Dawson : un impact psychologique considérable

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Les étudiants ont voulu poser un geste de solidarité à la suite de la mort d'Anastasia De Sousa.L'impact psychologique de la fusillade au collège Dawson, le 13 septembre 2006, fut considérable. Un an et demi après le drame, 30 % des étudiants et des employés avaient éprouvé un problème de santé mentale, pourcentage deux fois plus élevé que dans la population en général.

Pour 18 % de ces répondants, c'était la première fois qu'ils souffraient d'un épisode de trouble mental. Et les troubles ne sont pas nécessairement passagers puisque, chez 7 %, ils persistaient après 18 mois.

«La première découverte que nous avons faite porte sur l'ampleur de l‘impact psychologique», raconte Alain Lesage, professeur au Département de psychiatrie de l'Université de Montréal et au Centre de recherche Fernand-Seguin de l'hôpital Louis-H.-Lafontaine, affilié à l'UdeM.

Un trouble mental peut être un état de stress post-traumatique, une dépression majeure, une dépendance à l'alcool ou encore la phobie sociale. Rappelons que le tireur qui a fait irruption au collège a tué une jeune femme et blessé 19 autres étudiants avant de se suicider.

L'enquête sur les répercussions de la tragédie, à laquelle M. Lesage a participé, a aussi confirmé que plus les témoins étaient proches du lieu de la fusillade, plus les risques de séquelles psychologiques étaient grands.

«Au-delà de l'aspect logique, cela signifie que la personne qui tient dans ses bras une autre personne blessée physiquement aura besoin d'aide. Et qu'on ne peut se contenter de dire “Des services d'aide existent”. Il faut dire “Voici de l'aide”», dit Alain Lesage.

Cette insistance est d'autant plus pertinente que l'enquête a également démontré que les gens affectés par la tragédie ont peu fait appel aux services d'aide. Une seule surprise: le recours significatif à Internet. La direction du collège et les services de santé avaient eux-mêmes facilité l'accès à certains sites de soutien et 14 % des gens s'en sont prévalus, mais cela ne veut pas dire que le recours à ce type de soutien équivaut à une psychothérapie, loin de là.

Alain LesageIl reste que «la majorité des personnes qui avaient un problème de santé mentale n'ont pas consulté de professionnel; lorsqu'elles l'ont fait, elles se sont dites satisfaites de l'aide reçue, mais la plupart auraient eu besoin de plus de services.»

Les résultats de l'enquête ont été rendus publics au collège presque quatre ans jour pour jour après la fusillade. Et, même si un certain nombre de drames ont eu lieu dans des établissements scolaires ces dernières années, il existe peu de littérature sur leur impact.

«Généralement, les gens se replient sur eux-mêmes pour se soigner et ils ne veulent surtout pas que des chercheurs qui vont faire des études et publier leurs résultats dans des revues savantes tirent un bénéfice de leurs confidences. Dans le cas de Dawson, nous avons été des accompagnateurs.»

En fait, en raison de sa proximité avec le collège Dawson, le personnel du service psychiatrique du Centre universitaire de santé MGill (CUSM) est intervenu rapidement et ses experts se sont par la suite adressés à leurs collègues de l'Université de Montréal pour mener une enquête complète.

Outre M. Lesage, les chercheurs Richard Boyer et Stéphane Guay, rattachés au Centre de recherche Fernand-Seguin, ont participé à l'enquête, coordonnée par Pierre Bleau, du CUSM. Les chercheurs Monique Séguin, Warren Steiner et Nadia Szkrumelak, aussi du CUSM, faisaient partie de l'équipe.

Les résultats de l'enquête, remis le 9 septembre au gouvernement du Québec, révèlent que plus le degré d'exposition à la fusillade était grand, plus le risque de présenter un épisode de stress post-traumatique ou un trouble anxieux, un état dépressif ou une dépendance à l'alcool l'était. Ils montrent également que les plus jeunes femmes sont davantage à risque de manifester des troubles mentaux après le drame et donc que le besoin d'une aide persiste.

Les chercheurs ont utilisé la méthode d'étude de cas et celle du devis d'enquête classique avec des questionnaires auxquels 948 étudiants ou membres du personnel de Dawson ont accepté de répondre. L'équipe a de plus rencontré des groupes clés afin de reconstituer la tragédie.

Les chercheurs ont produit quatre rapports. Ils ne se contentent pas de mesurer l'impact psychologique de la fusillade, ils proposent aussi un plan d'intervention détaillé afin que toutes les instances soient prêtes à réagir rapidement en situation d'urgence.

«Beaucoup de gens nous ont dit “Something good must come out of it” et nous voulons contribuer à ce que quelque chose de bon émerge de tout cela», résume M. Lesage.

Paule des Rivières

 

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