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«Lorsque la maitrise en commerce électronique a été implantée en 2001, le Web était en folie et personne ne savait ce qu'Internet allait devenir 10 ans plus tard. Aujourd'hui, nos premiers diplômés sont devenus des acteurs incontournables de la Toile et ont créé un créneau d'emplois pour les prochains diplômés», soulignait Vincent Gautrais à l'ouverture de la conférence consacrée aux 10 années de ce programme le 29 avril dernier.
Pour ce professeur de la Faculté de droit de l'Université de Montréal, qui a été le premier directeur de cette maitrise, un tel programme tourné vers l'avenir posait un véritable défi, puisque le droit est par nature «une science de la réaction qui regarde derrière».
Ce biais allait être contrebalancé par la participation de professeurs du Département d'informatique et de recherche opérationnelle (DIRO). «Les informaticiens regardent vers l'avenir», a fait valoir pour sa part Peter Kropf, professeur à l'Université de Neuchâtel, en Suisse. Il a été l'un des initiateurs du programme alors qu'il enseignait au DIRO.
Et qui dit commerce dit gestion. La maitrise en commerce électronique ne pouvait être digne de ce nom sans la collaboration du troisième partenaire qu'est HEC Montréal.
Intégration réussie?
Aux yeux du professeur Kropf, la maitrise ne pouvait qu'être interdisciplinaire parce que les avocats et les gestionnaires doivent posséder des notions de base en informatique et que les informaticiens doivent être au courant des lois qui régissent ce type de commerce. À son avis, la synergie entre les trois disciplines a été une réussite dès le début.
L'un des premiers diplômés de la maitrise, Jean-François Renaud, fondateur de la firme d'experts en marketing Internet Adviso, a pour sa part présenté un point de vue plus critique sur l'interdisciplinarité. «Elle est le point fort et le point faible du programme, a-t-il déclaré. La participation de trois unités a posé de nombreux problèmes de gestion des services. Et la cohabitation de gestionnaires et de techniciens n'était pas évidente; il y a un fossé entre le marketing et le développement technologique.»
Celui qui cherchait une formation lui permettant de faire du commerce essentiellement sur le Web – et non pas «notamment sur le Web» – estime que la maitrise répondait à ses attentes, mais que son principal défaut est d'être trop analytique et pas suffisamment pratico-pratique.
Pour Vincent Gautrais, l'aspect analytique et théorique est au contraire un élément essentiel de la formation à l'usage du Web. «Ça va vous servir plus tard. Nous n'avons pas le choix d'être universels et spécialistes de rien», a-t-il dit en citant le philosophe Michel Serres.
Toutefois, l'intégration des trois disciplines ne lui apparait pas suffisamment forte. Dans cette intégration à renforcer, l'aspect juridique devrait peut-être prendre moins de place, pense-t-il. Il reconnait par ailleurs qu'il y a une «pollution législative» règlementant le commerce électronique et Internet en général, ce qui lui fait craindre des visées de contrôle de la part des gouvernements.
Un gros défi
La question de la place à accorder à la gestion et aux connaissances techniques en commerce électronique était au cœur des débats lors de la création de cette maitrise et l'est toujours aujourd'hui. «On ne savait pas ce que la révolution du Web allait donner il y a 10 ans et on l'ignore encore», a conclu Vincent Gautrais.
Pour celui qui prend la relève à titre de directeur du programme, Olivier Gerbé, professeur des technologies de l'information à HEC Montréal, les critiques adressées à la maitrise, entre autres quant à l'intégration des disciplines, sont fondées et c'est ce à quoi il s'attaquera dans son mandat.
«La nécessité de faire connaitre la technologie derrière les outils tels Facebook et Twitter ainsi que la gestion commerciale tout en assurant une formation analytique de haut niveau est un gros défi, mais c'est aussi un impératif», a-t-il indiqué au moment de prendre ses fonctions de directeur.
Olivier Gerbé sera secondé par deux codirecteurs, Nicolas Vermeys, professeur à la Faculté de droit, et Esma Aïmeur, professeure au DIRO.
Daniel Baril
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