Quels sont les effets biologiques de la lumière sur le cerveau et le fonctionnement de la rétine chez les personnes qui souffrent de dépression saisonnière?
C’est ce que cherchera à découvrir Gilles Vandewalle, qui consacre son postdoctorat à cette question à l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal. «On sait depuis une vingtaine d’années que la luminothérapie constitue un traitement efficace, dit-il, mais on ignore pourquoi. Je veux mieux comprendre ce qui lie l’état dépressif saisonnier et la luminosité ambiante en étudiant les mécanismes cérébraux en jeu dans cette affection.»
La dépression saisonnière, aussi appelée trouble affectif saisonnier (TAS), entraine une baisse d’énergie et des sautes d’humeur qui se manifestent de façon récurrente au début de la saison froide et qui s’estompent naturellement lorsque revient le printemps, explique le chercheur. «Même si ce trouble partage certains symptômes avec la dépression majeure classique, par exemple la léthargie, elle s’en démarque par sa manifestation saisonnière et la présence courante d’hypersomnie, d’hyperphagie et d’une envie accrue d’hydrates de carbone, causant un gain de poids, précise Gilles Vandewalle. Cela contraste avec les états végétatifs plus souvent associés au trouble dépressif majeur comme l’insomnie et un manque d’appétit, qui engendre une perte de poids.»Pour les experts, une dépression saisonnière non traitée peut se transformer en véritable dépression majeure. «Ce n’est pas une “dépressionnette”», signale le postdoctorant. Il rappelle par ailleurs que cette maladie est aujourd’hui reconnue par le Diagnostic and Statistical Manual (quatrième édition).
Quelque 900 000 Canadiens seraient affectés par ce mal, qui touche majoritairement les femmes. Elles constituent 75 % des cas, selon l’Encyclopédie médicale de la famille. De l’avis de certains spécialistes, le TAS résulterait d’un dérèglement de deux principaux neurotransmetteurs présents dans le cerveau et dans l’œil, la sérotonine et la dopamine. Ce dérèglement surviendrait à la suite de la diminution de la photopériode à l’automne. «L’équipe du professeur Marc Hébert, de l’Université Laval, a récemment démontré que la fonction rétinienne diminuait significativement entre l’été et l’automne chez les personnes souffrant de dépression hivernale, souligne Gilles Vandewalle. Au terme de quatre semaines de luminothérapie, la fonction rétinienne des sujets déprimés était redevenue normale et équivalait à celle des sujets du groupe témoin.»
Grâce à la collaboration d’une trentaine de personnes atteintes du TAS et de sujets en bonne santé, Gilles Vandewalle entend pousser ces résultats un peu plus loin en étudiant le mode d’action de la lumière sur le plan cérébral.
Jeter un peu de lumière sur ce trouble
Une dizaine de personnes ont pris part à la recherche de Gilles Vandewalle jusqu’à maintenant. Vu l’enthousiasme des participants, le chercheur estime que son échantillon d’une trentaine de personnes sera constitué dans la prochaine année.
Intuitivement, le postdoctorant croit que la sensibilité rétinienne est un reflet de ce qui se passe dans le cerveau. «S’il y a des répercussions dans l’œil, c’est qu’il y a des modifications dans le cerveau, indique-t-il. Pour l’instant, on ne sait pas si ces modifications vont uniquement être expliquées par les changements observés dans la rétine. L’état dépressif va sans doute altérer la réponse à la lumière détectée par le cerveau. C’est ce qu’on va voir.»
Sous la direction de Julie Carrier, professeure au Département de psychologie de l’UdeM et spécialiste des troubles circadiens, l’étude de Gilles Vandewalle permettra de lever un coin du voile sur les causes de la dépression saisonnière et sur les effets biologiques de la lumière sur le cerveau et le fonctionnement de la rétine.
Dominique Nancy
Plus de lumière, moins d’antidépresseurs
Depuis son doctorat à l’Université de Liège, Gilles Vandewalle scrute les effets de la lumière sur le cerveau pour tenter d’approfondir la compréhension du phénomène. «Sur le plan expérimental, il y a peu d’études sur ce thème», signale-t-il. La dépression saisonnière n’est toutefois pas un mal nouveau, rappelle le chercheur. «Déjà, dans la Grèce antique, les médecins préconisaient l’exposition à la lumière pour soigner les léthargies.» Selon la World Medical Clinic, la luminosité passe de 100 000 lux en été à 1500 les journées d’hiver et cette variation modifie la sécrétion de certains neurotransmetteurs du cerveau, dont la mélatonine, une hormone qui règle l’horloge interne de l’organisme. Résultat? Chaque année, la personne se sent déprimée par l’ambiance grisâtre de l’automne et de l’hiver. «Elle ne se sent pas bien.» Elle ressent un réel manque d’énergie, une irrésistible envie d’échapper à tout contact social, un besoin impérieux de dormir et elle avale une très grande quantité de sucre.
Le Dr Norman Rosenthal, psychiatre et chercheur au National Institute of Mental Health, a été l’un des premiers à démontrer, en 1984, le lien entre le manque de lumière et la dépression. «Il avait observé que l’exposition à une lumière blanche artificielle améliorait l’état de patients déprimés», résume Gilles Vandewalle.
En 2005, la luminothérapie, qui consiste à placer le patient quotidiennement pendant 30 minutes devant une lampe produisant une lumière d’une intensité comparable à celle d’une belle journée d’été, a été désignée par les associations psychiatriques américaines comme le traitement numéro un de la dépression saisonnière. Ça fonctionne vraiment? «Après deux ou trois semaines, les symptômes disparaissent généralement, affirme le chercheur. Le taux de succès de cette thérapie contre la dépression hivernale est d’environ 60 %, et chez ces personnes le résultat est équivalent à un traitement par antidépresseurs.»
D.N.
Volontaires recherchés
L’équipe de Gilles Vandewalle recherche des personnes qui ont souffert, ou qui pensent avoir souffert, de dépression saisonnière en automne et en hiver. Pour participer à cette étude à l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal, vous devez être âgé de 18 à 45 ans, être en bonne santé physique et être disponible en hiver et en été. Une compensation de 325 $ est offerte. Composez le 514 340-3540, poste 3367. Des sujets qui ne souffrent pas de dépression hivernale sont aussi recherchés pour les besoins de cette étude. Téléphonez au 514 340-3540, poste 4782ew layer...
