Les machos au volant : danger public!

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«L’agressivité semble profondément ancrée dans le stéréotype de genre masculin», affirme Julie Langlois. (Photo: iStockphoto)«Rattrapez cette voiture!»

C'est la consigne qu'on a donnée à 22 hommes installés dans le simulateur de conduite du Département de psychologie de l'Université de Montréal. Chaque comportement risqué (dépassements à droite, manœuvres menant à des dérapages, des sorties de route ou des collisions) était mesuré alors que les vitesses maximale et moyenne étaient calculées par l'ordinateur.

«Notre hypothèse de travail était que les conducteurs qui expriment une hypermasculinité, ceux qu'on appelle familièrement les machos, étaient plus disposés à prendre des risques que les autres pour arriver à rattraper la voiture», explique Julie Langlois, étudiante à la maitrise sous la direction de Jacques Bergeron. On n'a pas dit aux sujets de conduire au mépris des règles de sécurité et sans respecter le Code de la route, mais ils savaient que d'autres conducteurs avaient réussi la tâche en sept minutes.

Le résultat? «L'hypermasculinité contribuerait de façon importante à la prise de risque», affirme le rapport de recherche de la jeune femme, qui a servi de base à l'affiche qu'elle a présentée au congrès de l'Acfas le 11 mai. Si la tendance a été relevée dans le simulateur (de façon très légère), c'est surtout dans les questionnaires que le rapport entre machisme et dangerosité s'est manifesté. «On savait par des études précédentes que les hommes qui ont une personnalité macho rapportaient plus de comportements agressifs et d'attitudes intransigeantes sur la route. Nous avons voulu aller plus loin», relate la chercheuse qui a effectué cette étude à la fin de son baccalauréat en psychologie.

Julie Langlois et Jacques Bergeron C'est en observant les «jeunes du 450, coiffés d'une casquette à l'envers» que l'idée d'étudier ce lien lui est venue. Son professeur s'est vite montré intéressé, car il venait de terminer une étude sur la passion de conduire. «Certains hommes développent une passion pour la conduite qui les mène à l'obsession. Ils font plus que bichonner leur automobile dans le stationnement le samedi matin. Ils considèrent leur voiture comme un prolongement d'eux-mêmes. On les voit donc devenir extrêmement agressifs lorsqu'ils sont coupés ou klaxonnés sur la route.»

Qu'est-ce qu'un macho?

Même si leur nombre est difficile à établir au sein d'une population, les machos se caractérisent par leur conviction de la supériorité des hommes sur les femmes. Un questionnaire rédigé par un chercheur américain et publié en 2004 permet d'évaluer ce type d'hommes: l'Auburn Differential Masculinity Inventory.

Parmi les 60 questions posées aux répondants, on trouve les affirmations suivantes auxquelles ils doivent donner une appréciation de 1 («Ne me ressemble pas du tout») à 5 («Me ressemble totalement»): «Les hommes qui pleurent sont faibles»; «Si quelqu'un me met au défi, je lui laisse voir ma colère»; «De façon générale, les hommes sont plus intelligents que les femmes».

Les volontaires ignoraient qu'ils seraient évalués en fonction de leur machisme, mais quelques-uns se sont laissés happés par le défi, réussissant en moins de cinq minutes à atteindre l'objectif (rattraper la voiture). «Lorsqu'ils commettaient des infractions, on rajoutait des secondes à leur performance. On a relevé plusieurs sorties de route et dépassements illégaux, et même des collisions.»

Les sujets qui ne sont pas tombés dans le panneau ont attendu le bon moment pour accélérer ou dépasser une voiture. Leur temps d'exécution s'est avéré décevant (12 minutes), mais ils se sont montrés bien moins dangereux que les autres.

Comme la chercheuse le note dans son rapport, «l'agressivité semble profondément ancrée dans le stéréotype de genre masculin». On s'attendait donc à ce que l'homme «macho» affiche davantage de comportements dangereux que celui qui ne correspond pas à ce type. «Dans cette optique, une conduite agressive et risquée permettrait au conducteur d'exprimer sa masculinité, qui serait considérée ici comme un prédicteur de violation routière.»

Danger public

Le véhicule automobile est un endroit où s'expriment fortement certains traits de caractère, et la prévention de comportements à risque devient une affaire de sécurité publique. «Lorsqu'on est au volant, on doit s'attendre à ce que surviennent des situations imprévues: une personne vous coupe ou klaxonne, signale Jacques Bergeron, qui analyse le comportement routier depuis 25 ans. Parfois, ce sont des situations involontaires, comme un conducteur inexpérimenté qui omet de vérifier son angle mort.»

Le conducteur agressif qui se sent personnellement visé par le geste peut devenir un véritable danger public sur la route. Devrait-on lui refuser le permis de conduire? «Je crois que l'État peut intervenir, mais pas nécessairement en interdisant le permis», répond le professeur. Il indique que les études ne font que commencer dans ce domaine et qu'on est encore loin du jour où l'on pourra cibler avec précision un groupe de conducteurs comme celui qu'a étudié Julie Langlois.

Des campagnes de sensibilisation peuvent aider à conscientiser les conducteurs trop prompts. On en voit déjà dans les médias et il faut continuer, souligne l'expert.

Inscrite au cheminement honor, réservé aux meilleurs étudiants du baccalauréat en psychologie, Julie Langlois a eu l'occasion de mener ce projet de recherche qui se compare à une «minimaitrise» avant l'obtention de son diplôme de premier cycle. «J'ai beaucoup aimé me concentrer sur un projet de recherche, élaborer mon protocole et choisir mes sujets. D'ailleurs, j'ai eu envie de continuer.»

Elle s'est inscrite, depuis, à la maitrise et déposera son mémoire cet été. Son sujet: les usagers de cannabis et la prise de risque au volant.

Mathieu-Robert Sauvé

 

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