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Le financement des médias influe sur la couverture d'une campagne électorale

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Le chercheur a analysé les contenus des bulletins de nouvelles diffusés pendant les campagnes électorales fédérales de janvier 2006 et d'octobre 2008. (Photo: Dan Hodgson)Le fait d'être soumis à une vive concurrence pour gagner une partie de l'auditoire a un effet sur la façon dont un média va couvrir une campagne électorale et sur le type d'énoncés que formuleront les journalistes.

C'est ce que montre une analyse des contenus des bulletins de nouvelles diffusés durant les campagnes qui ont précédé les élections canadiennes de janvier 2006 et d'octobre 2008. L'analyse a été réalisée par Frédérick Bastien, professeur au Département de science politique de l'Université de Montréal, et son collègue Philippe Marcotte, du Centre d'études sur les médias de l'Université Laval, à la demande de la Société Radio-Canada.

Au total, plus de 2000 bulletins de RDI, de TVA et de la radio et de la télévision de Radio-Canada ont été scrutés, ce qui représente près de 30 heures de diffusion pour chacune des deux campagnes. Pour analyser un tel matériel, les deux chercheurs ont réparti le contenu en quatre catégories: les enjeux des programmes défendus par les partis; les aspects de la compétition entre les partis tels les stratégies électorales et les résultats de sondages; les attaques auxquelles se livrent les candidats entre eux; et les portraits de candidats, leur personnalité et leur capacité à gouverner.

Les chercheurs ont également tenu compte de la façon dont les journalistes traitent la nouvelle en dénombrant ce qu'ils considèrent comme des «énoncés orientés», soit des propos qui vont au-delà du factuel et auxquels il est possible d'attribuer une valeur positive ou négative. Affirmer, par exemple, que «les sondages sont désastreux pour les libéraux» est un énoncé orienté, alors que l'affirmation «Les libéraux obtiennent 15 % des intentions de vote» n'en sera pas un.

«La frontière est parfois mince, reconnait Frédérick Bastien, mais tous les médias ont été soumis à la même grille.»

Le financement et les enjeux

L'un des principaux résultats montre une nette différence entre les médias pour ce qui est du temps alloué à la couverture des enjeux politiques (par opposition à la compétition entre les partis). Pour la campagne de 2008, les radiojournaux de Radio-Canada ont consacré plus de 38 % de leur temps aux enjeux, comparativement à près de 12 % pour le TVA Nouvelles.

Cette différence pourrait être attribuable au type de média (radio par rapport à télévision), mais elle subsiste entre TVA et Le téléjournal de Radio-Canada ainsi que RDI, qui accordaient respectivement 26% et 25% de leur couverture aux enjeux en 2008. Cette différence, quoique moins grande, est aussi observable pour l'élection de 2006.

Frédérick Bastien attribue cet écart au type de financement des médias. La radio de Radio-Canada n'a aucun revenu publicitaire, alors que cette source de financement est de 25 % pour la télévision publique, moindre pour RDI, qui bénéficie de revenus d'abonnement, et de 100 % pour TVA. Plus les revenus dépendent de la publicité qui, elle, dépend de l'importance de l'auditoire et donc de la concurrence, plus la couverture sera axée sur la compétition entre les partis et moins elle le sera sur les grands enjeux politiques.

Énoncés orientés

Le même type de rapport s'observe dans la manière de traiter la nouvelle. Pour l'élection de 2008, les chercheurs ont compté 2,2 énoncés orientés par tranche de deux minutes dans les radiojournaux (SRC), 3 à RDI, 4 au Téléjournal (SRC) et 4,6 à TVA. L'écart passe donc du simple au double entre la radio publique et la télévision privée.

Le recoupement des énoncés orientés avec le type de couverture montre que ce genre de propos est beaucoup plus fréquent lorsque les journalistes traitent de la course et de la compétition que lorsqu'ils abordent les enjeux politiques. Pour l'élection de 2008, le nombre d'énoncés orientés à TVA est de 2,5 (par période de deux minutes) pour les enjeux et de 5,7 pour la course; au Téléjournal, le nombre de ces énoncés est de 1,4 dans les informations liées aux enjeux et grimpe à 5,5 pour les éléments concernant la course.

«Plus le média est financé par la publicité, plus on se permet d'énoncés orientés ou de propos critiques et accrocheurs. Lorsque la couverture porte sur les enjeux, les journalistes se mouillent moins et les médias font plus appel à des experts pour commenter les engagements des partis», résume Frédérick Bastien.

Le professeur tient par ailleurs à souligner que l'importance relative des écarts entre les diffuseurs montre que le financement ne détermine pas tout. «Le financement influe davantage sur le cadrage de la couverture que sur les propos des journalistes, ce qui indique qu'ils semblent avoir la même vision de leur métier», mentionne-t-il.

Il ne jette cependant pas la pierre aux médias qui accordent plus de temps à la course qu'aux enjeux. «Les deux aspects font partie d'une campagne électorale. L'électeur est en droit de connaitre la position des partis dans l'opinion publique et d'évaluer leurs stratégies électorales. Ce qui serait préoccupant, ce serait qu'un réseau ne couvre que l'une des deux dimensions.»

Cette étude a été publiée dans le numéro de juin du Canadian Journal of Political Science / Revue canadienne de science politique.

Daniel Baril

 

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