Currently in French only. Le choc générationnel observé sur le marché du travail n'épargne pas le milieu universitaire, surtout lorsqu'il est question de la critique. Des étudiants issus de la génération Y reprochent à des professeurs d'être trop durs dans leurs commentaires. Certains enseignants estiment pour leur part que les jeunes supportent mal la critique.
«Bien entendu, personne n'aime recevoir une rétroaction négative, observe Éric Tremblay, mais je ne crois pas que les étudiants d'aujourd'hui y soient plus sensibles que la génération précédente.»
Selon ce psychologue en aide à l'apprentissage, c'est plutôt le rapport avec l'autorité qui s'est transformé. «Auparavant, on remettait peu en question l'avis d'un professeur, dit-il. Plus affirmée, la génération Y préfère argumenter quand elle est critiquée. Ce n'est pas nécessairement de la résistance, mais bien souvent un besoin de comprendre.»
Ce phénomène serait aussi attribuable à la pression sociale. «Nous vivons dans une société de performance. Les étudiants ont des attentes élevées par rapport à leur parcours professionnel», remarque celui qui travaille au Centre de soutien aux études et de développement de carrière de l'Université de Montréal.
Afin de transcender les clivages générationnels, Éric Tremblay offre ces quelques conseils aux étudiants... et aux professeurs.
Étudiants, soyez proactifs
Recevoir des commentaires négatifs peut entrainer un tourbillon d'émotions. Avant de réagir, mieux vaut prendre un certain recul.
«Soyez à l'écoute de votre professeur et prenez le temps de bien analyser ce qu'il vous dit au lieu de songer à une riposte, ajoute-t-il. Ayez l'esprit ouvert. Reformulez la critique dans vos propres mots afin de vous assurer d'avoir bien compris les corrections exigées.»
N'hésitez pas à demander plus de précisions à votre professeur. «Plus la rétroaction est claire, plus il est facile de s'y adapter», signale Éric Tremblay. Il recommande aux étudiants de dresser un plan d'action pour remédier à la situation. «Soyez proactif! C'est dans l'action qu'on réussit à s'améliorer.»
En effet, ruminer ses échecs ne sert à rien. «Relativisez la chose en vous remémorant vos succès, conseille M. Tremblay. Gardez en tête que vous êtes à l'université pour apprendre et considérez la critique comme un outil de développement.»
Professeurs, centrez-vous sur les comportements
Une critique faite à l'emporte-pièce peut avoir des effets dévastateurs sur la confiance d'un étudiant. C'est pourquoi il importe de la formuler avec doigté.
Une rétroaction de qualité devrait considérer les comportements et non l'individu, juge Éric Tremblay. «Dire à un étudiant qu'il n'est pas ponctuel le mettra automatiquement sur la défensive. Il est préférable de lui faire remarquer que les renseignements donnés lorsqu'il était absent lui seraient utiles. On souligne ainsi le comportement fautif sans pour autant tomber dans l'attaque personnelle.»
De plus, établissez vos priorités. «Prenons un professeur qui rencontre un étudiant dont il dirige la thèse. Il sera plus constructif pour lui de cibler certains problèmes plutôt que de déballer d'un coup tout ce qui ne va pas, ce qui risque de démotiver l'étudiant», explique Éric Tremblay.
La critique est beaucoup plus facile à accepter lorsqu'elle est faite seul à seul – l'humiliation devant les pairs ne vous attirera évidemment aucune sympathie – et qu'elle est accompagnée d'un avis positif. «C'est ce qu'on appelle la “méthode sandwich”: on insère l'observation négative entre deux commentaires positifs. Cela fonctionne encore mieux quand on propose en prime des solutions.»
Enfin, le psychologue invite autant les professeurs que les étudiants à ne pas tomber dans une dynamique où l'on recherche qui a tort et qui a raison. «Cela crée des discussions sans fin, ce qui est loin d'être constructif.»
Marie Lambert-Chan
(Illustration : Benoît Gougeon)
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