Ce que l'oreille entend, l'esprit le croit

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L'ouïe peut avoir une influence sur la vision et créer des illusions visuelles.On sait que la privation d'un sens entraine une perte d'information sur l'environnement qui nous entoure. Mais l'intégration de l'information issue de deux sens distincts, comme la vue et l'ouïe, peut elle aussi engendrer une perception globale incorrecte.

«Plusieurs manifestations perceptives illusoires sont le résultat de l'interaction entre des éléments d'information provenant de deux modalités sensorielles, explique Catherine Éthier-Majcher, auxiliaire d'enseignement au Département de psychologie de l'Université de Montréal et étudiante de troisième cycle. La perception d'un mouvement articulatoire des lèvres peut notamment influer sur la localisation spatiale d'une source sonore.»

Prenons l'exemple du ventriloque, qui remue à peine les lèvres. Les seuls indices visuels que le public peut associer à la parole sont les mouvements de la marionnette. C'est donc l'information visuelle (mouvement des lèvres de la marionnette) qui l'emporte sur l'information auditive (origine spatiale du son). On dit que la modalité dominante est, dans ce cas-ci, la vision. De façon similaire, c'est ce qui se passe devant un écran de cinéma. On a l'illusion que le son est émis par les acteurs plutôt que par les hautparleurs de chaque côté de l'écran.

«Le cerveau n'utilise pas nécessairement la vision comme modalité dominante dans toutes les situations où il doit combiner des éléments d'information multisensoriels, signale la chercheuse. Des études récentes ont démontré que, dans certains cas, même le toucher et l'ouïe peuvent avoir une influence sur la vision. Cela laisse entendre que le cerveau n'intègre pas toujours l'information multisensorielle de la même façon.»

De nombreuses hypothèses ont été formulées relativement à la façon dont l'information en provenance de deux modalités distinctes est intégrée par le cerveau. À ce jour, on ne sait toujours pas avec certitude comment l'information audiovisuelle est intégrée dans le contexte d'une illusion visuelle induite par le son. Intriguée par le phénomène, Catherine Éthier-Majcher en a fait l'objet d'une étude dans le cadre de son mémoire de maitrise. Son travail dirigé par le professeur Frédéric Gosselin a permis de constater qu'un son présenté au début et à la fin d'une stimulation sonore a un effet sur la manifestation de l'illusion.

Autrement dit, ce que l'oreille entend, l'esprit le croit!

Catherine Éthier-MajcherUne illusion à tester

Pour en arriver à ce constat, la chercheuse a d'abord repris auprès de huit participants l'illusion induite par le son de Ladan Shams et ses collaborateurs (de l'Université de Californie à Los Angeles), les premiers chercheurs à avoir établi qu'une illusion visuelle peut être provoquée auditivement. L'illusion est la suivante: quand un flash visuel (produit par un disque blanc) est accompagné de plusieurs signaux sonores, le flash unique est perçu comme étant une série de plusieurs flashs. Plus la quantité de signaux sonores augmente, plus le nombre de flashs perçus est grand. «Cela fonctionne jusqu'à l'atteinte d'un plafond se situant autour de quatre ou cinq flashs», précise Mme Éthier-Majcher.

Catherine Éthier-Majcher avait pris soin de présenter simultanément un seul stimulus en périphérie du champ visuel (un disque blanc montré à cinq degrés d'excentricité) et plusieurs stimulus auditifs courts à 57 millisecondes d'intervalle. Car l'illusion est plus forte quand le flash est dans la périphérie du champ visuel, mais cela fonctionne également pour des présentations fovéales. Toutefois, un délai maximal de 100 millisecondes entre la présentation d'un disque et celle d'un son serait nécessaire pour percevoir un disque illusoire. «Selon les auteurs de cette illusion, le phénomène résulterait d'une altération de la perception visuelle par les stimulus auditifs, explique Mme Éthier-Majcher. Depuis leur premier article paru dans Nature en 2000, de nombreuses recherches sur l'illusion visuelle induite par le son ont fourni d'autres détails ou explications du phénomène.»

Dans le but d'éclaircir les paramètres temporels qui sous-tendent cet effet illusoire, Catherine Éthier-Majcher a réalisé une seconde expérience. Cette fois, les sujets devaient évaluer le nombre de stimulus visuels présentés en même temps que des stimulus auditifs dans un contexte où le délai entre la présentation d'un stimulus visuel et celle d'un stimulus auditif était systématiquement varié. Les résultats montrent qu'un son présenté au début et à la fin de la stimulation sonore influence la manifestation de l'illusion. «La majorité des sujets voient plusieurs flashs lorsque le stimulus auditif est répété à ces moments de l'expérience. Mais le délai entre la présentation d'un son et celle de l'élément visuel n'est pas un facteur qui joue sur la perception illusoire», résume la chercheuse.

Catherine Éthier-Majcher poursuit actuellement à l'Université de Montréal un doctorat en neuropsychologie sur la reconnaissance des jugements sociaux et des expressions faciales chez les jeunes et les personnes âgées.

Dominique Nancy

 

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De la même façon, des chercheurs ont montré que les descriptions verbales par des œnologues des sensations gustatives sont très différentes selon qu'il s'agit d'un vin blanc ou d'un vin rouge. Or, l'ajout d'un colorant inodore au vin blanc modifie grandement ces descriptions. Voilà pourquoi plusieurs scientifiques croient à une influence de la vision sur la perception gustative.

D.N.

 

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