Le parcours de Guy Rocher est indissociable de la Révolution tranquille, dont il fut à la fois l'un des acteurs et l'un des analystes. Lui-même avoue avoir toujours oscillé entre l'action et la réflexion.
Professeur retraité du Département de sociologie et de la Faculté de droit de l'Université de Montréal, Guy Rocher est l'un des rares universitaires à être invité à des réceptions qui marquent le départ à la retraite de professeurs qui ont été... ses étudiants, alors que lui-même est toujours actif. À 85 ans, le sociologue continue en effet de porter un regard lucide sur le Québec, qu'il a vu évoluer et où il est toujours acteur comme en témoigne son engagement dans le débat sur la laïcité de l'État.
Partant de ses écrits les plus connus, son neveu François Rocher, directeur de l'École d'études politiques de l'Université d'Ottawa, nous présente dans le volume Guy Rocher: entretiens les analyses et réflexions de son oncle sur l'actualité québécoise d'aujourd'hui.
Sous forme d'entretiens dynamiques, François Rocher amène le sociologue à livrer des détails, raconter des anecdotes et formuler des commentaires que le principal intéressé n'aurait sans doute pas fournis s'il avait eu à produire lui-même un ouvrage rétrospectif ou une autoanalyse de son parcours intellectuel. Le lecteur apprend ainsi que Guy Rocher est né lorsque le Canada faisait toujours partie de l'Empire britannique, qu'il a été président de la JEC du Canada, membre de la commission Parent, président du «comité des huit» aux côtés de Charles Taylor, Raymond Laliberté et Claude Ryan durant la crise d'Octobre, avant d'être sous-ministre de Camille Laurin relativement à la loi 101.
Après le survol de cet itinéraire, Guy Rocher aborde la question des changements sociaux, des réformes, des révolutions et des leçons à tirer de l'épisode du FLQ, sans oublier le néonationalisme. Dans le chapitre suivant, portant sur la culture et la langue, il expose ses points de vue sur le multiculturalisme, le «nous-Québécois-francophones», la culture populaire ou encore l'impact de la loi 101.
Celui qui a contribué à la mise en place du système scolaire actuel revient sur les tiraillements qui ont marqué la commission Parent, notamment à propos du financement des écoles privées. Il nous révèle que c'est sans doute parce que tous les membres francophones de cette commission avaient été formés à l'école privée qu'ils n'ont pas été jusqu'à proposer la fin des subventions publiques à ce secteur. À l'époque, le réseau privé était considéré comme complémentaire au réseau public et non pas comme un concurrent de celui-ci. À ses yeux, une nouvelle commission d'enquête serait nécessaire afin de réactualiser la mission de démocratisation de l'enseignement et de lutter contre les inégalités.
Le dernier chapitre traite de la sociologie du droit, dernière étape de la carrière universitaire que Guy Rocher a entamée au Centre de recherche en droit public.
Tout au long de ces entretiens, qui se sont déroulés en 2006 et 2007, le sociologue exprime sa préoccupation quant à une société plus égalitaire, à la défense de l'identité québécoise et à la poursuite de ce rêve qu'est l'indépendance nationale du Québec.
Daniel Baril
François Rocher, Guy Rocher: entretiens, Montréal, Boréal, 2010, 243 p.
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