Quand la science vient pacifier la garderie

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Avec L’agressivité des jeunes enfants: le guide interactif pour observer, comprendre et intervenir, Richard E. Tremblay et Jean Gervais veulent mettre leur savoir au service des éducateurs, des parents et des enfants.Est-il normal qu'un jeune enfant morde, pousse, frappe, menace? Faut-il s'en inquiéter? Comment éviter que cette violence persiste? C'est à ces questions qui taraudent bien des adultes que Richard E. Tremblay, professeur au Département de psychologie de l'Université de Montréal, apporte des réponses.

Dans un guide interactif sur DVD réalisé en collaboration avec l'Office national du film du Canada (ONF), M. Tremblay et son collègue Jean Gervais, de l'Université du Québec en Outaouais, proposent des outils pour mieux répondre à l'agressivité des tout-petits.

«C'est surprenant, mais le personnel des milieux de garde ne sait pas toujours comment réagir, et les parents non plus», observe M. Tremblay, dont les travaux sur l'agressivité des jeunes enfants sont mondialement reconnus. Il croit d'ailleurs que la formation collégiale en éducation à l'enfance devrait préparer davantage les futurs éducateurs québécois sur ce plan.

«On pense que notre guide répond vraiment aux besoins que l'on constate sur le terrain», avance le chercheur rattaché au CHU Sainte-Justine. Le DVD, maintenant au catalogue de l'ONF, présente des observations filmées, des entrevues d'experts, des jeux-questionnaires et des exercices. «Il s'agit de faire comprendre aux éducateurs comment faire la différence entre l'agressivité normale et celle qui ne l'est pas», indique Richard E. Tremblay.

Entre un an et demi et trois ans et demi, il est courant que les enfants usent de violence, précise-t-il: «C'est un comportement spontané, qui fait partie de nous. Pour eux, ça tourne beaucoup autour de la possession des objets, des jeux.» Or, la petite enfance est justement le moment déterminant où l'on doit apprendre à utiliser d'autres moyens pour régler les conflits.

À travers ses modules, le DVD apprend aux éducateurs (ou aux parents) à être de fins observateurs. «Il ne faut pas s'arrêter à la seule nature du comportement, insiste le psychologue. Il faut voir à quelle fréquence il survient, dans quelles circonstances ou à quels objets il est associé.» Il faut aussi considérer l'environnement. «Certaines façons d'organiser l'espace dans une garderie, par exemple, favorisent la compétition, explique le professeur. Si les conflits sont fréquents, il faut analyser la situation. On peut tenter d'aménager les lieux autrement.»

Les auteurs du guide insistent sur un autre point: les adultes, quand ils interviennent, doivent se garder d'être eux-mêmes agressifs. «C'est le gros défi pour certains éducateurs et surtout pour les parents, souligne M. Tremblay. Il faut expliquer, parler, mais éviter la colère.» C'est aussi par l'imitation des adultes que le petit acquiert des habiletés sociales. Il faut donner l'exemple.

Richard E. Tremblay (Photo: Jean-François Hamelin)Valorisation non commerciale

L'apport considérable des travaux de Richard E. Tremblay a été abondamment salué ici, en France et au Chili, notamment. Mais le professeur tenait à ce que les connaissances tirées de sa démarche scientifique puissent servir concrètement. «C'est très important pour moi, dit-il. C'est la raison pour laquelle on fait ces recherches-là, pour qu'elles servent à des gens, à des éducateurs sur le terrain.» Il ajoute, un sourire dans la voix, que «c'est aux chercheurs de faire des efforts pour transmettre ces savoirs, puisque les gens ne courent pas nécessairement après nos recherches!»

Depuis 2006, il a investi bien du temps et de l'énergie dans ce guide interactif, mais il se réjouit d'avoir pu le mettre au point. Dans le processus, il a eu recours au soutien d'Univalor, qui s'est chargée d'éclaircir les aspects légaux et commerciaux de la démarche, la coordination avec l'ONF et le réalisateur. Heureusement, remarque-t-il: «L'univers du cinéma a ses propres règles, qui sont bien différentes de celles qui régissent notre univers de chercheurs...» Son cas illustre d'ailleurs qu'il n'est pas seulement question de créer des entreprises à partir de savoirs à potentiel industriel et commercial.

C'est aussi à Richard E. Tremblay qu'on doit la mise sur pied du Centre d'excellence pour le développement des jeunes enfants. La mission du centre est le transfert des connaissances scientifiques à la pratique auprès des petits, bien au-delà des frontières du Québec. Le groupe travaille entre autres à la création d'une encyclopédie sur le développement des jeunes enfants en français et en anglais, mais aussi en espagnol et en portugais, depuis que les gouvernements du Chili et du Brésil ont décidé d'en traduire le contenu.

Jean François Bouthillette

 

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