Un grand nombre de surdoués échouent à l'école

Imprimer

Il n’est pas rare que les enfants surdoués souffrent de myopie ou d’hypermétropie. (Photo : iStockphoto)Des surdoués qui échouent? C'est beaucoup plus fréquent qu'on pense. De 33 à 50 % des enfants «intellectuellement précoces», comme disent les spécialistes, vivront au moins un échec scolaire à un moment de leur vie. Pire encore. Selon une enquête menée auprès de 145 surdoués suivis sur une période de 20 ans et présentée par Medec en 2003, seulement 40 % terminent un baccalauréat ou accèdent aux cycles supérieurs. Les autres décrochent ou abandonnent leurs études.

C'est l'une des surprises qui attendait un groupe d'étudiants de premier cycle en psychologie au terme d'une recension des écrits sur le sujet. «Nous étions loin de nous douter de toutes les difficultés que peuvent éprouver ces enfants et leurs familles», affirme Cassandre Bélanger-Legault, l'un des trois membres de l'équipe que Forum a rencontrés.

À l'invitation de leur chargée de cours sur l'enfance, Geneviève Piché, les étudiants Marie-Ève Boucher, Cassandre Bélanger-Legault, Philippe Grenier-Vallée, Cyriel L'Homme et Marie-Ève Dupont se sont initiés à la recherche universitaire. «Nous voulions vivre une première expérience de ce qu'est vraiment la recherche. D'un commun accord, nous avons choisi comme objet d'étude les surdoués parce que le sujet nous semblait plus positif que les troubles du comportement», raconte Marie-Ève Boucher.

En plus de recenser la littérature, de clarifier les notions de base et d'effectuer une synthèse des données, les futurs psychologues ont eu à faire une présentation par affiches sur la problématique. Ils ont communiqué les résultats de leurs travaux à la journée scientifique annuelle du Département ce printemps. «Tout cela a totalisé plusieurs heures de travail, en plus de nos cours, et sans que nous obtenions de crédits supplémentaires, souligne Philippe Grenier-Vallée. Mais l'exercice a été enrichissant.»

Cette équipe a apporté un nouvel éclairage sur le phénomène des enfants dits «à haut potentiel» dont Forum présente les grandes lignes.

Marie-Ève Boucher, Philippe Grenier-Vallée et Cassandre Bélanger-Legault se sont initiés à la recherche universitaire même s’ils n’ont pas encore terminé leur scolarité de baccalauréat.L'hypersensibilité des enfants précoces

«Surdoués», «précoces», «en avance», «à haut potentiel», les termes ne manquent pas pour désigner les enfants dont le rythme de développement intellectuel est supérieur à celui de leurs camarades du même âge, signale d'entrée de jeu Marie-Ève Boucher. «Il s'agit d'un sujet controversé qui repose en partie sur le fait qu'il n'y a pas de consensus sur les définitions ni même sur les outils pour repérer ces jeunes, explique-t-elle. De nos jours, au lieu de l'adjectif "surdoués", on préfère parler d'enfants "à haut potentiel", car leur don intellectuel peut ne pas se refléter dans leurs compétences.»

Aux yeux des experts, un enfant «à haut potentiel» a un âge mental en avance de une ou plusieurs années par rapport à son âge physique et affectif. Est considéré comme intellectuellement précoce celui dont le quotient intellectuel (QI) atteint 130, ce qui est le cas de 2 ou 3 enfants sur 100. Seulement 1 sur 100 a un QI de 140 et plus. Par comparaison, le QI de la population en général oscille entre 90 et 120.

Comment reconnait-on des enfants intellectuellement précoces? Bébés, ils ont le regard scrutateur et marchent généralement avant l'âge de un an, dit-on. «Ce sont des enfants curieux dont la mémoire est sure, précise Philippe Grenier-Vallée. Ils ont une facilité à s'exprimer oralement et, bien sûr, une grande capacité de traitement et d'analyse de l'information. Ils sont également avides d'apprendre, de créer, et ils aiment complexifier les jeux.» Autre caractéristique commune: l'hypersensibilité sensorielle, qui est souvent caractérisée par une intolérance à la lumière, au bruit et au toucher (par exemple certains tissus ou produits pour le corps), les rend plus vulnérables sur les plans social et émotif.

Enfants «à haut risque»

Mais si ces enfants intéressés par l'Univers, les problèmes métaphysiques de l'être humain et les limites de l'espace montrent très tôt un désir d'apprendre à lire (avant l'âge de six ans), leur écriture est souvent très mauvaise. «Chez ces enfants, la main et le développement psychomoteur général, tout comme l'affectivité, ne progressent pas de façon équivalente, fait remarquer Cassandre Bélanger-Legault. Cette dyssynchronie, qui affecte tout particulièrement les garçons, est parfois à l'origine de l'échec scolaire.»

Les difficultés scolaires peuvent aussi résulter du désintérêt que manifestent les enfants surdoués pour l'école, celle-ci ne répondant pas à leurs attentes. Résultat? Ils réagissent par un comportement perturbateur − en posant tout le temps des questions, en gênant le professeur dans son travail − ou, au contraire, apathique. «Après des années d'une scolarité mal adaptée à leurs besoins, de passivité intellectuelle, ces jeunes arrivent démunis au cégep. Ils ont alors du mal à organiser leur travail et à demeurer attentifs», mentionne Philippe Grenier-Vallée.

Le danger avec l'ennui, c'est qu'il peut mener au décrochage, laissant la porte ouverte à la délinquance, indique pour sa part Marie-Ève Boucher. De 10 à 30 % des enfants intellectuellement précoces, d'après les études réalisées principalement aux États-Unis, présentent des troubles psychologiques et du comportement. Ces manifestations pathologiques d'une souffrance psychologique sont liées à la difficulté des enfants surdoués à gérer leur décalage intellectuel. Dans les cas extrêmes, leur grande sensibilité peut les conduire à la maladie mentale, voire à des tentatives de suicide.

Pour les étudiants qui entament leur deuxième année à l'Université, il est donc important de reconnaitre le plus rapidement possible les enfants précoces, avant que leurs problèmes apparaissent, de manière que leur don devienne un atout et non un handicap. L'avenir de ces jeunes dépend de l'aide que les parents pourront apporter et de l'accompagnement adapté dont ils bénéficieront.

Bien canalisé, le potentiel exceptionnel de ces enfants peut les mener à des carrières remarquables. Plusieurs professeurs d'université sont après tout des surdoués qui ont bien tourné...

Dominique Nancy

 

Dossiers

 

Sortir de sa bulle grâce à l'interdisciplinarité

En militant, il y a plus de 25 ans, pour une pensée complexe qui accueillerait l'enchevê...

 

Le campus de l'UdeM à Laval : des débuts très prometteurs

Le campus de l'UdeM à Laval a toutes les allures d'un pari gagné: en effet, plutôt que ...

 

Libérer le potentiel caché

Se voir fermer les portes de l'université parce qu'on est dyslexique ou qu'on souffre d'u...

Le chiffre

11,0 G$

C’est le total des sommes déboursées par les universités canadiennes pour la recherche et le développement en 2009-2010.

Lire la suite...