L'Année internationale de la biodiversité se termine en beauté. À la 10e Conférence des Nations unies sur la diversité biologique, tenue à Nagoya, au Japon, du 18 au 29 octobre, un accord qualifié d'historique a en effet été conclu entre les 193 pays signataires de la Convention sur la diversité biologique afin de protéger les espèces animales et végétales menacées d'extinction.
«Nous avons obtenu beaucoup plus que ce qui était attendu, déclare Thora Martina Herrmann. C'est un grand pas pour la protection de la biodiversité.»
Professeure au Département de géographie de l'Université de Montréal et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en ethnoécologie et conservation de la biodiversité, Mme Herrmann a participé à cette conférence à titre de membre honoraire du consortium Aires du patrimoine autochtone et communautaire (APAC). Elle y a présenté deux ateliers sur la préservation du savoir traditionnel autochtone et a procédé au lancement d'un ouvrage collectif sur la dépendance de l'espèce humaine à l'égard de la biodiversité.
Fin de la biopiraterie!
L'une des deux principales ententes intervenues à Nagoya vise à augmenter respectivement de 10 % et de 17 % les zones marines et terrestres actuellement protégées de la surexploitation. Il revient à chaque pays de faire le nécessaire sur le plan national pour que l'objectif soit atteint à l'échelle planétaire d'ici 2020.
«Cela à des conséquences importantes pour le Canada, qui devra redoubler d'efforts pour protéger ses écosystèmes et pour instaurer une agriculture et une industrie de la pêche durables, affirme Thora Martina Herrmann. Il faudra cesser la surexploitation des mers et la surfertilisation des champs.»
La seconde entente majeure porte sur un protocole d'accès aux ressources génétiques tirées de plantes, d'animaux ou de micro-organismes – notamment pour la production de médicaments et de cosmétiques – et sur le partage des bénéfices qui en découlent.
«C'est la fin de la biopiraterie, annonce la professeure. Jusqu'à présent, les découvertes faites à partir des pratiques traditionnelles dans les pays en développement ont posé des problèmes quant à la reconnaissance de la propriété intellectuelle de ces savoirs collectifs. Les profits devront désormais être répartis équitablement entre les entreprises des pays utilisateurs et les pays d'origine. C'est peut-être le message le plus important de cette conférence.»
Un exemple de ce pillage: le cactus Hoodia, traditionnellement utilisé comme coupe-faim par les Bochimans du désert du Kalahari, dont les molécules ont été brevetées par des compagnies pharmaceutiques pour en tirer des traitements contre l'obésité.
Bien qu'enthousiaste, Thora Martina Herrmann demeure réaliste et consciente qu'il reste encore beaucoup de travail à accomplir pour passer de la parole aux actes. Les ententes doivent être sanctionnées par les gouvernements des pays signataires et l'on sait que les États-Unis ne sont pas de la partie. «Après l'échec de la conférence de Copenhague sur les changements climatiques, celle de Nagoya envoie un message encourageant et rétablit la confiance en la capacité des Nations unies de s'attaquer aux problèmes de notre planète», souligne-t-elle.
Ces ententes ouvrent également la porte à la mise en place de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique en matière de biodiversité et de services écosystémiques, qui se veut l'équivalent du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, le GIEC, dont le mandat est d'évaluer toutes les données liées aux changements climatiques.
Savoir autochtone
Dans ses deux ateliers, la professeure Herrmann a présenté diverses expériences de gestion écologique regroupées au sein du consortium APAC; ces expériences ont trait à des zones riches en biodiversité qui sont gérées selon les valeurs culturelles et les modes de conservation traditionnels des communautés autochtones.
«Ce sont donc les plus anciennes formes de gouvernance d'une aire protégée, mentionne-t-elle. Si les APAC étaient évaluées et reconnues à leur juste valeur par les gouvernements, elles pourraient doubler la surface des aires protégées dans le monde.»
C'est sur ce thème que porte sa contribution au volume collectif Interdependence of Biodiversity and Development Under Global Change (Technical Series no 54, Secrétariat de la Convention sur la diversité biologique) lancé à Nagoya et dont elle est coéditrice. Elle y aborde entre autres les liens entre la diversité culturelle et la diversité biologique ainsi que la nécessité de sauvegarder le savoir autochtone.
Daniel Baril
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Sur le Web
- Département de géographie
- Chaire de recherche du Canada en ethnoécologie et conservation de la biodiversité
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Les espèces disparaissent à un rythme effarant!
Les mesures adoptées à Nagoya visent à freiner la disparition des espèces, qui a atteint un rythme jamais vu depuis la fin des dinosaures.
Le travail à faire est colossal puisque, selon les données de l'Évaluation des écosystèmes pour le millénaire – une vaste étude commandée par les Nations unies en 2000 et qui a mis à contribution 1360 experts de 50 pays –, 60 % des écosystèmes seraient actuellement exploités de façon non durable. Il en résulte qu'environ 12 % des oiseaux, 25 % des mammifères et 32 % des amphibiens sont menacés d'extinction d'ici un siècle. Selon le rapport des experts, la planète voit disparaitre de 50 à 100 espèces... par jour! Ce taux serait 1000 fois plus élevé que le taux «naturel» d'extinction observé au cours de l'histoire de la Terre.
D.B.
