Entraineurs, osez la rétroaction négative!

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L’entraineuse Isabelle Leclaire s’entretient avec les hockeyeuses des Carabins. (Photo: James Hajjar)«Bande de paresseux! Vous ne faites jamais ce que je vous demande!» hurle l'entraineur en gesticulant. Voilà l'image qu'on a généralement d'un entraineur qui critique ses athlètes. Cette vision de la rétroaction négative dans le sport est si bien ancrée dans l'inconscient collectif que même les psychologues n'osent pas l'étudier. Joëlle Carpentier s'est aventurée sur ce terrain glissant et a dégagé des conclusions déterminantes de ses travaux: la critique bien formulée améliore les performances et renforce l'autonomie des athlètes.

«C'est une question fort délicate», reconnait l'étudiante au doctorat en psychologie à l'Université de Montréal. Les études précédentes ont évité le sujet, préférant se pencher sur la rétroaction positive ou les effets dévastateurs de la rétroaction négative, comme la hausse de l'anxiété et la baisse de la motivation et de l'estime de soi chez les athlètes. «Pourtant, la critique est essentielle à leur progression», ajoute celle qui a mené cette recherche à la maitrise.

Joëlle Carpentier est bien placée pour comprendre la dynamique particulière de la relation entraineur-athlète. Elle a pratiqué la nage synchronisée pendant huit ans avant de devenir entraineuse sur la scène provinciale à temps partiel. Elle occupe cet emploi depuis maintenant 12 ans. «J'ai vraiment vu les deux côtés de la médaille!» dit-elle en riant.

Qu'est-ce qu'une rétroaction négative de qualité?

Supervisée par Geneviève A. Mageau, Joëlle Carpentier a fait appel à Sports-Québec et aux fédérations sportives provinciales pour recruter ses sujets, soit 315 athlètes et 54 entraineurs. «Notre échantillon était très diversifié, signale-t-elle. Nous avions des athlètes des deux sexes pratiquant des sports individuel et collectif à divers niveaux, du club parascolaire à l'école secondaire jusqu'à l'élite internationale. Nos entraineurs étaient de tous âges et possédaient divers degrés d'expérience.»

À l'aide de questionnaires, les athlètes ont évalué leur perception de la rétroaction reçue et ses conséquences sur leur bienêtre, leur estime personnelle, leur motivation et la satisfaction de leurs besoins. De leur côté, les entraineurs jugeaient la performance de leurs athlètes selon des critères techniques, physiques, tactiques et psychologiques, en plus de décrire leurs propres valeurs et leur style d'entrainement.

Joëlle CarpentierÀ partir de ces réponses, Joëlle Carpentier a pu définir en six points ce qu'était une rétroaction négative de qualité. «Elle doit être empathique, s'accompagner de choix de solutions, comporter des éléments positifs de rétroaction, être donnée sur un ton de voix respectueux et être impersonnelle et constructive», énumère-t-elle.

La doctorante a également démontré que la quantité de critiques reçues par un athlète n'influence pas ce dernier négativement si cette rétroaction est donnée selon les critères établis par la recherche. Autrement dit, la qualité prime sur la quantité. «Les sujets qui recevaient plus de rétroaction négative de qualité rapportaient un plus grand bienêtre, note-t-elle. C'est un résultat très intéressant qui, j'espère, donnera une meilleure réputation à la rétroaction négative.»

Autre résultat non négligeable: la qualité de la rétroaction négative contribue à l'amélioration des performances sportives. «Un entraineur qui fait beaucoup de “bonne” rétroaction négative envoie un message à ses athlètes, explique Joëlle Carpentier. Il leur dit que leur projet d'excellence lui tient à cœur et qu'il leur fournira les moyens d'atteindre leurs objectifs.»

Enfin, la rétroaction négative de qualité renforce l'autonomie des athlètes. «Les athlètes ne voient plus la critique comme une tentative de contrôle de la part de l'entraineur, souligne l'étudiante. Ils ont plutôt l'impression qu'on leur donne le pouvoir d'agir.»

Un outil pour les entraineurs

La recherche de Joëlle Carpentier a suscité un grand intérêt au sein de la communauté sportive. Avant même la publication de ses résultats, l'étudiante a commencé à donner des conférences et des ateliers de formation à des entraineurs enthousiastes à l'idée de modifier leurs façons de faire.

«Souvent, les entraineurs qui ont un comportement un peu dommageable pour leurs athlètes ne savent pas comment changer, remarque-t-elle. On leur demande d'agir de manière constructive sans leur proposer d'outils concrets pour y arriver. C'est ce que je tente de faire avec ma recherche.»

Joëlle Carpentier poursuit l'étude de la rétroaction négative au doctorat. Elle souhaite approfondir ses connaissances en la matière en filmant les entraineurs en pleine action.

Marie Lambert-Chan

 

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