Aux États-Unis comme dans la plupart des pays européens, une corrélation est observée entre l'inégalité des revenus et la mortalité: à salaire égal, les résidants de villes où l'écart entre riches et pauvres est important courent un risque de mortalité plus élevé que ceux qui vivent dans un environnement où cet écart est plus faible. Mais une telle corrélation n'est pas observée au Canada.
Nathalie Auger, professeure au Département de médecine sociale et préventive de l'UdeM et chercheuse au Centre de recherche du CHUM, a voulu savoir pourquoi le Canada différait des autres pays sur cette question. «Le Canada présente un profil démographique particulier par l'importance de l'immigration récente et nous avons pensé que la réponse pouvait être de ce côté», déclare-t-elle.
En fait, près de 20 % de la population canadienne est née à l'étranger, ce qui est plus élevé que ce qu'on trouve dans des villes comme Los Angeles ou Miami. «Cette population immigrante étant sélectionnée, elle est instruite, jeune et en bonne santé, ajoute la chercheuse. Elle s'établit massivement dans les villes comme Montréal, Toronto et Vancouver, où les inégalités de richesse sont les plus grandes et son meilleur état de santé peut masquer la relation entre les inégalités et la mortalité.»
Un effet observable
Nathalie Auger a analysé les données sur les revenus et l'âge au décès de deux millions de Canadiens vivant dans 140 zones urbaines tout en tenant compte du lieu de naissance, soit le Canada ou l'étranger. Les résultats confirment l'hypothèse: comme dans les autres pays occidentaux, les résidants de villes où l'écart des revenus est important ont un taux de mortalité plus élevé, mais cette corrélation n'apparait que lorsqu'on retranche les données concernant les personnes nées à l'étranger.
Chez les hommes âgés de 25 à 64 ans, toutes origines confondues, le risque de mortalité est de cinq pour cent plus élevé dans les zones où les écarts de revenus sont les plus grands. Si l'on compare les données selon le lieu de naissance (Canada ou étranger), le risque de décès au sein de ce même groupe d'âge et pour ces mêmes régions est de huit pour cent plus élevé chez les natifs du Canada.
Le même phénomène s'observe chez les femmes âgées de 25 à 64 ans nées au Canada, qui présentent un risque de mortalité encore plus grand que les hommes, soit de 12% dans les régions où les écarts de revenus sont importants. Les femmes immigrantes ne sont pas touchées par cette hausse du risque.
À long terme toutefois, le risque de mortalité chez les immigrants tend à se rapprocher de celui des Canadiens nés au pays, tant chez les hommes que chez les femmes.
L'étude mentionne également les causes de décès. Chez les natifs du Canada, les principales causes de mortalité associées aux inégalités sont le cancer colorectal et les maladies liées à l'alcool chez les hommes et, chez les femmes, le cancer du poumon, les accidents de la route et les conséquences de l'alcoolisme. Le fait d'être immigrant est par ailleurs associé à une diminution du risque de décéder d'un cancer de la prostate et, pour les hommes et les femmes, de maladies cardiovasculaires.
Cette étude, publiée dans le Journal of Epidemiology and Community Health, est la première à démontrer que les inégalités de revenus sont liées à une longévité réduite chez les gens nés au Canada – cela indépendamment du revenu personnel – et que cette corrélation n'est pas observée dans la population d'immigration récente.
Daniel Baril
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