Les Canadiens ont confiance en leurs institutions

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Sauf pour ce qui est de la religion, en net déclin depuis 25 ans, les Canadiens font confiance aux gens qui les représentent. «Que ce soit l'administration publique, les syndicats ou les écoles, la population canadienne croit en ses institutions. Plusieurs auteurs estiment d'ailleurs que la confiance est au cœur de la cohésion sociale», indique Isabelle Valois, qui consacre actuellement ses travaux de doctorat à cette question au Département de sociologie de l'Université de Montréal.

Au cours des deux dernières années, Mme Valois a rassemblé les réponses à plus de 700 questions posées aux Canadiens dans différents sondages d'opinion relativement à leurs sentiments quant à diverses institutions. Par exemple, on a cherché à connaitre leur degré de confiance à l'égard des gouvernements provinciaux, du gouvernement fédéral, etc. Pour les besoins de sa recherche, la doctorante a réduit les choix de réponses à un mode binaire: «plutôt confiant» ou «plutôt non confiant».

Ces questions proviennent de sondages nationaux menés auprès de 1000 à 5000 personnes d'un bout à l'autre du pays entre 1985 et 2008. «L'intérêt de cette base de données, c'est que certaines questions reviennent presque mot pour mot d'un sondage à l'autre, ce qui nous donne l'occasion de comparer les réponses dans le temps, selon l'âge des répondants et la géographie.»

Même si le travail d'analyse ne fait que commencer pour l'étudiante, qui vient de déposer ses questions de synthèse, elle a présenté ses données préliminaires à la Conférence annuelle de l'Association canadienne de sociologie, tenue à l'Université Concordia le 3 juin dernier.

Les graphiques montrent un accroissement régulier de la confiance exprimée envers la police, les gouvernements (fédéral et provinciaux), le système de justice, les syndicats et les médias. Le service où la confiance est la plus élevée (plus de 80 %) est la police. Suivent les écoles (75 %), le système de justice (62 %) et les gouvernements (environ 50 %). Pendant ce temps, le degré de confiance à l'égard de la religion est passé de 55 % en 1985 à 45 % en 2008.

Surprises

Quand on regarde le tableau en détail, l'évolution n'apparait pas toujours de façon linéaire. Ainsi, la confiance envers les gouvernements fluctue énormément. Entre 1985 et 1990, la confiance exprimée par les citoyens à l'égard d'Ottawa chute à environ 12 % alors qu'elle se maintient pour les élus provinciaux. En 2004, on observe une baisse similaire et elle touche alors les deux paliers.

Autre «crise de confiance» très marquée au milieu des années 90. Cette fois, tous les indicateurs révèlent un déclin rapide puis une remontée de la confiance. Un effet du référendum sur la souveraineté-association? «On voit en tout cas plusieurs différences provinciales. L'Alberta est la seule province canadienne à voir sa confiance moyenne envers le gouvernement fédéral baisser en un quart de siècle. C'est aussi la seule à voir la cote des syndicats diminuer. Au Québec, la confiance générale résultant de toutes les tendances est à la baisse, même si la foi dans les médias et les syndicats est légèrement à la hausse.»

Les crises gouvernementales comme le scandale des commandites ou la Commission d'enquête sur le processus de nomination des juges (trop récentes pour être prises en compte par l'étudiante) peuvent déstabiliser l'opinion publique, selon Mme Valois. «Je pense que ces évènements fort médiatisés ternissent l'image de probité de notre système. Certains auteurs prétendent que le scandale du Watergate, aux États-Unis, a frappé si fort que la population ne s'en est pas encore remise. Je ne sais pas si c'est vrai, mais j'aurais tendance à croire qu'au Canada les temps actuels sont difficiles.»

«Capital social»

La recherche d'Isabelle Valois s'inspire dans un champ interdisciplinaire en pleine croissance qui emprunte à plusieurs disciplines dont la psychologie et la sociologie: le capital social. Créée par le sociologue français Pierre Bourdieu et popularisée par le politologue américain Robert Putnam, cette notion veut qu'un haut niveau de capital social assure la paix et la sécurité. Plus une communauté a une bonne «cote», plus elle a une économie vigoureuse et moins la criminalité est grande. Même le nombre de grossesses chez les adolescentes s'en trouve abaissé.

Aujourd'hui, Isabelle Valois critique le concept et ne veut pas y être associée. Mais c'est dans un cours de maitrise portant sur le capital social à l'Université McGill qu'elle a eu l'idée de travailler sur la confiance des citoyens.

«Il est un peu risqué d'établir des parallèles à ce moment-ci, mais il me semble qu'une personne qui exprime de la confiance envers ses institutions est plus coopérative lorsqu'elle doit interagir avec l'une d'entre elles», explique Mme Valois.

En bonne universitaire, elle ne veut pas aller plus loin pour l'instant dans l'analyse, mais elle espère faire plusieurs découvertes. «Il vaut mieux que je sois inspirée, car j'ai encore trois ans à passer sur ce sujet», dit-elle en riant.

Pour la jeune femme qui a beaucoup voyagé avant de faire un retour aux études et d'obtenir un baccalauréat bidisciplinaire en psychosociologie à l'Université de Montréal il y a deux ans, la recherche en sciences sociales est une voie prometteuse.

C'est à Claire Durand, sa directrice de thèse, qu'elle doit son intégration dans un centre de recherche universitaire. «Elle m'a accueillie à bras ouverts et je travaille à présent dans son laboratoire. C'est une excellente professeure qui respecte ses étudiants et les motive tout en leur laissant beaucoup de liberté», mentionne-t-elle.

Mathieu-Robert Sauvé

 

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