Jocelyn Faubert lance et compte!

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Jocelyn Faubert peut recréer dans son laboratoire les stimulations auxquelles doivent répondre les athlètes. Il peut également analyser la qualité des réflexes des personnes.«Wayne Gretzky n'avait pas le meilleur coup de patin de la Ligue nationale, mais il avait de la vision et savait où lancer», a déjà dit Jocelyn Faubert au sujet du hockeyeur canadien.

L'habileté du marqueur naturel, le chercheur la possède lui aussi sur sa patinoire: la recherche appliquée. Avec quatre projets passés du laboratoire au marché (ou qui sont en voie de l'être) et plus de neuf brevets nationaux ou internationaux à son nom, Jocelyn «Gretzky» Faubert a de la vision et sait très bien où lancer. Pourtant, il n'était pas le meilleur patineur de sa classe. «J'ai longtemps été un garçon perdu. Je ne trouvais presque aucune motivation à l'école. Au cégep, j'ai étudié l'inhalothérapie. Je fumais comme une cheminée et je traitais des patients atteints d'emphysème. J'ai complètement décroché et je suis parti voyager», confie-t-il.

Aujourd'hui, le Laboratoire de psychophysique et de perception visuelle que dirige Jocelyn Faubert compte 28 personnes, dont plusieurs étudiants-chercheurs des cycles supérieurs. On vient des États-Unis et de France pour travailler avec cette jeune équipe dynamique. Le chiffre d'affaires annuel dépasse largement le million. La Chaire industrielle CRSNG-Essilor sur la presbytie et la perception visuelle, dotée d'un capital de 1,5 M$, n'est qu'un des bailleurs de fonds du laboratoire. La Fondation canadienne pour l'innovation, le Fonds de la recherche en santé du Québec et des entreprises privées surveillent de près l'évolution des travaux de cette unité.

Une des inventions du professeur Faubert, utilisée dans une quinzaine de cliniques au Canada, est une minicaméra capable d'analyser la composition du sang de manière non effractive. En un simple zoom au fond de l'œil, la caméra capte la composition des vaisseaux. «Nous cherchions à comprendre la perception des couleurs, on a trouvé du sang», raconte le chercheur de l'École d'optométrie de l'Université de Montréal en parlant de l'une de ses premières découvertes faite avec Vasile Diaconu et qui a franchi avec succès toutes les étapes de l'idée au code-barres. Une analyse des spectres en présence permet de révéler des molécules particulières, qui peuvent être des indices de maladies.

Une autre des inventions nées au laboratoire, le NeuroTrackerMC (de CogniSens Athletics), est actuellement employée dans les gymnases des Pingouins de Pittsburgh, des Canucks de Vancouver et des Sénateurs d'Ottawa. Sans compter le Manchester United (soccer) et le Stade toulousain (rugby), qui poussent leurs athlètes dans cet immense environnement virtuel. Études à l'appui, le NeuroTrackerMC rehausse la performance en situation de jeu chez les athlètes de haut niveau en optimisant leurs capacités perceptives et cognitives et, conséquemment, leur lecture du jeu dans le feu de l'action. Cet entrainement est bon pour presque tous les sportifs engagés dans des compétitions où la vision joue un rôle de premier plan.

C'est à l'automne 2009 que CogniSens Athletics a acquis les droits sur cette technologie et sur trois autres, toutes mises au point par Jocelyn Faubert. Ce dernier a lui-même acquis au fil des ans une connaissance du milieu du transfert technologique, mais il a pu bénéficier de l'aide du Bureau Recherche-Développement-Valorisation ainsi que de l'accompagnement d'Univalor.

Le studio d'immersion où le NeuroTrackerMC a vu le jour, situé au 3744, rue Jean-Brillant, a beaucoup plus souvent accueilli des personnes vieillissantes que des émules d'Alexander Ovechkin. On y étudie depuis longtemps l'équilibre et la posture, des caractéristiques difficiles à mesurer dans la vie. «Ici, on a reproduit un environnement de centre commercial où la personne doit se déplacer», explique le chercheur muni de lunettes permettant une vision tridimensionnelle.

De décrocheur à chercheur

Souvent cité comme l'un des chercheurs les plus performants de l'Université de Montréal pour ce qui est des transferts technologiques, Jocelyn Faubert ne prétend à aucun titre de gloire. Il sent toutefois que sa contribution est «utile». «Ne serait-ce que par la formation, de bonne qualité, qu'on offre ici», indique-t-il. Installé à Montréal, sa ville natale, il est convaincu qu'on peut y faire de l'excellente recherche. Il n'a pas eu de mal à refuser les offres venues d'ailleurs. L'avenir s'annonce plutôt prometteur pour son équipe, puisqu'elle créera peut-être des filiales si les projets continuent de progresser au rythme actuel. Au cours des derniers mois, le chercheur a beaucoup voyagé pour consolider certains partenariats.

L'équipe de hockey de Vancouver figure parmi ces partenaires dont il vante le volet de recherche et développement. «Les Canucks ont une personne officiellement embauchée pour faire de la recherche. C'est très stimulant de travailler avec eux.»

L'esprit constamment à l'affut, il confesse que ses recherches l'habitent à temps plein. «Même quand je regarde un film, je ne peux pas m'empêcher de faire des liens avec des projets en cours. Il faut que je me concentre pour revenir à l'intrigue... Pour mon entourage, c'est comme si je travaillais tout le temps. Mais ce n'est pas du travail. C'est du plaisir», lance-t-il en riant.

Mathieu-Robert Sauvé

 

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