Paradoxe et danger des médias sociaux

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Au Canada, Facebook compterait autour de 17 millions d'usagers et le nombre de ses abonnés pourrait atteindre bientôt le milliard à l'échelle mondiale. Aux yeux de plusieurs, ces chiffres sont toutefois gonflés, puisqu'ils englobent les abonnés inactifs, ceux qui ont plusieurs pages et même ceux qui sont décédés.

S'il est facile de s'inscrire à Facebook, il est plus difficile d'en sortir et sa banque de données est accessible à tout développeur de produits Internet. Récemment, le réseau ajoutait la possibilité de noter son adresse et son numéro de cellulaire dans les renseignements qui peuvent être échangés publiquement, ce qui a conduit la commissaire à la protection de la vie privée Jennifer Stoddart à entreprendre une enquête.

Facebook, comme tous les autres médias sociaux, se situe dans une zone grise entre le domaine privé et le domaine public. «L'usager pense qu'il peut tout révéler et que l'information qu'il ne rend pas accessible est cachée, mais ce n'est pas le cas», mentionne Caroline Vallet, chercheuse postdoctorale au Centre international de criminologie comparée (CICC) de l'Université de Montréal.

On en connait très peu sur la façon dont les abonnés de Facebook se servent de ce média et Caroline Vallet cherche à savoir si les utilisateurs sont conscients de leur vulnérabilité et s'ils agissent en conséquence. Le réseau étant planétaire, elle a choisi de comparer la situation dans deux cultures différentes, soit le Québec et l'Argentine.

Des réseaux pour se faire voir

La chercheuse a réalisé la première partie de sa collecte de données, soit celles relatives aux usagers argentins, et elle a livré ses résultats à une conférence du Centre de recherche en droit public le 15 février dernier.

Des 105 abonnés de Facebook ayant participé à l'étude, 93 % révèlent leur véritable identité, 88 % mettent leur photo et 21 % donnent leur date de naissance. Aucun de ces renseignements n'est cependant requis pour s'inscrire à ce réseau.

Caroline Valet«Les utilisateurs publient ces informations parce que ce type de réseau est là pour qu'on se fasse reconnaitre; donc on est porté à tout dévoiler, souligne Caroline Vallet. Même si 57 % des usagers considèrent que leur profil est privé, Facebook est un média à vocation publique.»

Quatorze pour cent des abonnés échangent de l'information sur leurs études, leur vie familiale et leur vie sentimentale. Mais seulement de 1 à 3 % disent aborder des sujets comme leur vie sexuelle ou la consommation d'alcool et de drogue.

Plus de 75 % des utilisateurs font confiance à ceux qui figurent dans leur liste d'«amis», mais 84 % d'entre eux ont jusqu'à 500 amis et 16 % en ont de 500 à 1500 et plus! «C'est un paradoxe, indique la chercheuse. Comment peut-on avoir confiance en autant de personnes qu'on ne connait pas?»

Vulnérabilité

Chez les usagers mineurs, 100 % disent n'avoir eu aucune difficulté à régler les paramètres de confidentialité, alors que 19 % des adultes ont trouvé difficile d'y parvenir. Dans 70 % des cas, la difficulté était liée à la complexité du paramétrage. «Il se pourrait que les plus jeunes soient plus habiles avec ces outils, mais il se pourrait aussi qu'ils ne soient pas soucieux de protéger la confidentialité des renseignements personnels», commente Caroline Vallet.

Lorsque la chercheuse leur a demandé s'ils se sentaient vulnérables, 27 % des adultes et 38 % des mineurs ont répondu oui. Parmi ceux qui éprouvent un sentiment de vulnérabilité, 12 % ont de 500 à 1500 amis et plus et 14 % ouvrent leur profil à tout le monde. Pour Caroline Vallet, il s'agit là d'un autre paradoxe qui l'amène à se demander si les abonnés savent vraiment comment configurer l'accès à leur profil.

La moitié des parents des usagers mineurs n'ont pas accès au profil de leurs enfants. Même si 89 % de ces utilisateurs disent avoir été mis en garde par leurs parents quant aux risques liés aux réseaux sociaux, 84 % ne sont soumis à aucun contrôle parental dans ces échanges virtuels.

La protection par l'éducation

L'ensemble de ces données fait dire à la chercheuse que les usagers ne sont pas forcément conscients des risques courus relativement à la confidentialité de l'information personnelle qu'ils échangent sur ces réseaux où vie privée et vie publique se confondent.

Ce type d'activité se situe pour l'instant dans un certain vide juridique. Pour protéger le public et mieux encadrer ces réseaux, certains proposent de créer le droit à l'anonymat et d'y soumettre les dispensateurs de services. Mais pour la chercheuse, il faut miser à la fois sur la transparence des sites et sur l'éducation.

«Les réseaux comme Facebook devraient être plus transparents et adopter une politique plus respectueuse de la vie privée, affirme-t-elle. Les utilisateurs devraient pouvoir plus facilement retirer les renseignements qu'ils ne veulent plus diffuser et ce retrait devrait être réel. La meilleure solution reste l'éducation. Il faut informer les parents et les mineurs et les rendre conscients des risques potentiels. Et garder en tête qu'Internet est un média à vocation publique.»

Cette recherche postdoctorale est dirigée par Benoit Dupont, directeur du CICC.

Daniel Baril

 

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