Entre 1976 et 2010, la proportion d'enfants nés de couples non mariés au Québec est passée de 5 à 54 %. Pendant ce temps, celle des enfants nés de parents mariés passait de 90 à 38 %, le reste représentant des enfants nés en dehors de toute union.
Ce phénomène est particulier au Québec, où les naissances chez les parents en union libre sont deux fois plus nombreuses qu'aux États-Unis et trois fois plus nombreuses que dans le reste du Canada. L'étendue du phénomène amène des chercheurs à s'interroger sur le sort des enfants issus des unions libres, puisque les études, notamment américaines, montrent que ce type d'union est moins stable et que les enfants ayant vécu la séparation de leurs parents subissent un stress émotif et sont plus à risque d'échec scolaire.
Deux chercheurs du Département de démographie de l'Université de Montréal, la professeure Solène Lardoux et le doctorant David Pelletier, ont voulu vérifier si ce qui était observé aux États-Unis valait aussi pour le Québec.
Une solution de rechange au mariage
«Avant les années 70, l'union libre était un prélude au mariage et l'on se mariait rapidement si une grossesse survenait, souligne Solène Lardoux. Aujourd'hui, l'union libre est une solution de rechange au mariage et elle est bien acceptée comme contexte dans lequel mettre un enfant au monde. Au Québec, ces unions sont plus stables qu'aux États-Unis et leur durée se rapproche davantage de la durée d'un mariage.»
À partir des données de l'Étude longitudinale du développement des enfants du Québec (ELDEQ), les deux chercheurs ont voulu savoir si le fait que les parents étaient mariés ou en union libre au moment de la naissance d'un enfant avait un effet sur la réussite scolaire de celui-ci et si la séparation du couple avait les mêmes conséquences sur l'enfant, peu importe le type d'union. Il s'agit de la première étude québécoise à se pencher sur ces questions.
Les données portent sur près de 1200 enfants venus au monde en 1997 et 1998 et dont 45 % sont nés de couples mariés et 55 % de couples en union libre. Quinze pour cent des enfants issus de mariages ont vécu la séparation de leurs parents contre 32 % des enfants nés d'unions libres.
Effets bénéfiques en lecture et en écriture
Les données de l'ELDEQ comportent une évaluation des chances de réussite scolaire faite par les enseignants alors que les enfants sont en première année du primaire. Une fois retranché l'effet des divers facteurs socioéconomiques comme le revenu et la scolarisation des parents, l'union libre est associée, pour les filles, à une probabilité légèrement plus élevée (soit 50 % de plus) d'être parmi les premières de classe en lecture et en écriture, alors que ce type d'union s'avère sans conséquences positives ou négatives pour les garçons.
Si une séparation des parents survient, cela diminue de moitié les chances pour les filles nées de parents mariés d'être parmi les meilleures en lecture. Cette diminution est moins importante, et non statistiquement significative, si les parents étaient en union libre.
La situation est moins reluisante pour les garçons: ceux de couples séparés ont deux fois moins de chances de se situer parmi les premiers de la classe que les enfants de couples non séparés et cette tendance concerne davantage les enfants issus d'unions libres.
«Les effets négatifs de l'union libre sont attribuables aux facteurs socioéconomiques et non au type d'union des parents, en conclut David Pelletier. Les différences observées entre les enfants issus de couples mariés et les autres pourraient résulter des valeurs véhiculées dans les familles et non du fait que les parents ont signé ou non un contrat de mariage. Les données que nous utilisons ne nous permettent toutefois pas de cerner ces valeurs ou les mécanismes par lesquels elles agissent.»
Une chose est sure, «il est important de dissocier la réalité québécoise de celle qui prévaut aux États-Unis, puisque nous obtenons même des effets positifs associés à l'union libre», ajoute Solène Lardoux.
Ces travaux, financés par le Fonds de recherche sur la société et la culture du Québec, se poursuivent afin de préciser les facteurs qui pourraient jouer un rôle dans les résultats enregistrés, soit l'âge de l'enfant à la séparation, le type de garde parentale, la qualité de la relation des parents ou encore le soutien de la famille élargie.
Daniel Baril
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