Hubert Reeves, l'étoile de l'année

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Hubert Reeves (Photo: Bernard Lambert)La première fois qu'Hubert Reeves a senti l'excitation de la recherche, c'était quand il étudiait à l'Université de Montréal, dans les années 50. Avec quelques étudiants, le professeur Pierre Demers avait lancé dans le ciel montréalais un ballon-sonde muni d'une plaque photographique afin d'étudier le rayonnement cosmique. «Je me souviens de tout le plaisir que j'ai ressenti à participer à cette expérience, relate-t-il pendant un entretien téléphonique. Je réalisais pour la première fois que j'avais envie de consacrer ma vie à la recherche.» Même si le ballon s'est perdu dans la stratosphère et qu'on l'a retrouvé à une centaine de kilomètres à l'est de son point de départ, dans un lac, les plaques photographiques inutilisables, la fébrilité liée à la découverte avait fait son effet.

L'astrophysicien reçoit cette année la médaille de l'Ordre du mérite, la plus haute distinction de l'Association des diplômés de l'Université de Montréal, pour sa contribution remarquable à la recherche en physique stellaire et pour ses talents de communicateur scientifique. Diplômé du Département de physique en 1953, Hubert Reeves a écrit 20 livres qui présentent au public des grands principes d'astronomie et de cosmologie, sans négliger les questions existentielles, empreintes de poésie, qui sont soulevées par l'activité humaine. Au cours de la dernière année seulement, deux ouvrages sont parus sous sa signature: son autobiographie Je n'aurai pas le temps (Seuil) et un collectif intitulé Petite histoire de la matière et de l'univers (Le Pommier).

«En cette année mondiale de l'astronomie, où l'on célèbre aussi le 75e anniversaire de l'Association des diplômés, nous voulions honorer la plus célèbre étoile du Département de physique, dit Michel Saint-Laurent, secrétaire général de l'Association. Hubert Reeves a donné le gout de l'astronomie à M. et Mme Tout-le-monde tant par ses publications que par ses prestations publiques. Il est un conférencier de talent, apprécié d'un bout à l'autre de la francophonie.»

L'histoire du savant est intimement liée à celle de son alma mater. À l'âge de 10 ans, par la fenêtre de la maison que ses parents achètent dans le quartier Côte-des-Neiges, le petit Hubert voit la tour de l'Université de Montréal. Durant ses études primaires, il fait ses devoirs en gardant un œil sur ce bâtiment. «J'étais confiant: la marche à suivre était claire. Le but nourrissait mes énergies», raconte-t-il dans ses mémoires. La maison familiale appartient aujourd'hui à son fils Nicolas, et l'ancien écolier retrouve sa chambre donnant sur la tour lorsqu'il séjourne à Montréal. «Dès que j'y entre, j'aime aller à la fenêtre. À chaque fois, les émotions que je ressentais lorsque j'ouvrais mes cahiers des cours de la journée reviennent, et le même plaisir m'envahit», peut-on lire dans Je n'aurai pas le temps.

Georges Michaud, professeur de physique à la retraite, a bien connu Hubert Reeves, car ils ont étudié ensemble. Il se souvient d'un homme qui détestait la paperasse et la bureaucratie et qui maugréait contre les formalités administratives. Mais le travail de recherche l'enchantait. «On a publié ensemble un de mes premiers articles scientifiques, en 1965. Nous sommes restés en contact et je l'apprécie beaucoup pour ses capacités de synthèse», mentionne-t-il. Au fil de sa carrière au Département de physique, M. Michaud a invité son ancien camarade de classe à animer un séminaire presque à chacun de ses passages à Montréal.

Résidant en France depuis plusieurs années, Hubert Reeves semble posséder, à 76 ans, une énergie renouvelée. Son agenda, au cours des 12 derniers mois, l'a amené au Maroc, en Tunisie, au Sénégal, dans plusieurs pays d'Europe et au Canada, évidemment. En ce 400e anniversaire de la première utilisation de la lunette astronomique par Galilée («fondamentale, elle a changé notre conception de l'Univers», signale-t-il), les offres sont nombreuses. Il les honore, acceptant de se déplacer à l'autre bout du monde pour une rencontre dans une école primaire, un cégep ou une université.

Mais il se garde du temps pour améliorer son coup de baguette, car la direction d'orchestre est devenue son nouveau champ d'intérêt. D'ailleurs, la musique semble avoir, en sourdine, orchestré sa vie. Son autobiographie se divise d'ailleurs comme les mouvements d'une pièce musicale: prélude (allégro), ouverture (vivace), développement (andante) et variations (scherzos).

M.-R.S.

 



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