Chaussures de volleyball, veston et bottes de sécurité

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Emmanuel André-MorinEmmanuel André-Morin affiche un parcours scolaire et sportif exceptionnel Il suffit d'un coup d'œil sur le palmarès d'Emmanuel André-Morin pour comprendre qu'il ne s'agit pas d'un joueur de volleyball comme les autres. Depuis le début de sa carrière universitaire, l'attaquant des Carabins a remporté à peu près tous les honneurs auxquels il aurait pu prétendre. Et ce, autant sur le plan sportif que dans ses études.

Depuis 2006, le numéro 2 des Bleus s'est imposé comme l'un des volleyeurs les plus redoutables du pays. Après avoir été nommé recrue de l'année au Canada au terme d'une excellente première saison, Emmanuel André-Morin a été désigné meilleur joueur de l'association québécoise au cours des deux dernières années. Tout en se taillant chaque fois une place dans la première équipe d'étoiles au pays.

Le plus impressionnant, c'est que le jeune homme de 22 ans excelle autant sur les bancs d'école que sur les terrains de volleyball. Combinant la rigueur avec un remarquable sens de l'organisation, Emmanuel André-Morin a terminé son baccalauréat en administration des affaires à HEC Montréal avec une moyenne de 4,1 sur 4,3. Pas étonnant qu'il ait été nommé étudiant-athlète masculin de l'année chez les Carabins, tous sports confondus, en 2007-2008 et 2008-2009.

L'athlète prend toutefois les honneurs sportifs avec un grain de sel. «Le volley, c'est un sport tellement collectif, explique-t-il très modestement,  que, même si l'on veut tous bien performer individuellement, on dépend énormément des gars qui sont autour de nous. Alors je suis très fier lorsque je reçois un titre de joueur par excellence, par exemple. Mais une grande partie de la récompense revient à mes coéquipiers.»

En revanche, lorsqu'on parle d'honneurs qui prennent aussi en considération les résultats scolaires, le sourire de l'étudiant s'accentue légèrement. «C'est sûr que j'ai beaucoup plus de facilité à m'approprier ce sentiment de fierté pour les récompenses qui combinent sport et études. C'est moi qui me couche tard et qui me lève tôt pour me plonger dans mes livres; c'est moi qui fais des sacrifices pour pouvoir étudier autant que possible.»

Sans une passe parfaite d'un coéquipier, le gaillard de six pieds et trois pouces ne pourrait réussir un smash tout en puissance pour terminer le point. Mais dans une salle de classe, devant une copie d'examen, ou à la bibliothèque, Emmanuel André-Morin n'a personne d'autre que lui à remercier pour ses succès.

En fait, il peut également remercier son père. Un père qui était un modèle, un mentor. Malheureusement, le jeune homme a brutalement perdu son père à l'âge de 15 ans. «C'était quelqu'un de très présent dans ma vie, dit-il de manière posée, sereine. Quelqu'un avec qui je parlais beaucoup. Sa mort a été un moment vraiment difficile. Et je ne crois pas que j'ai réussi à combler le vide qu'il a laissé dans ma vie. D'ailleurs, je ne pense pas être capable de le combler un jour...»

La plupart de ses proches considèrent qu'Emmanuel André-Morin s'en est plutôt bien sorti. Surtout que, quelques mois après la tragédie, il décidait de quitter la ville de son enfance, Vaudreuil-sur-le Lac, pour aller étudier au cégep de Sherbrooke.

La vie est faite d'étapes

Mais, avec de bons amis autour de lui qui ont su l'épauler, l'ancien des Volontaires de Sherbrooke a réussi à franchir cette nouvelle étape de sa vie.

«Le volleyball m'a beaucoup aidé à passer par-dessus. Au collégial, la pratique d'un sport devient vraiment plus intense pour ce qui est du temps et de l'énergie investis. On parle réellement de sport d'excellence. La charge de cours devient en outre de plus en plus lourde.»

Tout cela est encore plus vrai à l'université, et son entraineur-chef, Georges Laplante, en sait quelque chose. «On savait dès le début que, pour Emmanuel, les études étaient très importantes. Il a toujours eu des charges de travail considérables, mais ça ne l'a jamais empêché de participer aux activités de l'équipe. Et, dès sa première saison, il s'est imposé comme un leadeur dans l'équipe, même si on avait un bon groupe de vétérans.»

«C'est un gars superorganisé de qui on n'a vraiment pas besoin de s'occuper, enchaine l'entraineur-chef. Il est toujours à l'heure, toujours disponible. Il veut savoir à quelle heure l'entrainement commence, à quelle heure il finit. C'est cliché, mais, si tous les athlètes étaient comme Manu, ce serait vraiment facile d'être coach.»

Même s'il en sera à sa cinquième et dernière année sur le circuit universitaire, l'étudiant-athlète ne sera pas de retour avec les Carabins l'an prochain. Il va troquer ses chaussures de volleyball contre le veston, histoire de faire son chemin dans le monde de la comptabilité. Actuellement inscrit au diplôme d'études supérieures spécialisées, le volleyeur se dirige vers le titre de comptable agréé.

Dans le meilleur des mondes, il aimerait trouver un poste de gestionnaire où il pourrait mettre à profit son énergie et son besoin de bouger. «En tant que comptable, on passe une grande partie de notre vie assis derrière un ordinateur, et c'est quelque chose qui m'irrite beaucoup dans mon quotidien en ce moment.»

Là aussi, une autre de ses passions pourrait bien lui permettre de mener une vie plus active: l'immobilier.

«Je voudrais pouvoir passer la moitié de la semaine dans une camionnette,  avec des bottes de sécurité à me promener sur les chantiers. Et l'autre moitié, avec un veston, en train de rencontrer des clients et de finaliser des transactions.»

Sans oublier, bien sûr, quelques heures pour enfiler ses chaussures de volleyball. Histoire de continuer à pratiquer le sport auquel son père l'a initié il y a maintenant une dizaine d'années.

Rémi Aboussouan
Collaboration spéciale

 

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