Family doctors prefer the ER

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Les jeunes omnipraticiens sont mus par des intérêts individualistes et préfèrent l’action de l’urgence à la routine du bureau. De plus, à l’urgence, ils voient le résultat de leurs interventions rapidement, ce qui leur plait. (Photo: iStockphoto)Currently in French only. Les jeunes médecins de famille ne désirent pas ressembler au bon vieux Dr Welby. Ils s'identifient davantage aux courageux médecins de la série américaine ER. Il n'est donc pas surprenant que la très vaste majorité des urgentistes québécois soient des omnipraticiens de formation... et que deux millions de Québécois n'aient toujours pas accès à un médecin de famille.

En effet, après leur résidence en médecine familiale, plusieurs choisissent de se spécialiser en médecine d'urgence. D'autres s'orientent vers l'obstétrique, les soins palliatifs, la gériatrie ou la recherche.

Mais peu passent directement à la pratique de bureau, ce qu'on appelle aussi la continuité de soins ou la prise en charge globale. Comment expliquer ce profond désintérêt? C'est la question posée par le Dr Philippe Karazivan dans son mémoire. Lui-même a travaillé deux ans dans les urgences avant de poursuivre sa carrière à l'unité de médecine familiale de l'hôpital Notre-Dame.

«On répète aux jeunes praticiens que c'est leur devoir social de prendre en charge des centaines de patients, remarque-t-il. C'est un discours très moralisateur. Or, cela ne fonctionne pas.»

Philippe Karazivan a donc donné la parole à 18 omnipraticiens ayant moins de 10 années de pratique et employés principalement par des services d'urgence. «Le but de l'exercice n'était ni de légitimer ni de condamner leur choix professionnel, mais plutôt de le comprendre», précise celui qui était supervisé par la Dre Marie-Dominique Beaulieu.

C'est pourquoi il a analysé les propos tirés de longues entrevues individuelles et de groupe à l'aide d'une approche de théorisation ancrée, c'est-à-dire que les concepts et les hypothèses sont construits et vérifiés au fur et à mesure de la progression de la recherche.

«Nous avons découvert que les jeunes omnipraticiens urgentistes sont des professionnels autonomes, dynamiques et changeants, affirme-t-il. Leur système de valeurs constitue l'argument principal de leurs choix professionnels et de leur conception de leurs rôles et responsabilités: ils sont donc mus par des intérêts individualistes. À ce stade-ci de leur vie et de leur carrière, la responsabilité sociale et le sens du devoir envers la population ne figurent pas parmi leurs valeurs fondamentales.»

La médecine d'urgence: un choix évident

Philippe KarazivanÀ l'image des autres professionnels de leur âge, ces médecins recherchent une qualité de vie. Ils désirent une pratique flexible et craignent l'engagement à long terme auprès des patients.

La continuité de soins ne les conforte pas dans leur sentiment de compétence. Au contraire, elle se révèle intimidante. «C'est plus facile pour eux de se sentir compétents dans une médecine plus spécialisée que générale, où ils ne savent jamais sur quoi ils vont tomber», explique le Dr Karazivan, qui est aussi chargé d'enseignement de clinique à l'Université de Montréal.

Ces jeunes omnipraticiens carburent à la performance. Ils souhaitent des résultats rapides, ce qui est rarement le cas en cabinet. «C'est une génération action-réaction, s'exclame-t-il. Ils ne veulent pas obtenir une échographie dans six mois ou convaincre un patient d'arrêter de fumer pour en voir les effets dans 10 ans.»

Enfin, ils sont en quête de valorisation. «Ils doivent d'abord se valoriser eux-mêmes, fait observer Philippe Karazivan. Ils y arrivent davantage s'ils réparent une jambe brisée à l'urgence que s'ils rectifient une dose de médicament en cabinet.»

Les patients et leur entourage contribuent à cette valorisation en se montrant souvent plus impressionnés par un statut d'urgentiste que par celui d'omnipraticien. Le manège se répète dans la culture médicale hospitalière, où l'on porte aux nues la spécialisation et où certains dénigrent la pratique de bureau. «C'est le culte de l'expertise qui touche toutes les sphères de notre société», dit le médecin.

Les participants de l'étude remettent aussi en question la valeur accordée à leur profession par le gouvernement, «qui clame l'importance des médecins de famille, mais qui rémunère deux fois plus les urgentistes et leur donne facilement accès à toutes les ressources du système», résume-t-il.

Qualité de vie, performance, compétence, reconnaissance du statut, rémunération plus généreuse... «Tout pointe vers la médecine d'urgence, conclut le Dr Karazivan. À ce stade, ce n'est même plus un choix. C'est une évidence pour eux!»

Difficile de renverser la vapeur

«La seule manière de ramener les jeunes médecins à la continuité de soins, c'est de leur offrir des conditions de travail où ces valeurs seront reconnues», croit Philippe Karazivan.

Le partage des responsabilités dans les nouveaux groupes de médecine familiale est un bon départ, estime-t-il. Il en va de même pour le réaménagement du cursus des études médicales à l'Université de Montréal, qui fait un peu de place à la continuité des soins et aux compétences relationnelles et communicationnelles.

Il juge enfin que la médecine familiale devrait apprendre de la médecine d'urgence. «Il y règne un enthousiasme qu'on ne trouve pas forcément en cabinet. Les étudiants le sentent et, inconsciemment, font leur choix en conséquence. Nous devons leur fournir des expériences et des modèles en médecine familiale qui susciteront leur motivation.»

Marie Lambert-Chan

 

Sur le Web


 

Ce que les jeunes omnipraticiens en pensent...

Sébastien: L'urgence [...] c'est facile à gérer, c'est des heures fixes; oui on a un peu de paperasse à faire autour de ça, mais, si je veux prendre un mois de congé, je pars; il n'y a pas de problème, pas de planification à faire à la suite de mon absence, si je veux changer, si je veux déménager, si je veux changer d'hôpital; l'urgence, c'est tellement ponctuel comme action [...] Alors que le bureau, c'est tous les patients que tu suis qui sont dépendants de toi; quand tu pars en vacances, tu dois t'occuper de certaines choses, donc c'est plus lourd, la responsabilité...

Clémence: [À l'unité de médecine familiale] il y a beaucoup de patients qui me remerciaient et qui étaient contents de venir me voir alors que moi, des fois, je me disais «Il me semble que je n'ai rien fait».

Didier: J'aime soulager. J'aime ça quand le patient a super mal... C'est ça de la médecine aigüe [...] Oui une intraveineuse, pis c'est fini, 15 minutes après il n'a plus mal [...] Ça, j'adore ça.

Philomène: On [le discours officiel] dit que c'est correct la médecine familiale, mais dans ta formation, quand tu dis que tu veux aller en médecine familiale, tu te fais regarder, les spécialistes vont te dire «T'es bonne, qu'est-ce que tu vas faire là?» [...] ou «Quel gaspillage de talent».

Dylan: L'argent, c'est notre mesure de valeur dans notre société... Je m'excuse, mais donner des bravos, bravos, bravos, c'est bien beau, mais show me the money. La réalité, c'est que le bureau, c'est la moitié de ce que je peux gagner à l'urgence...

Paul: Par définition ceux qui sont chicken, ils vont faire du bureau, ils n'ont pas le choix, pas d'autres options; mais ça ne veut pas dire que tous ceux qui choisissent de faire médecins de famille sont plus chicken.

Sébastien: La résidence de médecine familiale m'a fait haïr le bureau.

 
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