Émilie Genin, spécialiste de la conciliation travail-famille

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Concilier le travail et les besoins de la famille peut parfois placer les parents sur la corde raide.Comment fait Émilie Genin pour concilier le travail de professeure-chercheuse et la famille? «L'un des grands avantages d'être professeur est la flexibilité que l'on a dans son emploi du temps. Certes, on travaille beaucoup, mais on peut généralement s'organiser pour travailler où et quand on veut.»

Si elle peut, par exemple, rédiger ses demandes de fonds à la maison sans subir la pression d'un supérieur immédiat, cette spécialiste de la conciliation travail-famille ne néglige pas pour autant ses étudiants. Au contraire. «Ses cours sont toujours très bien structurés et ses notes limpides. Et, même si elle a un horaire chargé, elle trouve le temps de répondre à nos innombrables questions», signale une étudiante de l'École de relations industrielles de l'Université de Montréal, où Émilie Genin, professeure adjointe, enseigne depuis 2009.

Depuis son doctorat en gestion (ressources humaines et organisation) à HEC Paris de 2002 à 2007, Émilie Genin scrute les problématiques liées à la conciliation travail-famille pour tenter d'approfondir la compréhension du phénomène. «Ma thèse portait sur les interactions entre le temps personnel et le temps professionnel, précise-t-elle. L'idée était de voir comment on mélange les deux. Et pour quelles raisons. À l'époque, il y avait assez peu de documentation sur ce thème.»

À l'aide d'une échelle d'analyse, Mme Genin a distribué à quelque 350 cadres et professionnels un questionnaire dans lequel les répondants étaient invités à décrire l'organisation pour laquelle ils travaillent, leur type d'emploi et leur représentation du travail. Les caractéristiques personnelles et familiales y étaient aussi explorées. D'un classeur où elle conserve les réponses, elle sort au hasard quelques formulaires dument remplis. Premier constat: l'environnement de travail, c'est-à-dire l'organisation et le genre d'emploi occupé, ressort comme un facteur jouant un rôle majeur. «Un professeur d'université a plus de flexibilité qu'un ouvrier sur une chaine de montage, cite en exemple Mme Genin. De même, la culture de l'organisation a une influence considérable. Pour certaines entreprises, cela ne pose aucun problème de travailler à la maison. Pour d'autres, la présence dans les locaux est importante.»

Mais l'environnement de travail n'explique pas tout. Des variables liées à ce que Mme Genin appelle «le rapport au travail» figurent également sur la liste des facteurs explicatifs du phénomène. «Tout dépend du rapport que l'on a avec son emploi, soutient Émilie Genin. Certaines personnes sont tellement investies dans leur travail qu'elles n'arrivent pas à le quitter. Pour elles, c'est leur carrière qui prédomine au point qu'elles sont prêtes à faire de grands sacrifices.»

Des facteurs personnels et familiaux, enfin, sont au centre des préoccupations d'un bon nombre d'employés. «C'est la dimension la plus difficile à étudier, affirme la chercheuse. On n'est pas dans la famille, on ne voit pas si le conjoint prend en charge beaucoup de tâches domestiques ou si la personne a un parent malade sur lequel elle doit veiller.» À son avis, plus que les facteurs directs comme le nombre d'enfants, ce qui va influer sur la conciliation, ce sont les difficultés perçues. «Ce n'est pas vraiment le nombre d'enfants qui est significatif, même si cela compte aussi, bien sûr. Certains ont un seul enfant et trouvent très difficile de concilier le travail et la famille. Par exemple, un des conjoints voyage souvent à l'extérieur du pays ou les parents ont des horaires atypiques.» À l'autre extrémité, un couple de médecins qui élèvent quatre enfants mais qui ont une nounou à temps plein peuvent mener leurs activités professionnelles et familiales et se sentir moins stressés.

Émilie Genin apprécie la relative autonomie qu'offre la carrière universitaire.Une enseignante-née

En s'attaquant plus récemment, dans un postdoctorat (TELUQ-UQAM), à la conciliation travail-famille chez les policiers, les infirmières et les travailleurs autonomes du Québec, Mme Genin est revenue à ses premiers objets d'étude, puisque ses travaux lui ont permis de désigner ce qui apparait comme l'une, sinon la difficulté majeure de la conciliation: l'absence de flexibilité dans le temps de travail. La qualité des rapports quotidiens avec le supérieur en est une autre. «Les politiques de fonctionnement dans les entreprises sont nécessaires, mais la qualité des relations au jour le jour avec son chef est considérée comme prioritaire par plusieurs, constate-t-elle. Donne-t-il le droit de partir plus tôt pour aller chercher son enfant malade sans passer par les voies officielles? Permet-il un certain aménagement des horaires? Les gens ont tendance à être plus satisfaits et productifs lorsque la relation avec leur supérieur est bonne.»

À titre de jeune professeure, Émilie Genin a beaucoup de pain sur la planche. Elle multiplie les demandes de fonds pour divers projets de recherche. Elle avoue que les premières années d'une carrière universitaire sont très exigeantes. «Mais c'est très stimulant», dit-elle en souriant.

Outre ses activités de recherche, la jeune femme de 33 ans donne un à deux cours par trimestre au premier cycle. En collaboration avec la professeure Mélanie Laroche, elle assume également la préparation des étudiants à des concours interuniversitaires, dont la participation peut désormais être créditée. «C'est un des éléments de la réforme du baccalauréat en relations industrielles, qui est entrée en vigueur ce mois-ci», souligne la professeure Genin.

Deux concours sont principalement ciblés au baccalauréat: le Concours d'excellence des relations industrielles et le tournoi Excalibur. Ce dernier est chapeauté par l'Ordre des conseillers en ressources humaines et en relations industrielles agréés du Québec. «Ce sont des concours prestigieux où les étudiants sont confrontés à des simulations de cas basées sur la réalité quotidienne des entreprises et des syndicats», explique Mme Genin, qui entend faire tout ce qu'elle peut pour aider les étudiants dans leur préparation à ces épreuves. Et qui sait, l'UdeM pourrait peut-être remporter cette année l'un ou l'autre de ces concours. «Cela est fort possible compte tenu des qualités pédagogiques et humaines de cette professeure», selon le directeur intérimaire de l'École, Jean Charest, qui qualifie Mme Genin d'«enseignante exceptionnelle».

«Émilie démontre une très grande capacité d'intégration et contribue de façon remarquable au dynamisme de la vie universitaire à l'École», ajoute-t-il.

Dominique Nancy

 

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