Comment faire avouer un criminel

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Contrairement à la coercition, qui entraine souvent de faux aveux, l’établissement d’une relation de communication avec l’accusé est plus susceptible de conduire à une vraie confession.En octobre dernier, tout le pays était horrifié par les faits entourant les crimes de l'ex-colonel Russell Williams, reconnu coupable du viol et du meurtre de deux jeunes femmes en Ontario. Les éléments rendus publics lors du procès nous ont permis d'observer l'accusé passant aux aveux après 3 heures d'un interrogatoire qui aura duré 10 heures en tout.

Qu'est-ce qui fait que des criminels passent ainsi aux aveux? C'est ce qu'a cherché à savoir Nadine Deslauriers-Varin dans une recherche de maitrise réalisée à l'École de criminologie de l'Université de Montréal sous la direction de Michel St-Yves. L'étudiante a rencontré 221 prisonniers de pénitenciers fédéraux et a analysé les dossiers de chacun afin de déterminer les conditions qui font qu'un accusé acceptera ou refusera d'avouer son crime.

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Pour les services policiers, les aveux sont souvent essentiels, puisque la littérature rapporte que, dans 33 % des cas, les preuves sont insuffisantes pour faire accuser un individu soupçonné de crime. Une étude effectuée en Angleterre montre par ailleurs que, dans 13 % des procès criminels, le seul élément de preuve présenté à la cour est la confession de l'accusé.

Parmi les sujets ayant accepté de participer aux travaux de Nadine Deslauriers-Varin, 45 % ont affirmé avoir confessé leur crime. Ce taux est légèrement inférieur à celui rapporté par d'autres études, qui le fixent à 50 %. L'écart est attribué au fait que, dans le cas présent, les répondants étaient déjà incarcérés et que la culture carcérale est peu encline à la reconnaissance des torts.

Les travaux de l'étudiante établissent également que, chez les criminels coupables d'un premier délit, le taux de confession est de 80 %, contre 51 % chez les récidivistes. D'autres facteurs permettent de cerner le contexte favorisant les aveux: non seulement l'accusé n'a pas d'antécédent judiciaire, mais il ressent de la culpabilité, est seul au moment de l'interrogatoire et n'a pas voulu consulter d'avocat auparavant.

Ces facteurs sont en outre conditionnés par la qualité de la preuve que détient la police: la confession survient plus souvent lorsque la preuve est faible. Cela révèle que, dans ces circonstances, un interrogatoire correctement mené s'avère un élément déterminant pour pouvoir passer à la mise en accusation.

Le récidiviste qui perçoit que la preuve contre lui est accablante et qui a consulté un avocat aura pour sa part moins tendance à collaborer. Il s'agit bien souvent d'individus endurcis, voire antisociaux, qui ont l'expérience de telles situations et qui s'en tiennent à la consigne du silence recommandée par l'avocat.

Michel St-YvesSentiment de culpabilité

«La confession repose sur la façon dont l'interrogatoire est mené et c'est tout un art», fait remarquer Michel St-Yves, psychologue judiciaire et chargé de cours à l'École de criminologie. C'est un art qui doit être pratiqué avec doigté, puisque l'accusé n'est jamais obligé de répondre aux questions et que toute approche trop coercitive de la part des policiers conduira au rejet de la preuve.

Le psychologue, qui a dirigé deux ouvrages collectifs sur la psychologie de l'enquête et un troisième sur l'intervention policière en situation de crise, a fait de cet art son domaine d'enseignement et de recherche.

«La meilleure façon d'amener quelqu'un à collaborer est d'établir une relation de communication avec lui, signale-t-il. Il est démontré que la coercition entraine de faux aveux et les tribunaux n'acceptent pas de preuves obtenues sous la menace ou par des promesses de récompense.»

À son avis, la présence de caméras vidéo dans les salles d'interrogatoire a pour effet de prévenir l'usage de méthodes musclées. La bonne stratégie semble être de miser sur la culpabilité. «L'approche sera différente selon la personnalité intravertie ou extravertie de l'individu, mais toute personne a besoin d'expliquer son geste à quelqu'un», souligne le psychologue. Le policier doit donc faire en sorte de devenir ce quelqu'un.

Pour le psychologue, diverses raisons font que le criminel a besoin de se confier: il peut vouloir se déculpabiliser, reporter le blâme sur une autre personne, rendre son geste plus acceptable aux yeux des autres et à ses propres yeux, se libérer d'un poids ou encore il espère alléger sa peine.

Ce dernier motif, qui pourrait sembler être le plus «rentable» pour l'accusé, est toutefois vain. «Les policiers n'ont aucun pouvoir dans l'établissement de la peine et aucune étude ne permet de dire que les aveux ont valu à son auteur une peine moins sévère, dit Michel St-Yves. La reconnaissance de la culpabilité est toutefois prise en compte pour la libération conditionnelle.»

Selon les circonstances, d'autres «avantages» peuvent découler des aveux. Russell Williams, par exemple, faisait face à une preuve accablante, mais il a quand même tout avoué afin d'éviter que les policiers endommagent sa maison dans leur recherche de preuves et en espérant que sa femme ne serait pas inutilement mêlée à ses crimes.

Les travaux de Michel St-Yves concourent à ce que les méthodes d'enquête et d'interrogatoire soient plus scientifiques et que la justice soit mieux rendue. Il se félicite que la dernière erreur judiciaire au Québec remonte à 1995, alors qu'un jeune déficient intellectuel s'était accusé de crimes sexuels qu'il n'avait pas commis.

Daniel Baril

 

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