Des différences culturelles sont observées dans la reconnaissance des visages

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À gauche, la zone où les Asiatiques concentrent leur regard pour reconnaitre un visage; à droite, le schéma triangulaire appliqué par les Occidentaux. La façon dont nous procédons pour reconnaitre un visage a été jusqu'ici considérée comme étant universellement la même, mais des travaux de Caroline Blais, doctorante au Département de psychologie de l'Université de Montréal, viennent infirmer ce dogme. Il semble en effet que les Occidentaux et les Asiatiques procèdent différemment pour reconnaitre un visage, du moins à partir de ce qu'on peut observer du mouvement des yeux.

Les études dans ce domaine ont constamment mis en évidence que nous recueillons notre information principalement des yeux et de la bouche du visage scruté, notre regard décrivant un mouvement en triangle entre ces trois repères tout en se posant plus longuement sur les yeux. «Mais ces travaux ont toujours été réalisés avec des sujets caucasiens», souligne Caroline Blais.

Les chercheurs ont commencé à douter de l'universalité de ce processus lorsque des recherches ont montré que les Asiatiques semblaient percevoir des scènes tel un paysage de façon globale, alors que les Occidentaux opéraient plutôt par analyse fragmentée de la scène.

À l'aide d'une caméra spécialement conçue pour suivre le mouvement des yeux, Caroline Blais a analysé les mouvements oculaires de 14 sujets occidentaux et 14 sujets asiatiques auxquels elle a présenté 112 visages d'Occidentaux et d'Asiatiques. Les tâches consistaient à dire si un visage avait déjà été présenté et, d'autre part, à nommer le caractère occidental ou asiatique du visage.

L'étude a confirmé le schéma triangulaire appliqué par les Occidentaux entre les yeux et la bouche, mais a révélé que les Asiatiques concentrent leur regard au centre du visage, soit sur le nez. «Quelle que soit la tâche et quelle que soit l'ethnie du visage, les Caucasiens et les Asiatiques utilisent le processus qui leur est propre», affirme la chercheuse.

Les deux groupes de sujets obtiennent chacun le meilleur résultat dans la reconnaissance de leur ethnie et éprouvent un niveau de difficulté similaire à reconnaitre les visages de l'autre ethnie. Par conséquent, on ne peut pas dire que plus d'information est recueillie dans l'un ou l'autre des procédés.

Selon Caroline Blais, ces résultats confirment plutôt le processus plus analytique des Occidentaux et celui plus holistique des Asiatiques dans leur manière de percevoir les choses.

Caroline BlaisConfusion dans les émotions

Des valeurs ou habitudes culturelles pourraient également expliquer la façon de procéder des Asiatiques, qui évitent de fixer un interlocuteur dans les yeux. Mais cette explication tombe à son tour devant les résultats d'une autre étude à laquelle la doctorante a participé.

Dans cette seconde expérience, les sujets devaient nommer l'émotion exprimée par un visage, soit la surprise, la peur, le dégout ou la joie. Si le mouvement triangulaire des Occidentaux a de nouveau été confirmé, on a démontré dans ce cas que les Asiatiques braquaient leurs yeux sur ceux des visages présentés. Ils se sont d'ailleurs trop arrêtés sur cette partie du visage, au détriment de la bouche, ce qui les a conduits à mal interpréter certaines émotions.

«Si l'on change la tâche, les Asiatiques n'hésitent pas à fixer les yeux et il n'y aurait donc pas de tabou de ce côté, constate la chercheuse. Mais ils ont moins bien performé dans le cas des émotions négatives et ont eu tendance à confondre la peur avec la surprise de même que le dégout avec la colère. Cette confusion est due au fait qu'ils ont évité de regarder la bouche, qui livre plus d'informations que les yeux sur ces émotions.»

À son avis, ces travaux remettent en question l'idée de l'universalité du décodage de l'information livrée par un visage et font ressortir, pour la première fois, des différences liées à l'appartenance ethnique.

Les émotions étant tout de même universelles dans leurs caractéristiques fondamentales, on peut se demander si les différences observées ne sont pas que des modulations culturelles d'un même processus biologiquement fondé. C'est l'une des possibilités que retient Caroline Blais. «Le décodage peut être le résultat d'un apprentissage dans la façon de transmettre l'information», soutient-elle. Mais elle n'écarte pas non plus l'éventualité que ces différences puissent être aussi biologiquement fondées. La question reste ouverte.

Ces travaux ont été respectivement publiés dans PloS One et dans Current Biology. Caroline Blais poursuit son doctorat sous la codirection des professeurs Frédéric Gosselin et Martin Arguin.

Daniel Baril

 

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