La violence conjugale demeure un problème important et encore trop souvent banalisé, estime Maryse Rinfret-Raynor, auteure principale d'une étude sur les services offerts en matière de violence conjugale.
«Vingt-huit pour cent des Québécois considèrent que la violence conjugale n'est pas un crime. C'est une statistique dérangeante et il y a un travail de sensibilisation à faire, encore», a souligné Mme Rinfret-Raynor, professeure à l'École de service social de l'Université de Montréal, au cours d'une conférence de presse, le 26 novembre, en présence de la ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, Christine St-Pierre, et de la ministre déléguée aux Services sociaux, Dominique Vien.
La rencontre a eu lieu dans le Hall d'honneur du pavillon Roger-Gaudry et Mme St-Pierre a rappelé qu'il y a 21 ans les corps des victimes de l'École Polytechnique avaient été exposés dans cette même enceinte.
L'étude effectuée par Mme Rinfret-Raynor et deux collègues du Centre de recherche interdisciplinaire sur la violence familiale et la violence faite aux femmes avait pour but de dresser un état des services rendus par les maisons d'hébergement et les organismes d'aide aux conjoints avec des comportements violents. Le gouvernement voulait savoir si l'augmentation du budget aux maisons d'hébergement avait permis d'accroitre l'offre de service. C'est oui.
Le financement accordé est passé de 32,7 M$ en 2002-2003 à 73 M$ en 2008-2009. L'étude a démontré que les maisons d'hébergement ont pu augmenter le nombre de leurs employés et mieux les former et offrir davantage de services pendant de plus longues heures. En 2008-2009, 22 339 femmes ont bénéficié de services externes d'aide. En outre, aujourd'hui, 92 % des maisons d'hébergement viennent en aide aux enfants et adolescents témoins de violence mais aussi engagés eux-mêmes sur ce chemin.
À ce sujet, Mme Rinfret-Raynor a indiqué la nécessité d'intervenir très tôt à l'école pour faire comprendre aux enfants que l'intimidation et la violence ne sont pas des comportements acceptables.
Mais le moment où une femme (dans 2 cas sur 10, c'est un homme) victime de violence conjugale intervient pour demander de l'aide ou porter plainte est également crucial. «Nous voulons encourager les femmes à agir dès le début de la relation«», a dit Mme St-Pierre en saluant le courage des femmes qui font des dénonciations.
L'étude de Mme Rinfret-Raynor, à laquelle ont participé Normand Brodeur (Université Laval) et Élisabeth Lesieux (UdeM), rapporte une hausse du nombre des dénonciations.
En 2009, 6736 femmes ont été accueillies dans l'une des 106 maisons d'hébergement du Québec. En tout, 43 183 femmes ont fait des demandes de services externes et 22 339 de ces femmes ont reçu une aide. Par ailleurs, 4217 enfants et adolescents ont été hébergés. Ce dernier service est proposé par une majorité de maisons, mais il s'agit d'un nouveau volet pour la plupart d'entre elles.
Aider les hommes violents
Il existe aussi des organismes d'aide pour les conjoints ayant des comportements violents, clientèle qui a bénéficié de l'accroissement de l'aide gouvernementale. Ces centres offrent des entrevues d'accueil et d'évaluation, un suivi individuel et des thérapies de groupe. Ce dernier programme s'étend sur une vingtaine de rencontres. Les organismes situés à proximité des grands centres urbains sont ceux qui ont enregistré la plus forte hausse des demandes d'aide.
Par ailleurs, les trois chercheurs ne se sont pas contentés de brosser un tableau de la violence conjugale. Ils ont formulé des recommandations. Ainsi, ils insistent sur l'importance de la stabilité financière des maisons d'hébergement et autres centres de soutien de manière à assurer une meilleure planification des services.
Les chercheurs croient qu'il faut se préoccuper des femmes et des hommes issus de certaines communautés culturelles et qui vivent des situations particulières. Un effort devrait être déployé afin de les atteindre.
Mme St-Pierre a salué le travail de l'équipe de Maryse Rinfret-Raynor, estimant qu'il sera indispensable à la préparation du prochain plan d'action gouvernemental en matière de violence conjugale.
P.d.R.
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