Des jeunes voyagent dans le système cardiaque

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De gauche à droite, Letizia Carolinia, André-H. Caron et Michel Groulx dans l'hémisphère qui accueille les jeunes au Centre des sciences de Montréal.Les jeunes visiteurs du Centre des sciences de Montréal font l'expérience, depuis l'an dernier, d'une œuvre d'art signée Luc Courchesne, directeur de l'École de design industriel et artiste multimédia: le Panoscope 360°. À l'intérieur de cet hémisphère, jusqu'à six personnes sont plongées dans une réalité virtuelle interactive qui présente en accéléré un voyage dans le système cardiaque. «On entre d'abord par l'œil et on se trouve assez rapidement dans les environs du cœur, où un drame se produit: il cesse de battre. Le visiteur doit saisir l'occasion de le redémarrer en pratiquant un massage cardiaque. Il place une main à un endroit précis pour réussir la manœuvre», explique l'artiste.

L'originalité de cette installation réside dans l'absence d'explications données aux visiteurs, sauf un discret panneau de signalisation à l'entrée. L'animation par les guides ou les enseignants accompagnateurs est réduite à sa plus simple expression. C'est aux jeunes de découvrir l'œuvre par l'observation, l'expérimentation.

Cela fonctionne-t-il? Sans l'aide d'une équipe du Groupe de recherche sur les jeunes et les médias et du Centre de recherche interdisciplinaire sur les technologies émergentes, on aurait eu bien du mal à le savoir. Pendant plus d'un an, les chercheurs regroupés autour d'André H. Caron, professeur au Département de communication et titulaire de la Chaire Bell Canada en recherche interdisciplinaire sur les technologies émergentes, ont scruté les comportements de plus de 150 visiteurs entrant et sortant de l'installation. Ils ont documenté sept types de réactions, de la plus sage à la plus indisciplinée. «Ça va de la simple observation à l'appropriation de l'installation, résume M. Caron. Certains passent à travers l'hémisphère sans s'arrêter et d'autres, au contraire, y consacrent tout le temps nécessaire pour bien saisir ce qu'on attend d'eux. C'est fascinant.»

S'amuser et réfléchir

Dans un rapport d'étape multimédia présenté récemment devant des représentants du Centre des sciences et de la Société des arts technologiques, on peut voir des enfants s'amuser ferme dans l'hémisphère, grimpant sur les murs en riant aux éclats. C'est cette attitude qui est qualifiée d'«impertinente» par les chercheurs. Mais on voit aussi une jeune fille suivre le plus sérieusement du monde le voyage qu'on l'incite à entreprendre, interagissant avec le dispositif dans les moments opportuns. «Chacun apporte son expérience et son bagage lorsqu'il parcourt une exposition, commente André H. Caron. Le jeune comprend-il le scénario qui lui est proposé? Qu'est-ce qui se révèle dans une œuvre comme celle-là? C'est ce que nous voulons connaitre.»

Selon Letizia Carolinia, professeure à la faculté de l'éducation de l'Université de Bologne et collaboratrice de la première heure de ce projet, le Panoscope 360° représente une chance inespérée d'étudier in situ l'attitude des jeunes à l'égard d'un nouveau média. «Cette technologie immersive est l'occasion d'approfondir nos connaissances sur le rapport qu'entretiennent les jeunes avec un nouveau média appelé à prendre de l'importance», mentionne-t-elle.

Le Panoscope présente une coupole renversée, accentuant le sentiment d'immersion.Pour le responsable des contenus et de la recherche au Centre des sciences de Montréal, Michel Groulx, la présence des chercheurs du Département de communication de l'Université de Montréal offre la possibilité d'en apprendre davantage sur le comportement de la clientèle du Centre, formée de jeunes de 9 à 14 ans. En muséologie, on a rarement la chance de pouvoir compter sur une telle équipe capable d'analyser la réaction des visiteurs. «Le Panoscope est un dispositif expérimental présenté dans une salle elle-même expérimentale où nous proposons une métaphore du futur, rappelle-t-il. Le visiteur est en quelque sorte miniaturisé pour se transporter à l'intérieur du corps humain. Mais jusqu'à quel point le visiteur accepte-t-il la démarche et y trouve son compte? Nous ne pouvons pas le deviner à moins de nous assoir dans un coin pour l'observer», dit-il.

