Si elle avait un conseil à donner aux étudiants, Lise Dubé leur suggèrerait fortement de choisir une discipline qui les passionne plutôt que de viser une carrière pour son prestige. «Les étudiants qui aiment ce qu'ils font s'engagent davantage dans leurs études et cela se reflète sur leur niveau de bienêtre et sur leur qualité de vie, affirme-t-elle. Ceux qui ont dans leur mire uniquement un bon salaire ou une carrière prestigieuse ne sont pas les plus engagés ni les plus heureux. Il faut plus que le sens du devoir; il faut le désir de se surpasser.»
S'il peut sembler évident qu'on s'investit plus dans ce qu'on aime, le lien entre l'engagement scolaire et le bienêtre personnel n'est pas aussi clair qu'il y parait aux yeux des spécialistes. L'engagement est en fait un concept complexe regroupant une foule de facteurs dont les interrelations demandent à être clarifiées.
C'est ce qu'a cherché à faire Anne Brault-Labbé dans ses travaux de doctorat dirigés par la professeure Lise Dubé au Département de psychologie de l'Université de Montréal. «L'engagement est souvent vu comme un fardeau parce qu'il implique des efforts, mais notre étude démontre qu'il est fortement lié au bonheur, souligne la professeure. Ce lien n'avait jamais été établi jusqu'ici chez les étudiants à l'université.»
Passion et persévérance
Pour arriver à leur conclusion, les deux chercheuses ont d'abord dû préciser le concept d'engagement psychologique. Selon ce qu'on trouve dans la littérature, la notion renvoie tantôt aux émotions éprouvées en classe, tantôt au sentiment d'appartenance, à la motivation, aux stratégies d'apprentissage, à la participation aux activités parascolaires, au temps mis dans les études, etc.
«Ce serait une erreur de mesurer l'engagement par le temps investi, estime Lise Dubé. La durée peut être motivée par des difficultés dans l'apprentissage et le fait de consacrer trop de temps au travail peut conduire au surmenage. Le surengagement est davantage associé à des problèmes de santé qu'au bienêtre.»
Les deux chercheuses ont plutôt choisi un modèle à trois dimensions constitué de la force affective (l'enthousiasme à l'égard de ses études), la force comportementale (persévérance en dépit des obstacles) et la force cognitive (capacité de réconcilier les aspects négatifs et positifs inhérents à son engagement).
Il en ressort que c'est la persévérance malgré les obstacles qui est le facteur le plus fortement lié au bienêtre des étudiants. «Au début des études universitaires, il est normal de déchanter; rien n'est un jardin de roses, indique la professeure. Mais les données montrent que ceux qui s'accrochent aux aspects motivants en se rappelant ce qu'ils aiment dans la discipline choisie sont plus heureux. Devant les difficultés, il faut donc miser sur ce qu'on aime au lieu de changer de discipline et risquer de voir le même scénario se répéter. Mais cela est difficile si l'on n'éprouve pas d'enthousiasme dans ce qu'on fait. Le vrai test de l'engagement est donc l'attitude quant aux obstacles.»
L'amour de la connaissance
Pour sa recherche, Anne Brault-Labbé a fait passer toute une batterie de tests à 266 étudiants afin de mesurer pas moins de 20 variables dont les motifs qui les ont conduits à l'université, le sens donné à la vie, la satisfaction, le bonheur, les émotions positives et négatives, le niveau de bienêtre et l'état de santé, le tout associé à l'engagement scolaire.
L'interaction pourrait se résumer ainsi: ceux qui sont motivés par la passion sont plus engagés et ils tirent de leur engagement plus de satisfaction et de bonheur. Il est ainsi erroné de penser que l'effort de l'engagement n'a qu'un aspect pénible et contraignant.
Les motivations les plus fortement liées à l'engagement sont la recherche de la connaissance pour elle-même, la recherche de stimulations intellectuelles et le désir de se dépasser.
L'étude montre par ailleurs que l'engagement est inversement associé aux émotions négatives telles la peur, la tristesse, l'anxiété ou l'irritation.
Les interrelations observées dans cette étude valent tout autant pour l'engagement au travail que pour l'engagement amoureux, précise la professeure.
La collecte de données ayant été anonyme, les chercheuses n'ont pas pu noter si ce profil correspondait à plus de persévérance dans les études et ainsi à une plus grande réussite. Mais Lise Dubé n'en doute pas. «La persévérance est liée au plaisir éprouvé dans ce qu'on fait», signale-t-elle, et la persévérance est un atout contre le décrochage.
Cette partie des recherches doctorales d'Anne Brault-Labbé, aujourd'hui professeure à l'Université de Sherbrooke, a été publiée dans la Revue canadienne des sciences du comportement (vol. 42, no 2).
Daniel Baril
Â
Sur le Web
