Analyser le vote pour comprendre son impact

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Les répercussions d'un vote varient selon le mode de scrutin en vigueur.Le suffrage universel est acquis dans la plupart des pays occidentaux: tout adulte a le droit de voter. Il existe toutefois divers modes de scrutin, dont trois principaux: pluralitaire (uninominal, à un tour, comme au Québec et au Canada), préférentiel (à deux tours comme en France) et proportionnel (comme en Espagne et en Allemagne). Quelle est l'influence de ces différents processus sur le comportement des électeurs, des partis et sur la démocratie?

C'est ce que le professeur André Blais, du Département de science politique, et l'équipe internationale qu'il dirige étudieront au cours des prochaines années grâce à une subvention de 2,5 M$ du Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH). Cette somme, combinée avec les contributions d'autres partenaires, permettra de se pencher sur les comportements de vote de milliers d'électeurs au Canada et en Europe.

«Nous ferons l'analyse des votes de 27 élections nationales, supranationales et subnationales qui se dérouleront entre 2011 et 2015 dans cinq pays: le Canada, la France, l'Allemagne, l'Espagne et la Suisse, explique le politologue. Notre étude comprend un sondage Internet mené auprès des mêmes citoyens au fil des différentes élections, une analyse des stratégies des partis dans chacune de ces 27 élections, ainsi qu'une série d'expériences en laboratoire au cours desquelles les participants seront appelés à voter selon différents modes de scrutin.» Cout total du projet: 3,7 M$.

L'équipe que dirige André Blais compte plus de 20 collaborateurs issus de 14 universités d'Amérique du Nord et d'Europe. «C'est la première fois que ce type d'étude se fait à une aussi grande échelle, fait valoir le professeur Blais. Il s'agit d'un projet de grande envergure.»

Compétitivité et importance accordée à l'élection

C'est connu, le mode de scrutin change parfois la donne politique. Ainsi, en 1944, l'Union nationale de Maurice Duplessis a remporté des élections avec une majorité de sièges tout en ayant obtenu moins de votes que les libéraux. Le même phénomène s'est produit aux élections présidentielles américaines de 2000, remportées par George W. Bush.

André BlaisMais l'influence du mode de scrutin n'est pas directe, selon André Blais. «Le contexte politique, par exemple la compétitivité et l'importance accordée à l'élection par les électeurs, dit-il, a également un effet sur la décision d'aller voter ou non et sur la manière de voter, c'est-à-dire de façon sincère pour son parti préféré ou de façon stratégique en tenant compte du rapport de force.»

Ce sont tous ces facteurs d'influence que le titulaire de la Chaire de recherche du Canada en études électorales veut mieux comprendre. «Est-ce que la propension à aller voter change lorsque les élections sont serrées? Est-ce que les électeurs votent de façon sincère ou stratégique? Dans quelle mesure l'importance accordée à l'élection pèse sur la décision d'aller voter ou de ne pas y aller? Et, selon que le mode de scrutin est pluralitaire ou proportionnel, comment cela joue-t-il? Voilà les principales questions auxquelles nous tenterons de répondre.»

L'objectif principal, précise-t-il, est d'examiner la dynamique entre les électeurs et les partis en fonction du système et du contexte électoraux. Une attention sera aussi portée à la façon dont les électeurs votent ainsi qu'à la perception que les gens ont de la démocratie d'après les modes de scrutin.

Les chercheurs vont également observer de manière comparative les stratégies employées par les différents partis dans ces 27 élections. «On va ainsi chercher à savoir s'il y a des alliances électorales. Pourquoi les partis décident ou non d'attaquer? Dans quel contexte cela se fait-il ? Est-ce que cela varie en fonction des modes de scrutin? Les choix stratégiques quant au genre et à l'origine ethnique des candidats seront de plus évalués selon les pays, les types d'élection et le contexte», indique André Blais.

L'Allemagne, un cas

Depuis son doctorat en science politique à l'Université York, le politologue mène des travaux sur les comportements des électeurs et les systèmes électoraux. Auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet, dont The Politics of Electoral Reform, le professeur Blais est l'un des responsables de l'Étude électorale canadienne et le principal chercheur des enquêtes sur les élections canadiennes de 1997 à 2006. Il enseigne à l'Université de Montréal depuis 1978.

À son avis, le cas de l'Allemagne, où le scrutin mixte est en vigueur, sera particulièrement intéressant à étudier. «En Allemagne, signale-t-il, les électeurs votent selon un mode pluralitaire et un mode proportionnel, de sorte qu'il est possible de voir comment la même personne se comporte dans deux modes de scrutin différents.»

Dominique Nancy

 

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