Apport insoupçonné des doctorants à la recherche scientifique

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Le lien entre le fait d'avoir publié et le fait d'avoir fini ses études est très fort, signale Vincent Larivière.Entre 2000 et 2007, au-delà de 65 000 articles de recherche ont été publiés par des universitaires québécois. Derrière ce chiffre se cache la contribution méconnue des étudiants au doctorat qui, pendant leurs études, prennent part aux travaux faisant l'objet d'une publication dans les revues savantes.

Jusqu'ici, on ignorait la portée de cette contribution à l'avancement des connaissances. Vincent Larivière, professeur à l'École de bibliothéconomie et des sciences de l'information (EBSI) de l'Université de Montréal, vient de réaliser la première étude d'envergure qui donne une idée très précise de cette contribution et de l'importance qu'elle revêt pour le doctorant.

Quand lui-même faisait son doctorat à l'Université McGill, Vincent Larivière s'est attaqué à la tâche titanesque de repérer, dans les quelque 11 000 revues scientifiques indexées dans le répertoire de recherche Web of Science, les noms des 27 400 étudiants inscrits au doctorat dans l'une ou l'autre des universités québécoises entre 2000 et 2007, et ce, dans toutes les disciplines.

Ces données excluent les thèses, les parutions de livres et leurs recensions, les lettres à l'éditeur ainsi que les résumés de conférences.

Différences notables selon les disciplines

Après divers tamisages destinés à éliminer les doublons et les participations d'un même étudiant à la rédaction de plusieurs articles, il ressort que 40 % des doctorants en sciences naturelles et en génie et 63 % de ceux en santé ont signé ou cosigné au moins un article dans une revue scientifique au cours de leurs études. La proportion est de 10 % en sciences sociales et de 5 % en arts et lettres.

En tenant compte du nombre d'étudiants et du nombre de publications dans chaque domaine, cela donne une moyenne pondérée d'environ 27 %.

Plusieurs raisons expliquent l'extrême disparité entre les sciences dures et les sciences humaines. «En sciences naturelles et de la santé, les étudiants sont intégrés à des équipes de recherche, le travail est réparti entre les membres, la recherche est souvent quantitative et les thèses sont fréquemment publiées sous forme d'articles, dit le chercheur. En sciences humaines, il faut plus de temps pour terminer ses travaux, qui sont habituellement théoriques et menés de façon individuelle.»

De plus, les travaux en sciences humaines conduisent couramment à des parutions de livres qui ne sont pas indexés dans les répertoires de publications savantes. Et beaucoup de publications dans ces disciplines sont en français, une langue que les programmeurs de répertoires ne semblent pas toujours connaitre...

Le tiers des publications

Le nombre d'articles auxquels ces étudiants ont collaboré représente près de 30 % de tous les articles scientifiques des universitaires québécois parus durant la période étudiée. La tendance était à la hausse et, en 2007, le tiers des publications comportait la signature d'un doctorant.

Les données montrent en outre que, quel que soit le domaine, les doctorants ne publient presque jamais seuls. Les publications auxquelles ils prennent part sont davantage des résultats de recherches locales que le fruit de collaborations internationales. C'est particulièrement le cas en sciences sociales alors que les arts et lettres font ici exception avec des collaborations aussi fréquentes dans des équipes locales que dans des équipes internationales.

Publication rime avec diplomation

Le professeur Larivière a également corrélé les données sur la contribution des doctorants avec celles de la diplomation. «Le lien entre le fait d'avoir publié et le fait d'avoir fini ses études est très fort, affirme-t-il. Plus le nombre d'articles est élevé, plus on est susceptible d'avoir terminé son doctorat. Ce lien est plus fort que celui établi entre les subventions et la diplomation.»

Le chercheur n'est toutefois pas en mesure de définir le sens de la corrélation: est-ce parce qu'on est rendu au terme de ses études qu'on publie ou est-ce le fait de publier qui est un facteur de persévérance?

L'analyse montre aussi que ceux qui ont publié pendant leurs études sont plus nombreux que les autres à publier par la suite.

Fait intéressant à souligner, les publications en sciences naturelles et en génie qui comportent la signature d'un doctorant sont plus souvent citées que celles qui ne sont pas signées par un tel chercheur. La situation est l'inverse en lettres.

Selon Vincent Larivière, cette différence s'expliquerait par la nature même de la discipline. «La créativité et l'innovation des jeunes chercheurs sont plus facilement mises à contribution dans une discipline empirique alors que les connaissances littéraires nécessaires pour accéder à la notoriété dans les lettres ne s'acquièrent qu'avec l'âge», soutient-il.

Les étudiants de l'Université de Montréal font bonne figure, puisqu'ils affichent une productivité moyenne de 0,81 comparativement à 0,76 pour l'ensemble des universités québécoises.

Toutes ces données indiquent que «les étudiants au doctorat contribuent à l'avancement des connaissances même durant leurs études et que les chercheurs ont besoin de cette main-d'œuvre créative pour faire progresser leurs travaux», conclut Vincent Larivière, qui fait paraitre les résultats de cette recherche dans l'édition actuellement en ligne de la revue Scientometrics.

La revue britannique Times Higher Education, publication phare dans le monde universitaire, a aussi fait écho à ses travaux.

Le chercheur poursuit son travail dans cette ligne à l'EBSI afin de cerner cette fois quelle est la contribution des chercheurs postdoctoraux dans les publications scientifiques.

Daniel Baril

 

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