Malgré la déception, Obama suscite toujours de l'espoir

Imprimer

Le 27 février, le président s’est adressé aux marines du camp Lejeune. La présence américaine en Irak et en Afghanistan peut bien être critiquée, cela ne signifie pas qu’il soit possible ni même souhaitable d’opérer un virage à 180 degrés dans ces pays. (Photo: Shawn Rocco / Raleigh News & Observer / MCT)«Avec l'élection de Barack Obama, les États-Unis sont passés du septième au premier rang des pays les plus admirés dans le monde. C'est dire le saut quantique que cette élection a fait faire dans la perception de ce pays à l'étranger, où les espoirs sont encore plus grands qu'aux États-Unis», souligne Pierre Martin, professeur au Département de science politique.

Titulaire de la Chaire d'études politiques et économiques américaines de l'UdeM, Pierre Martin dressera le bilan de la première année de l'administration Obama au cours d'une conférence présentée aux Belles Soirées et Matinées le 4 novembre.

Entre les idéaux et la réalité

À première vue, le bilan semble loin des espoirs que cette élection a suscités au sein de la population américaine, dont les attentes étaient peut-être démesurées. Le soir même de sa victoire, Barack Obama ne cachait pas que les difficultés étaient énormes: deux guerres sur les bras, une crise énergétique qui met les ressources de la planète en péril, une réforme nécessaire du système de santé, le tout dans un contexte de crise financière sans pareil depuis un siècle.

Dans chacun de ces dossiers à portée internationale, Obama inspire un double sentiment d'espoir et de déception, estime Pierre Martin.

Pierre MartinRelativement à la guerre en Afghanistan, le président américain doit choisir ces jours-ci entre deux voies: poursuivre l'action entreprise en cherchant à éliminer ou à neutraliser les talibans ou se contenter d'éviter que l'insurrection déborde des frontières et abandonner la reconstruction du pays. «Les chances que le conflit ne dépasse pas les frontières sont minces et les signes vont dans le sens d'un appui aux militaires, qui demandent des renforts pour maintenir la ligne actuelle», affirme le politologue.

Quant à la guerre en Irak, «ce n'est pas parce qu'elle a été déclarée sous des prétextes injustifiables qu'il faudrait en sortir de façon bête; la solution se limite à rendre le pays gouvernable malgré la violence.»

Sur le plan économique, la crise financière, qui a été l'un des facteurs de l'élection de Barack Obama, n'est pas due au seul héritage laissé par George W. Bush. «Le principal élément du déficit n'est pas la guerre, mais l'augmentation des dépenses sociales associée à une réduction des impôts. Pour ce qui est de la règlementation touchant aux banques, elle a été modelée par Bill Clinton et le crédit à l'achat d'une première maison était en place avant Bush. Toute la structure économique et la règlementation des établissements financiers sont à reconstruire.»

L'une des pièces de la lutte contre le déficit est la réforme du système de santé, qui vise à la fois à réduire les dépenses dans ce secteur et à élargir l'accès aux services. «Les dépenses de santé représentent entre 15 et 17 % du PIB des États-Unis, ce qui est le double de celles du Canada, et elles augmentent deux fois plus vite que la croissance économique. Mais le système est très difficile à réformer à cause du lobby omniprésent des compagnies d'assurance. Il y aura sans doute une réforme – comme la création d'une régie de l'assurance publique avec option de retrait pour les États –, mais ce ne sera pas une victoire sur toute la ligne.»

Toujours selon Pierre Martin, il est improbable que Barack Obama réussisse à renverser la tendance dans tous ces dossiers en quelques années: «Le défi est si gigantesque qu'Obama était presque certain, le soir de son élection, de ne pas y arriver.» Le problème de fond, croit-il, c'est que le jugement populaire est fondé sur des idéaux alors que les réalisations n'atteignent jamais l'idéal. «La population devra faire la part des choses.»

Stephen Harper n’a plus ce problème, ici au pays, de proximité avec George W. Bush. C’est un boulet de moins pour le premier ministre. (Photo: Cabinet du premier ministre du Canada)Harper en meilleure position

Que représente cette élection pour le gouvernement canadien? Alors que Stephen Harper nous apparait plus isolé, Pierre Martin pense au contraire que les affaires vont mieux pour le premier ministre. «Si ce n'était pas le cas, nous serions en élection, avance-t-il. Le problème du gouvernement Harper était sa proximité idéologique avec George W. Bush, qui était perçu comme le méchant. Bush n'étant plus là, la politique de rapprochement avec les États-Unis et l'intégration économique continentale en sont facilitées.»

Par ailleurs, la principal différend entre le Canada et les États-Unis, soit le Buy American Act, est une loi des démocrates, qui étaient pourtant les favoris des Canadiens. «Au Canada, on prend position à l'endroit des États-Unis comme si nous en faisions partie et non en fonction de leur politique à l'égard du Canada», fait remarquer le politologue.

Déclin de l'empire?

Alors que plusieurs observateurs ont déjà annoncé que la crise financière et politique par laquelle passent les États-Unis marquait leur déclin inexorable, Pierre Martin pense que c'est trop vite sauter aux conclusions. «Le déclin est annoncé depuis 50 ans, mais les États-Unis sont sortis plus forts de chacune des crises majeures qu'ils ont traversées au cours des 100 dernières années», déclare-t-il.

À son avis, aucune autre monnaie n'est en mesure de déloger le dollar américain dans les échanges économiques internationaux. Quant au leadership politique, le pays n'y a pas renoncé même s'il ne s'exercera probablement plus de façon unilatérale. «Malgré les défis, les États-Unis n'ont pas encore vu leurs derniers beaux jours», conclut le professeur.

Daniel Baril

 

Sur le Web


 

Dossier spécial :

Obama, un an plus tard

 

Lire les articles

Voir le clip

Vox pop : l'effet Obama et la communauté noire
(Durée : 2 min 50 s)

 

Spécial Obama : un an après
Émission Planète Terre du 30 octobre 2009 (Durée : 51 min 39 s)

 

Dossiers

 

Zoom sur les enfants

Que se passe-t-il quand l’enfant devient le parent de ses parents? Comment prévenir les...

 

Sortir de sa bulle grâce à l'interdisciplinarité

En militant, il y a plus de 25 ans, pour une pensée complexe qui accueillerait l'enchevê...

 

Le campus de l'UdeM à Laval : des débuts très prometteurs

Le campus de l'UdeM à Laval a toutes les allures d'un pari gagné: en effet, plutôt que ...

Le chiffre

11,0 G$

C’est le total des sommes déboursées par les universités canadiennes pour la recherche et le développement en 2009-2010.

Lire la suite...