Les allophones adopteraient un comportement en matière de fécondité de plus en plus semblable à celui des francophones et des anglophones du Québec. Cette tendance est davantage marquée à Montréal. En fait, depuis 1996, l'indice synthétique de fécondité (ISF) des allophones est d'environ 1,6 enfant par femme, bien en deçà du seuil de remplacement des générations, qui est de 2,1 enfants par femme.
Danny Du Mays, agent de recherche à l'Institut de la statistique du Québec, a rédigé un mémoire en démographie à l'Université de Montréal sur la fécondité des groupes linguistiques au Québec de 1984 à 2006. L'originalité de sa recherche: il ne s'est pas intéressé qu'aux années de recensement, ce que font d'habitude les études qui se penchent sur la fécondité des groupes linguistiques. «En intégrant les années intercensitaires, on obtient des résultats plus précis», remarque celui qui a aussi basé ses travaux sur les déclarations de naissance.
Selon ses données, la fécondité des allophones est assez variable. Entre 1986 et 1995, leur ISF est passé de 1,29 enfant par femme à 2,44 avant de retomber sous la barre des 2 enfants après 1996. «Il y a une trentaine d'années, la majorité des immigrants venaient d'Europe, où le taux de fécondité est comparable au nôtre, explique M. Du Mays. Ensuite, nous avons vu arriver une vague d'immigrants issus des pays du Maghreb et de l'Asie du Sud-Est, et dont la fécondité est supérieure à celle de la population du Québec.»
Et pourquoi leur ISF est-il redescendu à ce point? «Il est trop tôt pour le dire, estime-t-il. Généralement, la deuxième génération d'immigrants commence à adopter le comportement démographique de la société d'accueil. Peut-être ont-ils moins d'enfants en raison du contexte économique difficile...»
Cette baisse est peut-être attribuable aux changements apportés dans la déclaration de naissance quant à la langue. Avant 1996, il n'y avait que trois options: français, anglais et autre. Depuis, les nouveaux parents ont sept choix: français, anglais, autre, français-anglais, français-autre, anglais-autre et français-anglais-autre. «Auparavant, les gens priorisaient sans doute leur langue d'origine et cochaient probablement “Autre”», avance Danny Du Mays.
Toutes ces possibilités compliquent la projection de données fidèles au portrait des allophones. C'est pourquoi il a analysé quelle méthode de calcul de l'ISF serait la plus fiable pour chaque groupe linguistique. «C'est toujours une entreprise hasardeuse, admet-il. Par exemple, à qui doit-on attribuer les naissances lorsque les parents n'ont rien coché relativement à la langue d'origine? Aux allophones? Ce groupe est si petit que leur reconnaitre toutes ces naissances ferait gonfler substantiellement leur ISF, ce qui fausserait possiblement la réalité. Il faut envisager plusieurs scénarios afin de trouver le plus plausible.» M. Du Mays espère d'ailleurs que son travail méthodologique servira aux chercheurs qui se lancent dans la démolinguistique.
Le jeune homme a aussi comparé les taux de fécondité de l'ensemble du Québec, de l'île de Montréal et des régions. Si la fécondité des allophones de Montréal s'est stabilisée à 1,6 enfant par femme – comme c'est le cas à l'échelle de la province –, elle se situe plutôt entre 1,78 et 2,25 enfants en région en 2001. Notons que M. Du Mays n'a pu obtenir les renseignements nécessaires pour les années ultérieures.
Du côté des langues officielles
Dans l'ensemble du Québec, la fécondité des francophones est en dents de scie. Elle chute à 1,40 enfant par femme entre 1984 et 1987, remonte à 1,68 en 1991, redescend à 1,43 en 2000 et augmente depuis pour atteindre 1,62 en 2006.
Les anglophones ont vu leur fécondité s'accroitre progressivement depuis 1984, avec seulement deux chutes en 1991 et 1996 de plusieurs centièmes de point. En 2006, elle était de 1,65, dépassant du coup légèrement celle des francophones.
Danny Du Mays insiste toutefois pour qu'on ne tire pas de conclusions trop hâtives de ce dernier résultat. «Je ne cherche pas à alimenter le débat linguistique loin de là. La situation du français à Montréal est préoccupante, mais il ne s'agit pas de blâmer les autres groupes linguistiques.»
Le jeune démographe croit que l'ISF de tous les groupes linguistiques augmentera au cours des prochaines années sans toutefois dépasser le seuil de remplacement des générations. «Dans le contexte social et économique actuel, ce serait surprenant que toutes les femmes du Québec mettent au monde deux enfants», observe-t-il.
Marie Lambert-Chan
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