L'herbier Marie-Victorin aura enfin un toit

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Trois spécimens de plantes décrites pour la première fois par le frère Marie-Victorin et faisant partie de l’herbier qui porte son nom : le calla des marais (Calla palustris), le trille penché (Trillium cernuum) et le lycopode officinal (Lycopodium clavatum).Avec son déménagement en 2010 au Centre sur la biodiversité de l'Université de Montréal, actuellement en construction sur le site du Jardin botanique, l'herbier Marie-Victorin aura enfin une demeure à sa mesure. «À l'heure qu'il est, les planches sont entreposées dans le sous-sol de l'Institut de recherche en biologie végétale, où les conditions sont loin d'être optimales. Dans les nouveaux locaux, on aura un taux d'humidité contrôlé, une température constante, pas de poussière et aucune menace d'inondation», explique le conservateur, Luc Brouillet, professeur au Département de sciences biologiques.

Les quelque 900 000 plantes séchées qui forment la collection – l'une des trois plus importantes au pays et la plus importante en milieu universitaire – sont depuis 14 ans «temporairement» installées dans des pièces où des tuyaux munis de gicleurs empêchent le conservateur de dormir sur ses deux oreilles. «Nous n'avons pas eu d'avaries jusqu'à maintenant, mais nous ne serons pas rassurés tant que la collection n'aura pas été déménagée dans son environnement permanent, construit selon des critères de conservation muséologiques», dit-il.

En plus de bénéficier d'un nouveau mobilier de rangement – certaines des armoires datent de l'époque de son fondateur, Conrad Kirouac (1885-1944) –, l'herbier connaitra une nouvelle naissance. «Nous mettons en ce moment beaucoup d'énergie dans la numérisation des plantes dans le cadre d'un projet international: le Global Biodiversity Information Framework», indique le botaniste.

Une bibliothèque biologique

En donnant accès gratuitement à cette bibliothèque biologique sans pareil, le Centre sur la biodiversité favorisera une meilleure connaissance du territoire, estime Luc Brouillet. C'est grâce à une subvention obtenue en 2006 par sa collègue Anne Bruneau que le projet du Centre a vu le jour. L'annonce du début des travaux a été faite le 15 septembre dernier par le maire de Montréal, Gérald Tremblay.

Le Centre va entre autres s'attaquer à un immense projet consistant à mettre à la disposition de la communauté scientifique internationale des milliers de photos issues des collections qu'il abritera. À l'aide de la technologie numérique, il deviendra possible de consulter l'herbier sans se déplacer dans les locaux montréalais. Les chercheurs possèdent déjà quelque 70 000 spécimens numérisés. On veut atteindre les 200 000 d'ici cinq ans.

Dans les prochains mois, un catalogue comptant environ 6700 plantes indigènes du Canada, à savoir  la totalité des plantes vasculaires connues, devrait être accessible aux chercheurs dans le cadre du projet Canadensys, soit le volet canadien du Global Biodiversity Information Framework. Luc Brouillet, qui se penche depuis un quart de siècle sur la flore de l'Amérique du Nord, a participé à ce travail avec ses étudiants.

En plus de sa valeur patrimoniale, la collection comprend environ un millier de spécimens types, c'est-à-dire des plantes qui ont servi à identifier de nouvelles espèces. Le chardon de Mingan, par exemple, découvert en 1924 par le frère Marie-Victorin, est conservé dans l'herbier. Figurant aujourd'hui sur la liste des espèces menacées, il ne se trouve au Québec que dans la région de la Réserve de parc national du Canada de l'Archipel-de-Mingan. «On a ici l'essentiel des herborisations du frère Marie-Victorin, notamment les 4000 plantes récoltées à Cuba dans les dernières années de sa vie. Mais l'herbier s'est agrandi sans cesse depuis.»

L'herbier de l'UQAM, constitué de 10 000 plantes, est venu ainsi enrichir la collection de l'Université de Montréal dans les années 80. Des collections de plantes aquatiques et des collections privées ont aussi été léguées au fil des années. Les plus petites plantes sont de minuscules lentilles d'eau et les plus grandes des palmiers des Antilles dont il a fallu plier soigneusement les feuilles pour qu'elles trouvent leur place dans les boites.

Présentement, six chercheurs mènent des travaux sur des pièces de la collection et des stagiaires entreprennent régulièrement des recherches sur certaines d'entre elles.

Mathieu-Robert Sauvé

 

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