La menace d'une guerre biologique existe!

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Un soldat de l'armée américaine ajuste son masque au cours d'un exercice effectué en aout 2007. (Photo: USARCENT)La guerre biologique est une possibilité qu'on doit envisager. Elle peut être provoquée par l'un des 25 pays qui détiennent, plus ou moins secrètement, des armes biologiques. Une attaque bioterroriste est également possible.

C'est ce qui ressort du dernier livre du microbiologiste français Patrick Berche, membre du Conseil scientifique de Défense auprès du ministre de la Défense de la République française, qui présente aux Belles Soirées et Matinées une grande conférence sur le sujet le 24 mars. «Je ne veux pas être alarmiste, mais il existe un danger réel d'attaque biologique, explique-t-il au cours d'un entretien téléphonique depuis Paris. La bonne nouvelle, c'est qu'on peut se préparer à une telle éventualité comme on l'a fait en France avec le programme Biotox

Patrick Berche est professeur de microbiologie à Paris. (Photo: Laurent  Péters)Si pareille attaque était déclenchée au moyen d'une maladie excessivement contagieuse comme la variole (officiellement éradiquée mais dont on conserve des souches dans deux laboratoires fortement gardés), un programme serait immédiatement mis en place de façon à protéger la population. En plus de mettre très rapidement en quarantaine les individus infectés, on vaccinerait les proches et, en quelques mois, on aurait administré le vaccin à toute la population française.

Mais, poursuit du même souffle l'auteur de L'histoire secrète des guerres biologiques (Robert Laffont, 2009), les choses seraient beaucoup plus compliquées dans un pays qui ne possède pas de mesures d'urgence. «On imagine facilement le désastre dans une métropole d'un pays du tiers monde où la densité de population ferait en sorte que la contamination serait extrêmement rapide et les mesures de confinement presque impossibles à imposer.»

Du côté des pays tentés par les bioarmes, ce sont le plus souvent des États qui ne disposent pas de l'arme nucléaire et qui voient dans cette technologie une façon de maintenir l'équilibre de la terreur. Toutefois, l'expert nuance les vrais dangers qui guettent. L'arme biologique est actuellement très difficile à produire. Les spores de charbon, par exemple, doivent être couplées à des molécules de silicium pour être dévastatrices. Or, cette militarisation du microbe n'est pas à la portée du premier laboratoire venu.

Un grand tabou

Ce que nous apprend le professeur Berche dans son livre, c'est d'abord que l'histoire est peu loquace sur les armes biologiques même si elles ont fait des milliers de victimes depuis la Première Guerre mondiale. On qualifie pudiquement de «non conventionnelles» ces armes qui transgressent un tabou, l'utilisation du vivant contre le vivant. Emploi intentionnel de virus mortels et de gaz asphyxiants, expériences cruelles menées sur des hommes et des femmes au Japon durant la Seconde Guerre mondiale, programmes américain et russe d'armes biologiques, attaques au gaz sarin dans le métro de Tokyo et au bacille du charbon aux États-Unis... «Ces évènements, écrit M. Berche, sont le fil conducteur d'une histoire méconnue et dominée par le mensonge, le secret et la désinformation, d'où émerge aujourd'hui la menace bioterroriste.»

Il apparait étrange au spécialiste que les islamistes n'aient pas été tentés par l'arme biologique. Du moins pas encore. «Peut-être y a-t-il un interdit religieux autour de l'arme biologique. En fait, je ne m'explique pas que les islamistes n'aient pas encore perpétré d'actes bioterroristes. C'est un mystère.»

Shoko Asahara, gourou de la secte Aum Shinrikyo, est l'instigateur de l'attaque au gaz sarin dans le métro de Tokyo en 1995. L'attentat a fait 5500 victimes, parmi lesquelles 12 morts et 54 personnes grièvement blessées. (Légende et photos tirées de l'ouvrage L'histoire secrète des guerres biologiques, de Patrick Berche)La secte Aum Shinrikyo, au Japon, a franchi le pas, et son attaque au gaz sarin en mars 1995 a fait 5500 victimes, dont 12 morts. «On soupçonne la secte d'avoir procédé à quelques essais dans les années 90, dont une attaque avec le virus Ebola, en Afrique, heureusement manquée», note-t-il.

Prévenir

Plusieurs mesures peuvent être instaurées pour prévenir les désastres d'une guerre biologique. La première est l'information, une «arme» dans laquelle Patrick Berche fonde beaucoup d'espoirs. «Je crois que la pédagogie a des vertus immenses. En cas d'attaque, une population informée serait plus apte à réagir avec efficacité. La pire attitude des services sanitaires consisterait à ne rien dire ou à minimiser les risques.»

La deuxième réside dans le renforcement des systèmes de prévention. Pour cela, il faut commencer par détruire définitivement les souches connues du virus de la variole, même si certains spécialistes pensent qu'on doit les conserver afin de fabriquer, au besoin, un vaccin. «Bien que les deux endroits dans le monde où sont gardées des souches du virus soient considérés comme surs, je suis de ceux qui croient que les dangers que cette molécule présente sont plus grands que ses avantages.»

Y a-t-il des armes plus «morales» que d'autres? Pour le professeur Berche oui, et l'arme biologique est sans aucun doute la plus immorale de toutes.

Mathieu-Robert Sauvé

 

Grande conférence «L'histoire des guerres biologiques secrètes» le mardi 24 mars de 19 h 30 à 21 h 30 au 3200, rue Jean-Brillant; prix d'entrée: 20 $ pour le grand public, 17 $ pour les ainés et 12 $ pour les étudiants.

 

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