Les maladies chroniques atteignent des proportions épidémiques en Afrique

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Les maladies cardiovasculaires et l’obésité ont fait leur apparition en Afrique subsaharienne. Mais les maladies infectieuses et la malnutrition n’ont pas disparu pour autant.Peu de gens associent les maladies chroniques à l'Afrique. Pourtant, les maladies cardiovasculaires, l'obésité ou encore le diabète atteignent des proportions épidémiques dans un grand nombre de pays africains.

«Nous entendions toujours parler des maladies cardiovasculaires comme des “maladies du bienêtre”, mais elles se répandent rapidement dans les pays pauvres. Lorsque nous avons regardé les statistiques, nous avons carrément été pris de court», raconte Barthélémy Kuate Defo, professeur au Département de démographie de l'Université de Montréal.

Et comme, d'une part, ces affections s'ajoutent à la persistance de maladies infectieuses, du VIH et de la malnutrition, et que, d'autre part, les services de santé ne sont pas équipés pour les combattre, les personnes qui en sont atteintes meurent à un âge beaucoup plus jeune – avant la cinquantaine – que dans les pays riches.

Mais on ne se rend pas bien compte de la gravité de la situation et les différences d'un pays à l'autre restent mal répertoriées. L'Organisation mondiale de la santé possède pour certains pays des statistiques qui remontent à 50 ans et l'on est loin de l'information contenue dans les registres civils nord-américains ou européens et qui permet d'élaborer la structure des codes de décès des pays.

«On ne peut pas prendre le modèle nord-américain et l'appliquer aux pays en développement», résume le professeur.

En fait, les experts se sont aperçus que le schéma classique de la transition épidémiologique observé dans les pays aujourd'hui développés, soit le passage d'une phase où les maladies infectieuses sont la principale cause de décès à une phase où les populations meurent d'abord et avant tout de maladies cardiovasculaires et chroniques, et qui entraine une hausse de l'espérance de vie, ne vaut pas pour l'Afrique subsaharienne.

Barthélémy Kuate Defo«L'épidémie de VIH-sida mais aussi d'autres facteurs ont causé une contre-transition épidémiologique, c'est-à-dire une augmentation de la mortalité et une diminution de l'espérance de vie», explique M. Kuate Defo.

Dans plusieurs pays africains, l'espérance de vie s'est en effet effondrée à la fin des années 80. Un exemple? En Zambie, elle a baissé de 11 ans entre 1980-1985 et 1995-2000, revenant ainsi à ce qu'elle était dans les années 50, alors qu'elle ne dépassait pas 40 ans.

Pour faire la lumière sur ces codes de décès, le National Institute of Aging, qui relève des National Academies des États-Unis, vient de mettre sur pied la Commission sur la transition épidémiologique en Afrique subsaharienne, que préside M. Kuate Defo. Les autres membres viennent d'instituts ou d'universités réputés.

«Nous allons examiner les causes de décès afin de faire avancer les connaissances et ainsi de formuler des recommandations en matière de santé publique», dit le professeur.

La tâche est colossale puisqu'elle concerne 48 pays où vivent 829 millions de personnes. Et, quand les gens souffrent de maladies cardiovasculaires à 18 ans, c'est qu'il y a une tragédie à l'œuvre.

«C'est un mandat que j'accepte avec humilité, en espérant que ce pourra être un geste transformateur», mentionne le professeur, titulaire d'un doctorat en démographie et en médecine préventive épidémiologique de l'Université du Wisconsin-Madison et originaire du Cameroun

Paule des Rivières

 

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