Un musée des civilisations à l'UdeM

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Scène mythologique précolombienne gravée sur une courge calebasse et réinterprétée avec l’anthropologue Lionel Vallée comme personnage.La Collection d'objets ethnographiques du Département d'anthropologie est l'un des trésors méconnus de l'Université de Montréal. Fondée en 1961 à l'initiative du professeur Guy Dubreuil, cette collection s'est enrichie au fil des ans grâce aux dons de professeurs et d'étudiants qui ont légué au Département diverses pièces ramenées de leurs recherches réalisées auprès de sociétés ethnologiques.

«Le professeur Dubreuil voulait créer un musée culturel des civilisations à l'Université de Montréal pour combler le vide qu'il constatait de ce côté au Québec, précise Violaine Debailleul, responsable de la collection. À cette époque, on s'inquiétait des changements dans les traditions des groupes ethnologiques qui adoptaient le mode de vie occidental; on voulait garder la trace de ces traditions en pratiquant l'anthropologie de sauvetage.»

Outre la préservation, la collection remplit une fonction de formation en mettant à la disposition des étudiants des objets qui illustrent les pratiques sociales, le mode de vie, la technologie ou encore les coutumes vestimentaires des peuples autochtones et indigènes afin qu'ils se familiarisent avec ces cultures.

La collection ethnographique est en fait un ensemble d'une soixantaine de collections spécialisées selon un type d'objet ou une culture d'appartenance et qui regroupe de 3000 à 4000 artéfacts des cinq continents, plus particulièrement de l'Afrique, de l'Amérique du Sud et du Canada. On y trouve des objets domestiques (lampes à l'huile, ustensiles, poinçons), des outils, des instruments agraires, des jouets, des armes, des parures, des objets de rituels, des sculptures, des textiles, etc. Sans oublier les 80 instruments de musique (hochets, tambours, flutes, trompettes, instruments à cordes) du Venezuela, d'Haïti, du Sénégal et du Québec, hébergés au Laboratoire de recherche sur les musiques du monde de la Faculté de musique (LRMM).

Outre Guy Dubreuil, plusieurs autres professeurs maintenant à la retraite ont participé à l'édification de cette collection unique dont Asen Balickci, Lionel Vallée et Pierre Beaucage. Les anthropologues ne sont pas les seuls à y avoir contribué; on remarque en effet un important legs de statuettes précolombiennes du professeur Michel Sabourin, du Département de psychologie.

«Ma femme et mon couteau croche»

Dans l'esprit de l'anthropologie de sauvetage, plusieurs pièces ont par ailleurs été fabriquées et acquises sur commande. C'est le cas notamment d'objets servant au culte vaudou et de certains artéfacts de la collection amérindienne de Norman Clermont. «L'idée est de reproduire des objets faits de matières périssables comme le bois, le cuir et les tissus, afin d'observer la technique de fabrication et de documenter le tout», explique Violaine Debailleul.

L'une des pièces de la collection Clermont, baptisée «couteau croche», est en elle-même très révélatrice. Le professeur avait demandé à un Attikamek ce qu'il considérait comme essentiel pour survivre en forêt: «Ma femme, ma hache et mon couteau croche», lui a répondu l'autochtone, qui s'est fait un plaisir de lui en fabriquer un.

«La politique d'acquisition est de n'accepter que des objets qui ont été recueillis par des chercheurs et qui sont documentés, souligne la responsable. Nous n'acceptons pas de pièces isolées ou dont on ne connait pas l'historique. Nous n'avons pas non plus de restes humains ou d'artéfacts estimés sacrés par les peuples qui les ont façonnés.»

Au Pérou avec Tintin

Malgré le déplacement de l'intérêt de l'ethnologie vers l'anthropologie sociale et politique, la collection n'a pas perdu sa pertinence. «La muséologie a critiqué l'approche qui avait pour effet de décontextualiser les objets culturels et de figer les peuples dans le temps, mais il y a présentement un regain d'intérêt pour la culture matérielle parce que l'objet concret crée une empreinte sensitive», signale Violaine Debailleul.

Les pièces de la collection peuvent être régulièrement vues dans des expositions montées à l'occasion de cours du Département d'anthropologie ou présentées au Centre d'exposition de l'UdeM. Elles représentent en outre un matériel inestimable pour le cours d'ethnomuséologie du programme de maitrise en muséologie.

Les objets servent également à de nombreuses expositions organisées à l'extérieur de l'Université de Montréal. Certains ont ainsi figuré dans Perles de vie: parures de l'Afrique orientale et australe, tenue de 2005 à 2007 au Musée canadien des civilisations; dans l'exposition itinérante Du Nil bleu à la rivière Orange de ce même musée (2002-2009); dans une exposition promotionnelle du Québec à Barcelone en 1999 (Québec, un accent d'Amérique); et même dans Au Pérou avec Tintin, créée par le Musée de la civilisation à Québec.

La description complète des pièces est accessible aux chercheurs dans Internet à partir du site du Réseau Info-Muse (catalogue complet ou fiches avec images uniquement).

Plusieurs documents aussi accessibles en ligne à partir du site du Département d'anthropologie donnent un aperçu de cette collection, dont les kayaks inuits conservés à la salle Marius-Barbeau et ayant fait l'objet de l'exposition Sauvés des eaux, la collection entièrement illustrée des instruments de musique (site du LRMM), ainsi qu'une vidéo soulignant le don de statuettes précolombiennes de Michel Sabourin.

Daniel Baril


 

Dossier spécial :

Les collections de l'Université,
des trésors pour l'enseignement et la recherche


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