La psychologie aide à comprendre nos interactions avec les machines

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«L’être humain et la machine, c’est une interaction fascinante», s’enthousiasme Aude Dufresne, accompagnée du doctorant François Courtemanche.Une tempête de sable s'élève sur Mars. Même si nous sommes à 300 millions de kilomètres de notre plus proche voisine planétaire, la chose inquiète l'opérateur du véhicule tout-terrain qu'il dirige à distance. Aussitôt, son pouls s'accélère, une légère transpiration se fait sentir au bout de ses doigts et son regard cherche des repères sur l'écran.

«Votre mission consiste à rapporter une carotte de sol martien et il ne vous reste plus que quelques secondes pour l'accomplir», signale François Courtemanche au sujet de recherche qui est aux commandes du Mars Rover. Sur l'écran, les signes physiologiques du stress apparaissent, transmis par différents appareils reliés au poste de l'expérimentateur.

Grâce à une subvention du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada, en partenariat avec l'Agence spatiale canadienne et Web solutions Bell, le Laboratoire de recherche en communication multimédia, dirigé par Aude Dufresne, cherche à mieux comprendre les «processus d'interaction humain-ordinateur» dans divers contextes. Pour l'agence spatiale, il est primordial d'envoyer dans l'espace des personnes capables de manipuler des dispositifs complexes. «Imaginons que le Mars Rover soit abandonné sur place, faute de carburant. Cela pourrait se traduire par des pertes de plusieurs millions de dollars. C'est pourquoi il vaut mieux que l'opérateur soit bien entrainé avant d'en prendre les commandes», explique M. Courtemanche, qui réalise actuellement une recherche doctorale en informatique sur l'interaction humain-machine dans le laboratoire de Mme Dufresne.

Un autre exercice consiste à manipuler le bras spatial canadien. Ce système sophistiqué, muni de 7 articulations et de 10 caméras, doit pouvoir se déployer en apesanteur sans frapper d'obstacles et sans gaspiller d'énergie. «Nous effectuons ici des travaux sur l'amélioration des performances dans le cadre de la manipulation d'un véhicule tout-terrain situé à une grande distance. Mais les données que nous acquérons peuvent s'appliquer à d'autres situations humain-machine», fait observer la professeure du Département de communication dont le laboratoire loge au Centre de recherche interdisciplinaire sur les technologies émergentes.

Un laboratoire spécialisé

Diplômée en psychologie, Aude Dufresne s'intéresse depuis longtemps au rapport qu'entretient l'humain avec les machines électroniques. Sa thèse de doctorat portait sur l'intelligence artificielle. «L'être humain et la machine, c'est une relation fascinante où entrent en jeu des caractéristiques cognitives et technologiques, mais aussi de l'émotion et de la sensibilité», dit-elle.

Dans son laboratoire, on veut tout savoir sur cette relation particulière. Une caméra fixée directement sur le sujet parvient à cerner différentes émotions faciales grâce à un logiciel de reconnaissance des visages. Par exemple, le sourire du participant équivaut immédiatement à une poussée de la colonne «Happy» sur le graphique électronique. À l'inverse, lorsqu'il cligne des yeux ou fronce les sourcils, cette communication non verbale correspond à de la frustration ou de l'impatience.

On sait aussi que le stress équivaut à une hausse du pouls et à une augmentation de la moiteur de la peau, des éléments qu'on enregistre sans problème au moyen de sondes fixées sur les doigts.

À l'observation de données physiologiques s'ajoute le «suivi oculaire». Un rayon laser scrute le moindre mouvement de la pupille sur l'écran. Sur un moniteur, on voit se déplacer une cible rouge qui traduit le regard du sujet de recherche. On a même recours au détecteur de mensonge pour ausculter son état d'esprit.

Ces techniques peuvent permettre de déterminer les forces et les faiblesses de certains sites Web. Si l'on voit le regard s'égarer là où l'information est la moins pertinente, les designers de sites peuvent corriger leur contenu de façon plus appropriée. «Cela peut être extrêmement précieux pour tout ce qui concerne le commerce électronique», indique la chercheuse.

Elle a aussi exploré l'apprentissage à distance, qui serait plus efficace quand les étudiants sont en interaction avec un avatar. «Les étudiants ont besoin de se sentir accompagnés lorsqu'ils suivent un cours. Même s'ils sont concentrés sur ce qu'ils entendent ou lisent, ils trouvent très rassurant et stimulant de voir les autres étudiants progresser dans la matière durant un cours. Dans l'enseignement à distance, nous avons constaté que le fait d'avoir un avatar sur un coin de son écran permettait ce genre d'interaction... Tout le monde voulait le sien. Autant les étudiants doués que les moins bons.»

Dans l'industrie du jeu vidéo, on compte beaucoup sur ce genre de travaux pour perfectionner les interfaces, car la réaction des joueurs est une donnée fondamentale.

Pensée critique en péril...

Toute fascinante qu'elle soit, la relation entre la machine et l'humain ne doit pas exclure la pensée critique, que l'universitaire tient à promouvoir chez ses étudiants quand elle enseigne. «Il est primordial de conserver notre intelligence afin de ne pas se faire avoir par l'intelligence artificielle, mentionne-t-elle. Nous ne pouvons pas vivre sans machines, mais elles ne seront jamais que des outils.»

Impossible, de nos jours, de rechercher de l'information sur Internet sans recourir aux moteurs comme Google. Or, des entreprises privées paient cher pour apparaitre rapidement sur la liste des mots clés. En nous servant, l'entreprise sert donc d'abord ses intérêts. Il faut en être conscient.

Par ailleurs, Aude Dufresne est cinglante envers l'État-croupier qui, en voyant que l'industrie du jeu en ligne lui échappe, décide d'occuper le terrain en se ménageant un profit. Voilà un secteur où l'électronique peut engendrer des monstres. «J'aime bien les machines, mais elles changent. Il faut changer avec elles», résume la femme de science.

Mathieu-Robert Sauvé

 

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