequel figurent d'un côté les notes de Pierre, couvertes de ratures et d'annotations, de l'autre celles de Marie, parfaitement soignées.
Femme engagée, elle participera à la guerre de 1914-1918 en lançant une unité de... radiologie. «Elle apprendra à conduire pour venir en aide aux blessés tout près du front. Elle s'y rend avec des assistants pour radiographier des malades», relate M. Lattes.
Même si elle refuse presque toutes les demandes d'entrevues, son interview par la journaliste américaine Marie Mattingly Meloney lui vaudra une publicité monstre. Elle recevra le 20 mai 1921 une subvention de 100 000 $ amassée par un réseau de femmes américaines. Cette souscription sera doublée en 1929, et elle en fera don à l'Université de Varsovie.
Si l'on connait bien sa première fille, Irène, qui recevra à son tour un prix Nobel de chimie en 1935 pour les travaux effectués avec son mari, Frédéric Joliot, Armand Lattes tient à souligner que la seconde fille du célèbre couple, Ève, aura aussi un destin singulier. Journaliste, poète et musicienne, elle ira vivre aux États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle s'engagera dans la résistance et rejoindra les forces alliées, ce qui lui vaudra de se voir retirer la nationalité française par le gouvernement de Vichy.
Après le conflit, elle épousera Henry Labouisse, futur dirigeant de l'Unicef. En 1965, elle l'accompagnera au Danemark lorsqu'il ira accepter, au nom de l'organisme, un quatrième Nobel pour la famille Curie.
La conférence d'Armand Lattes, fort appréciée du public, était une idée d'Andreea R. Schmitzer, professeure au Département de chimie, qui a reçu l'aide du consulat général de France et de l'Association des communicateurs scientifiques du Québec. Mme Schmitzer est une ancienne étudiante de M. Lattes – «la meilleure de sa promotion», signale-t-il. Avec Marie Curie, elle partage la passion des sciences et une origine est-européenne.
Mathieu-Robert Sauvé
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- La chimie d'Andreea Schmitzer (Durée: 3 min 32 s)
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900 personnes au Marathon de chimie
Faire de la peinture avec des pigments tirés de feuilles d'épinards qu'on a soi-même dissoutes et filtrées, c'est peut-être suffisant pour donner le gout de la science à un jeune du primaire qui entre dans une université pour la première fois. «Moi, c'est avec un jeu de chimie que j'ai eu la piqure. J'avais environ sept ou huit ans», a raconté, tout sourire, Julien Dufour-Gallant, lors du passage de Forum au Marathon de chimie, qui s'est déroulé le 6 mai dernier dans le hall du pavillon McNicoll de l'Université de Montréal.
L'étudiant à la maitrise du laboratoire de William Lubbell a consacré plusieurs heures de sa journée à initier les jeunes visiteurs à un aspect de la chimie. Avec d'autres étudiants de l'équipe, il a montré comment récupérer les couleurs dans la matière organique pour en faire des pots de peinture. Ces expériences toutes simples provenaient du projet Molecules for Life, lancé en 2007 par le professeur Lubbell et Robert Signer, de l'Université de St Mary's, à Halifax, ayant pour objectif de révéler la présence de la chimie dans les éléments de la nature.
Un peu plus loin, un autre apprenti chimiste a réalisé du Purell maison: un peu d'alcool à friction, un peu de glycérine et une goutte d'eau de rose pour l'odeur, et voilà . «Vous obtenez le même résultat qu'avec le produit commercial et à une fraction du prix», a-t-il fait observer.
On a aussi fabriqué du savon, du nylon, une balle et de la glu devant des enfants aux yeux ronds qui sont repartis le plus souvent avec un échantillon de ces produits. Sous un chapiteau extérieur, les expériences de gastronomie moléculaire allaient bon train. Les visiteurs ont pu gouter, notamment, à un sorbet au jus de fruits léger et désaltérant. Mode de réfrigération: mélanger le jus avec de l'azote liquide à une température de -195 °C.
Quelque 900 personnes ont convergé vers l'Université de Montréal de midi à minuit et 24 étudiants du Département de chimie les ont accueillies à ce qui semble être l'activité la plus populaire des 24 heures de science 2011. «L'équipe était exténuée mais satisfaite», a mentionné Andreea R. Schmitzer, qui a coordonné les ateliers.
M.-R.S.

