Les centaines de milliers d'Américains qui ont activement milité pour l'élection de Barack Obama n'ont pas été aussi actifs durant la première année de son mandat à la présidence. Les républicains ont comblé le vide et galvanisé leurs propres troupes. «Obama avait réussi la plus grande mobilisation de l'histoire des États-Unis, mais il a négligé sa base lorsqu'il est arrivé au pouvoir. Cette erreur stratégique l'a affaibli au point de compromettre la réalisation de ses grands projets», commente Jean-François Lisée, directeur exécutif du Centre d'études et de recherches internationales de l'Université de Montréal (CERIUM).
Pour l'analyste politique et ancien correspondant à Washington, les manifestations organisées par la droite dans tout le pays et dans la capitale contre la réforme de l'assurance maladie ont permis aux républicains de briser l'élan d'Obama cet été. «Ses opposants ont donné l'impression d'avoir le peuple de leur côté.»
Pour sa première année à la tête du pays, M. Lisée lui a donné un B. Pour avoir un A, Barack Obama aurait dû rallier sa base militante plutôt que de s'engager dans des compromis impossibles avec les républicains et certains des lobbys de la santé. Il mérite un B, car, à son entrée à la Maison-Blanche, il a hérité d'une situation économique désastreuse. On entrait dans une crise qui menaçait d'être pire que celle de 1929, la guerre en Irak s'éternisait et les enjeux environnementaux prenaient de l'ampleur.
«Le bilan global est tout de même positif, explique le chroniqueur, qui intervient dans le blogue du CERIUM (cerium.ca) sur les États-Unis à l'ère d'Obama en plus de tenir le sien à L'actualité (lactualite.com/lisee). On peut dire qu'Obama a évité une crise plus grave grâce à son plan de relance de l'économie et de sauvetage des banques, notamment. Et, en matière de changements climatiques, l'administration actuelle parle un autre langage que la précédente.»
Trois défis
Mais le président pourrait voir l'an deux de sa présidence être couronné de succès s'il parvient à relever trois défis. D'abord, on saura d'ici janvier si le Congrès soutient sa réforme du système de santé. Il s'agirait d'une première historique, car aucun président avant lui n'a réussi cet exploit, Nixon et Clinton s'y étant cassé les dents. Ensuite, un projet de loi sur les changements climatiques pourrait être adopté avant Noël, ce qui constituerait une deuxième victoire personnelle du président. «Un autre dossier majeur: la réforme du code du travail. Le patronat s'y oppose farouchement», poursuit M. Lisée.
L'attribution du prix Nobel de la paix à Barack Obama est, selon lui, une grave erreur. «Les Norvégiens ne comprennent rien à la politique intérieure américaine, lance-t-il. Cette récompense l'a fragilisé à l'interne et réduit sa marge de manœuvre en politique internationale. Il est sur le point d'aller en Chine. Un président est tenu de parler des droits de la personne, ce qui est délicat, mais un président nobélisé se doit de monter le volume sur cette question.»
Si Barack Obama parvient à reprendre contact avec la base qu'il a mobilisée pour son élection, il connaitra une année positive..., ce qui lui vaudra peut-être un A l'an prochain.
Mathieu-Robert Sauvé
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