Les Québécois ne boivent pas plus d'alcool que les autres

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Plus de 80 % des Canadiens consomment de l’alcool sans qu’apparaissent des problèmes sociaux ou de santé.Oui, les Québécois boivent beaucoup de bière, mais leur consommation en général se compare à celle des autres provinces du Canada et des autres pays. C'est ce qui ressort des travaux préliminaires effectués par Marilyn Fortin auprès de plus de 10 000 personnes dans le monde qui ont été interrogées sur leurs habitudes en matière d'alcool. «Les Québécois ne boivent pas plus que d'autres groupes ailleurs sur la planète. Ils boivent différemment, indique la chercheuse. Ils ont par exemple davantage une culture de l'alcool associée à la fête ou ils vont boire pour décompresser après le travail et oublier les soucis.»

Étudiante de troisième cycle au Département de sociologie de l'Université de Montréal, Mme Fortin mène présentement une étude à l'échelle du pays sur la variabilité des pratiques de consommation entre les femmes et les hommes et selon leur position sociale. À partir des données d'une enquête internationale réalisée dans une trentaine de pays par l'Organisation mondiale de la santé, la chercheuse se penche (grâce à un cadre théorique multidimensionnel) sur l'environnement professionnel et personnel des répondants afin de voir si celui-ci influe sur les pratiques de consommation et les habitudes relatives à l'alcool.

Elle a jusqu'à présent noté des distinctions entre l'Ouest canadien, les Maritimes et le Québec. «Je ne peux encore rien affirmer, mais je crois que les différences sont intergénérationnelles et culturelles. On peut notamment supposer que les Québécois boivent plus de bière en compagnie d'amis après le boulot et la fin de semaine. D'autres consomment plus de vin dans un environnement professionnel ou même en solitaire. Mais au Québec, en général, l'alcool semble associé à la fête, à la convivialité.»

Alcool et plaisir

Plusieurs études qualitatives en anthropologie et en sociologie ont porté sur le plaisir de boire, signale Marilyn Fortin. «À ce jour, aucune recherche quantitative n'a, à ma connaissance, été faite sur les habitudes de consommation d'alcool qui ne sont pas nocives pour la santé. Toutefois, il est important d'observer à grande échelle le rapport qu'entretiennent les individus avec l'acte de boire si l'on veut mieux comprendre les problèmes qui surviennent avec l'abus d'alcool», a-t-elle expliqué au cours d'une conférence organisée par l'Association francophone pour le savoir le 11 mai dernier.

Plus de 80 % des Canadiens consomment de l'alcool sans qu'apparaissent des problèmes sociaux et de santé. Pour eux, l'alcool est une source de plaisir et représente un marqueur de moments de sociabilité. Les médias parlent plutôt des complications relatives à la santé et des conséquences associées à la consommation d'alcool abusive. «Je pense que la consommation excessive est perçue par plusieurs comme un fléau. Et c'est vrai à certains égards, admet Marilyn Fortin. Encore trop d'accidents de la route sont imputables à l'alcool. Mais l'alcool a aussi des effets bénéfiques reconnus: plaisir associé à celui de manger, accroissement des relations sociales, réduction du stress lié au travail...»

Marilyn Fortin tente de jeter un nouvel éclairage sur les valeurs sociales associées à l’alcool.Cultures de la consommation

Mais prendre quelques bières entre amis, boire un verre de vin avec l'être cher et vider une bouteille de vodka en solitaire n'ont pas la même signification. La consommation d'alcool est intégrée dans une vaste série d'activités humaines. Ce n'est pas un phénomène isolé. «Les aspects psychosociaux de l'alcool et du contexte de consommation ont de l'importance lorsqu'il s'agit de comprendre les relations entre alcool, individu et société, estime Mme Fortin. Un ouvrier de la construction ne boit pas le même type d'alcool qu'un homme d'affaires, illustre-t-elle au cours d'un entretien à Forum. Il y a des distinctions socioprofessionnelles de consommation et de genre et c'est ce que je veux tenter de mieux cerner.»

Faisant une rapide rétrospective des connaissances sur le sujet, la conférencière a rappelé que la consommation d'alcool est un comportement qui se démarque d'autres habitudes relevées en santé publique. Celui-ci ne peut donc pas être étudié simplement en fonction de la fréquence et de la quantité de la consommation. «Il est très important de prendre en compte les situations et les raisons qui conduisent à consommer de même que les caractéristiques sociodémographiques de l'individu, note la chercheuse. Tous ces facteurs peuvent influencer la façon de boire.»

Ainsi, des recherches ont déjà démontré que les femmes qui ont fait des études universitaires sont plus susceptibles de consommer de l'alcool fréquemment mais modérément que celles dont le niveau de scolarité est inférieur. Chez les hommes, c'est l'inverse. Plus leur statut socioéconomique est bas, plus ils sont à risque de boire de façon excessive.

«L'objectif de mon étude est de jeter un éclairage nouveau sur les comportements liés à la consommation d'alcool au Canada et de favoriser une meilleure compréhension des besoins sociaux et valeurs sociales en matière d'alcool des populations canadiennes», souligne-t-elle.

À titre de jeune doctorante et maman d'un petit garçon, Marilyn Fortin a beaucoup de pain sur la planche. Elle a obtenu une réponse positive des Instituts de recherche en santé du Canada pour son projet d'études. Elle avoue que la recherche au troisième cycle est très exigeante. Mais elle adore. Elle trouve néanmoins le temps d'aller prendre une bière à l'occasion avec des amis. «Mais sans excès, évidemment!» dit la chercheuse le sourire aux lèvres.

Dominique Nancy

 

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