Luc Courchesne est aussi emballé par l'expérience, lui qui met au point depuis 20 ans des installations immersives habituellement destinées aux adultes. «Le projet de l'équipe d'André H. Caron nous permet de voir ce qui est compris dans notre scénario et ce qui l'est moins. Nous pourrons nous adapter dans les prochains projets», indique-t-il.

De la télé au Panoscope

Fondateur du Groupe de recherche sur les jeunes et les médias, André H. Caron mène des études sur les enfants et les adolescents de l'ère des communications depuis une vingtaine d'années. Avec son équipe du Département de communication, il a recréé, en laboratoire, une salle familiale munie d'une télévision où les agissements des téléspectateurs étaient scrutés dans les moindres détails. Il s'est aussi penché sur l'usage de la baladodiffusion pédagogique (podcasting) et du téléphone portable chez les jeunes.

Cherchant toujours à renouveler cette démarche à caractère ethnologique, il a envisagé la possibilité de convertir une caravane en laboratoire ambulant où des jeunes recrutés dans des centres commerciaux ou des parcs publics auraient été invités à participer sur place à des travaux de recherche. Il a abandonné cette idée: trop cher et trop incertain. C'est alors que le chemin du musée scientifique a croisé celui du chercheur. «Quand nous avons su que le Centre des sciences souhaitait acquérir un panoscope, nous avons voulu profiter du potentiel scientifique de ce projet. On ne déplace plus les jeunes pour les observer. On les observe dans leur environnement.»

Grâce aux caméras dissimulées dans le dispositif de la salle Imagine! – où le spectateur expérimente par ses sens diverses notions scientifiques –, une quinzaine d'heures d'observation ont été tournées.

Pour André H. Caron, le Panoscope permet aux jeunes de s'amuser et de réfléchir. «En fait, je crois bien résumer en disant qu'ils réfléchissent en s'amusant», lance-t-il.

 

Mathieu-Robert Sauvé

 


 

Le Panoscope 360°, un projet de recherche permanent

Inventé par Luc Courchesne, le Panoscope 360° a été présenté au public pour la première fois en 2001 à Ogaki, au Japon. Il est en quelque sorte la deuxième génération des «installations immersives» de l'artiste multimédia, dont le premier prototype remonte à 1997. Avec Paysages #1, les visiteurs étaient conviés, dans une cabine équipée de quatre projecteurs, à un déjeuner sur l'herbe au milieu du mont Royal.

Luc CourchesneLe Panoscope a été breveté en 2002 et les droits sont partagés entre l'inventeur et l'Université de Montréal en vertu de la politique de l'établissement sur la propriété intellectuelle. Il en existe actuellement trois modèles au Canada. Outre celui du Centre des sciences de Montréal, le Laboratoire de muséologie et d'ingénierie de la culture de l'Université Laval et l'Université de Guelph, en Ontario, en possèdent chacun un. À une fraction du prix d'un système CAVE élaboré dans les années 90 (150 000 $), l'hémisphère québécois permet d'expérimenter différentes situations de réalité virtuelle.

La conception du voyage dans le cœur pour le Centre des sciences a été soumise à bien des contraintes. «Il a fallu tout condenser en deux minutes pour permettre l'accès au plus grand nombre possible de visiteurs. Je ne vous cache pas que ça a été très contraignant. Nous avons dû aller droit au but», indique Luc Courchesne.

En plus d'innover du côté du système de projection, le Panoscope a la particularité d'avoir une coupole renversée. À la différence d'un planétarium, par exemple, où les animations sont projetées au plafond, le Panoscope projette ses films du haut vers le bas, ce qui accentue le sentiment d'immersion pour l'usager. «L'important est de représenter l'horizon intégral», précise M. Courchesne.

Constamment amélioré en fonction des découvertes qu'il suscite, le Panoscope est un projet de recherche en continu. Pour le professeur Courchesne, il est un nouveau média, distinct du cinéma ou de la télévision, où l'on raconte une histoire avec un début et une fin. La technologie immersive permet au spectateur d'interagir avec le contenu et d'influencer l'évolution du scénario.

Dans une exposition organisée à Beijing en juin dernier dans le cadre du programme culturel des Jeux olympiques, le Panoscope proposait une projection intitulée «Where are you?» L'artiste a aussi présenté son invention à Paris, New York, Sydney, Tokyo et Linz.

M.-R.S.

 

Les travaux de Luc Courchesne sont présentement exposés à la Galerie Pierre-François Ouellette art contemporain. On y trouve notamment une œuvre étonnante coréalisée avec la chorégraphe Marie Chouinard.

pfoac.com

 

 

 

 

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