Comment « décarboniser » l'énergie?

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(Photo : iStockphoto)Nouvellement engagé par le Département de science politique de l'Université de Montréal, le professeur Érick Lachapelle s'attaquera, dans ses cours comme dans ses travaux de recherche, à une problématique tout aussi complexe qu'actuelle, soit les politiques environnementales à l'heure des changements climatiques.

«Dans les accords de Kyoto, la question environnementale est posée comme un problème international devant être pris en charge par les États nationaux. Mais dans les faits, ce n'est pas ce qui se passe, observe-t-il. Ce sont les gouvernements régionaux ou les administrations locales qui entreprennent diverses actions. Comme ces actions ne sont pas nécessairement harmonisées entre elles, on ne sait pas si elles auront les effets escomptés.»

C'est sur cette réalité inattendue que se greffe son plan de recherche des prochaines années: qu'est-ce qui fait que les États adoptent ou n'adoptent pas de mesures environnementales allant dans le sens de l'atteinte des objectifs de Kyoto?

Ses travaux de doctorat, réalisés à l'Université de Toronto, lui ont fourni un premier élément de réponse: les systèmes électoraux ont une influence sur la mise en œuvre de mesures environnementales. «En ouvrant la porte aux partis verts, les systèmes proportionnels favorisent l'adoption de politiques environnementales, ce qui n'est pas le cas dans les systèmes à majorité simple comme au Canada et aux États-Unis», fait-il remarquer.

De plus, le fédéralisme qui a cours dans ces deux derniers pays amène ou oblige le gouvernement central à partager sa compétence avec les paliers inférieurs de décision, ce qui met en présence des intérêts divergents et réduit le pouvoir de décision. Et c'est sans parler des politiques qui doivent s'harmoniser à l'échelle internationale. «Au Canada, le premier ministre Harper dit attendre après les États-Unis; aux États-Unis, le président Obama ne parvient pas à faire passer ses mesures, qui sont bloquées par le Sénat.»

Taxe sur le carbone

Jusqu'à présent, sept États dans le monde sont allés jusqu'à adopter une taxe sur le carbone: la Finlande, la Suède, la Norvège, le Danemark, les Pays-Bas, la Colombie-Britannique et le Québec.

Le Québec a en fait été le premier État en Amérique du Nord à instaurer une telle mesure en 2007. Il s'agit d'une taxe quasi invisible de 0,8 ¢ le litre d'essence imposée aux 50 plus gros distributeurs et qui aurait sans doute été refilée au consommateur.

En Colombie-Britannique, c'est une taxe de 10 $ la tonne de CO2 (ce qui équivaut à 2,4 ¢ le litre) qui est imposée à l'achat de combustibles fossiles. Cette taxe atteindra 30 $ en 2012. Aux yeux d'Érick Lachapelle, il y a là un incitatif à changer nos comportements et à choisir, par exemple, une voiture hybride plutôt qu'un Hummer.

Ces deux derniers cas lui fournissent un intéressant matériel de recherche afin de comprendre ce qui a pu conduire ces gouvernements à mettre en place de telles mesures.

Les États qui ont adopté une taxe sur le carbone ne l'ont toutefois pas fait en conformité avec la théorie. «La théorie veut que la taxe soit proportionnelle à la teneur en carbone d'un produit, ce qui veut dire que le charbon devrait être davantage taxé que l'essence. Mais on ne tient pas compte de ce critère parce que l'intérêt des entreprises est pris en considération par les politiques», affirme Érick Lachapelle.

Une faiblesse stratégique

«Jusqu'à tout récemment, les gouvernements ont subventionné l'industrie de l'énergie parce qu'elle était un moteur de développement économique. Mais la dépendance aux combustibles fossiles est devenue une faiblesse stratégique: il faut maintenant “décarboniser” l'économie, déclare le professeur. Le nouveau paradigme ne considère pas la protection de l'environnement comme incompatible avec le développement économique.»

Cette approche fait son chemin et a même donné naissance au Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, connu sous le sigle IPCC pour son appellation anglaise (Intergovernmental Panel on Climate Change). L'organisme a pour mission d'évaluer l'information scientifique, technique et socioéconomique liée aux changements climatiques et d'envisager des stratégies d'adaptation et d'atténuation.

Ce programme est précisément celui qu'Érick Lachapelle se propose d'examiner au cours d'un séminaire qui sera offert l'hiver prochain.

Plus globalement, ses travaux de recherche porteront sur la compatibilité ou non des politiques environnementales et du développement économique, sur les moyens de transformer nos modes de vie, sur les mesures qui ont du succès et qui favorisent ces transformations.

«Mon approche est comparative et vise à cerner quelles sont les actions qui nous permettent d'aller de l'avant et quelles sont les forces qui freinent le changement», tient-il à souligner.

Un Franco-Ontarien québécois!

Né à Mississauga, en banlieue de Toronto, Érick Lachapelle est donc un Franco-Ontarien. Mais, comme ses parents sont québécois, il s'est toujours considéré lui-même comme québécois. Dans le Mississauga multiethnique, il était d'ailleurs mieux vu d'avoir une seconde nationalité que d'être tout simplement canadien.

«Ma famille possède une terre au lac Sainte-Marie, en Outaouais, et je suis très attaché à ce coin de pays, dit-il. Même quand je vivais en Ontario, j'étais un partisan du Canadien!»

C'est donc avec un plaisir et un enthousiasme non dissimulés que le professeur entreprend cette carrière en terre québécoise et à l'Université de Montréal. «Je suis très heureux d'être ici», mentionne-t-il.

Daniel Baril

 

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