Analogie et théorie en architecture : de la vie, de la ville et de la conception, même

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La matière de l'architecture n'est pas faite que de pierre, de béton ou de bois, mais également d'idées, de connaissances et d'emprunts les plus divers, de zones hétérogènes mêlant des échelles, des impératifs et des attentes parfois contradictoires. Dans ces univers hétéroclites, autant de sources de tensions du projet menaçant jusqu'à sa cohérence et son efficacité, les concepteurs doivent faire montre d'une indéniable capacité de mise en relation et l'architecture, qu'elle soit proactive dans ses pratiques ou rétroactive dans ses théories, se révèle largement redevable de cette puissante forme de pensée qu'est l'analogie; claire et naturelle, en apparence, dans les termes qu'elle entend rapprocher, mal comprise et complexe, en définitive, dans sa façon de relier des entités disjointes.

Mais l'analyse ne saurait se satisfaire d'une théorie des ressemblances. Certaines analogies sont persistantes, d'autres ne résistent pas à l'exposition. Certaines accompagnent le murissement d'un projet, d'autres s'imposent d'elles-mêmes, après le surgissement de l'édifice, à l'encontre, parfois, des intentions premières. Il se trouve des analogies trop littérales et trop visibles, tandis que d'autres n'émergent qu'à la suite d'explications et d'analyses fouillées. Sorte de secret mal gardé, l'analogie serait de fait une des grandes matrices de l'architecture.

Examinant rigoureusement la portée pratique et théorique de cette hypothèse, les études d'histoire critique rassemblées dans ce premier ouvrage se consacrent à trois registres de la modernité qui éclairent l'architecture contemporaine: les conceptions de la vie et de la biologie (des images du corps aux principes de la génétique), les conceptions de la ville (en reconstituant les contours et les enjeux de ce que l'architecte Aldo Rossi appelait une «ville analogue») et les conceptions mêmes de la conception (dont les modèles analogiques permettent de rendre compte des circonvolutions de l'imagination et de la réflexion architecturale).

Jean-Pierre Chupin est professeur titulaire et directeur scientifique du Laboratoire d'étude de l'architecture potentielle à l'Université de Montréal. Ses recherches et ses publications portent sur le projet d'architecture, sur le jugement architectural et sur le phénomène des concours.

Jean-Pierre Chupin, Analogie et théorie en architecture: de la vie, de la ville et de la conception, même, coll. Projet et théorie, Genève, Infolio éditions, 2010, 328 p.

 

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