La mère demeure la première responsable de l'organisation familiale

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Devinez qui met en marche le lave-vaisselle? Et, surtout, qui le vide?En 2003, à la naissance de sa fille Zélie, son deuxième enfant, Elvire Vaucher a pris un congé parental de trois mois seulement. Son mari, Gilles – un artiste sculpteur qui travaille à la maison –, a assuré la relève auprès de leur progéniture. «La pression professionnelle qui incite les jeunes chercheurs à avoir un laboratoire très productif, une condition pour obtenir l’agrégation, n’est pas étrangère à notre décision. Et puis, comme mon salaire était supérieur à celui de mon conjoint, on a voulu limiter les pertes financières», explique la professeure de l’École d’optométrie.

Le couple a donc misé sur la carrière de la chercheuse plutôt que sur celle du mari. Même si elle aurait volontiers consacré plus de temps à sa fille, Mme Vaucher ne croit pas qu’il soit «plus normal pour la femme que pour l’homme de sacrifier sa carrière au profit de la famille». Selon Statistique Canada, près de 60 % des Québécois partagent son avis. Dans le reste du pays, 65 % des gens pensent au contraire qu’il revient davantage à la femme de réduire ses activités professionnelles.

Au Québec, les relations hommes-femmes sont plus égalitaires qu’ailleurs en Amérique du Nord, confirme le sociologue Germain Dulac, spécialiste de la condition masculine et chercheur invité au Centre de recherche interdisciplinaire sur la violence familiale et la violence faite aux femmes. Les données fournies par le Conseil de gestion de l’assurance parentale en témoignent, selon lui. «De 2001 à 2006, dit-il, le nombre de pères qui ont demandé un congé au moment de la naissance ou de l’adoption d’un enfant a quadruplé, confirmant une véritable ruée des nouveaux papas vers les berceaux.»

Depuis 15 ans, il y a eu une énorme évolution des mentalités. On reconnait de plus en plus l’importance de la paternité dans la famille. «Et c’est une excellente chose», lance Germain Dulac. Mais les stéréotypes ont la vie dure. «Il y a encore beaucoup de travail à faire auprès de la population et des employeurs pour que l’homme assume pleinement sa place dans la maison», estime le chercheur. Il rappelle par ailleurs que la femme demeure la première responsable de l’organisation familiale. Résultat? Papa change les couches et joue avec son ou ses enfants, mais maman doit, après son travail, effectuer l’essentiel des corvées…

Elvire Vaucher«J’arrive à la maison après avoir été chercher les enfants à l’école et le repas est déjà préparé, nuance Elvire Vaucher, mais les devoirs, le bain, les histoires avant le dodo ainsi que le lavage et les courses restent à faire. Comme s’il était naturel que ce soit à la femme d’exécuter ces tâches.»

Le professeur Dulac, qui a été consultant auprès du Conseil de la famille et de l’enfance, n’est guère étonné de la situation actuelle. «C’est le résultat de la construction de la paternité autour d’une relation privée père-enfant et de laquelle sont exclues les besognes domestiques», dit-il. En clair, le discours social sur le rapport père-enfant a mis l’accent sur l’engagement paternel, c’est-à-dire le côté affectif. «La dynamique conjugale, à l’exception des soins aux enfants, n’est pas inscrite dans cette fonction, note le sociologue. Il y a là une lacune.»

La persistance des stéréotypes

Il n’y a pas si longtemps que l’égalité entre les femmes et les hommes est admise. Dans son encyclopédie, Diderot définissait la femme comme «la femelle de l’homme» sans que le scandale arrive… Car, à l’époque, les rôles de chacun dans la société étaient déterminés : les hommes étaient pourvoyeurs et les femmes voyaient à l’entretien du foyer et aux soins du mari et des enfants. Ce qui n’empêchait pas les femmes du peuple d’être aussi conviées aux travaux des champs ou à l’usine…

«Grâce à la contraception, les femmes ont pu maitriser la maternité et le mouvement d’émancipation des femmes, qui s’est amorcé voilà une cinquantaine d’années, leur a permis de s’épanouir à l’extérieur du foyer, indique M. Dulac. Plus récemment, ajoute-t-il, les mesures favorisant la conciliation travail-famille, comme les garderies à sept dollars par jour, ont encouragé les mères québécoises à regagner le marché du travail.»Germain Dulac

Malgré ces acquis, les disparités perdurent. «À compétences égales, rappelle le professeur Dulac, les femmes sont moins bien payées que les hommes et on leur confie moins souvent de postes à responsabilités. À la maison, la situation n’est pas mieux : elles effectuent encore la majorité des tâches domestiques.»

Bref, les archétypes des hommes forts et des femmes maternelles demeurent dans les esprits et continuent d’influer sur les conduites…

 

Dominique Nancy

 

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