Les étudiants consomment, voyagent et... étudient

Imprimer

La «génération C» communique, collabore et crée. (Photo: iStockphoto)L'étudiant d'aujourd'hui veut être l'acteur de son apprentissage. Il veut s'approprier les savoirs et, pour cette raison, il n'est pas souhaitable que seul l'enseignement magistral soit favorisé.

«Non seulement les étudiants actuels sont surexcités, mais ils veulent participer à leur enseignement. Et cette exigence est mieux servie avec une diversité de méthodes d'enseignement. Si vous entrez dans une religion pédagogique, vous êtes fait à l'os», prévient Jacques Roy, membre chercheur à l'Observatoire Jeunes et société et enseignant au cégep de Sainte-Foy.

M. Roy a livré son «portrait sociologique des 12-24 ans» le 6 mai dernier devant une cinquantaine d'employés de l'Université de Montréal affectés pour la grande majorité au recrutement des étudiants. La génération C, tel était le thème de la rencontre. C pour «communiquer», «collaborer» et «créer».

La matinée de réflexion était organisée par l'équipe du recrutement, au premier chef Judith Picard, conseillère en recrutement au Service de l'admission et du recrutement, et Alexandre Chabot, vice-recteur adjoint à la vie étudiante.

«Nos clientèles évoluent. Les jeunes ont une vision différente de leur parcours scolaire et leur idée de la réussite n'est pas nécessairement celle que l'on croit», a résumé ce dernier d'entrée de jeu.

M. Roy, pour sa part, note aussi que les jeunes étudiants sont plus pragmatiques que jamais. «Nous avons en face de nous une génération “qu'essa donne”», indique le sociologue. C'est la raison pour laquelle il suggère, par exemple, de prendre tout le temps nécessaire pour expliquer le plan de cours en début de session de manière que l'utilité de la matière soit bien saisie.

Et gare aux cours jugés inutiles, car la concurrence est féroce au royaume des jeunes, qui, du moins au cégep, travaillent à temps partiel dans une proportion de 72 %. Et l'on peut penser qu'une portion significative d'entre eux continue à travailler une fois à l'université.

«Je vois mon rôle d'enseignant comme s'apparentant à celui d'un médiateur qui aurait à concilier les aspirations des jeunes et les exigences pédagogiques légitimes», dit-il encore.

Je dépense, tu dépenses, il dépense

Les jeunes sont de grands consommateurs et, s'ils travaillent pour s'offrir des biens divers, ils sont aussi mus par un désir d'autonomie. Ils ont de nombreux projets et souvent les études peuvent attendre. C'est pourquoi la trajectoire des étudiants n'est pas linéaire. Ils s'accordent volontiers des pauses d'études. En outre, un nombre important change de discipline, ce qui allonge la durée des études.

Valeurs identiques partout sur la planète

Jacques RoyD'autres caractéristiques ressortent des études de Jacques Roy. D'abord, les jeunes, quel que soit l'endroit d'où ils viennent, tendent à partager les mêmes valeurs.

«À l'heure de la mondialisation et des technologies numériques, les jeunes sont le produit d'une culture commune, qu'ils soient originaires de Chicoutimi ou d'Amsterdam. Les différences les plus marquées ont trait au milieu d'où est issu l'étudiant.» Ces jeunes sont aussi les enfants des chartes des droits. Ils abhorrent toute forme de discrimination et un débat sur l'adoption d'enfants par des couples homosexuels, qui suscitait des discussions enfiévrées il y a une décennie, tombe maintenant à plat. Il n'y a pas là d'enjeu.

Enfin, les jeunes sont peut-être trop occupés pour passer beaucoup de temps avec leurs parents, mais ils restent très attachés à leur famille. «C'est sans doute l'argument de la permanence, là où l'éphémère triomphe», propose Jacques Roy.

La famille peut également être vue comme une oasis dans un monde exigeant et stressant. Les jeunes sont en effet stressés, si l'on se fie à une étude devant paraitre en juin et à laquelle a contribué Jacques Roy: 58 % des étudiantes de cégep se disent stressées ou très stressées, comparativement aux garçons, qui affichent un score de 40 %.

Tous ces renseignements, on s'en doute, sont précieux pour les adultes qui travaillent dans les universités. Et qui veulent non seulement attirer les jeunes dans leur établissement, mais surtout les garder jusqu'à l'obtention du diplôme.

Paule des Rivières


 

Ils font quoi au juste sur Internet?

Philippe Aubé«Les filles jasent, les gars jouent.» Voilà, très résumées, les activités auxquelles s'adonnent les unes et les autres sur la toile. C'est du moins le constat que dresse Philippe Aubé, directeur de projet au Centre francophone d'informatisation des organisations (CEFRIO), à la suite d'une enquête menée à l'automne 2008 auprès de 2020 jeunes nés entre 1984 et 1996.

Au-delà de cette observation, M. Aubé a noté qu'un nombre relativement restreint de jeunes sont des créateurs sur Internet. Ainsi, seulement 24 % de ceux qui sont âgés de 12 à 24 ans ajoutent des contenus sur le Web. La grande majorité, 80 %, sont des spectateurs et près des trois quarts des utilisateurs de Facebook. Le courriel reste très populaire, puisque plus de 85 % des jeunes recourent régulièrement à cet outil de communication.

L'étude fournit une mine de renseignements sur les comportements des jeunes, mais présente le défaut d'englober dans la même catégorie les enfants de 12 ans et les adultes de 23 ans.

Cela dit, des habitudes sont relevées chez tous les groupes d'âge. Ainsi, 91 % des jeunes de l'enquête ont dit qu'ils employaient Internet pour leurs travaux. Et un tiers d'entre eux passent plus de 20 heures sur Internet chaque semaine.

Par ailleurs, les jeunes ne sont pas très tendres envers leurs enseignants et leurs habiletés technologiques: près de la moitié estiment que seulement quelques-uns de leurs professeurs sont très au fait des nouvelles technologies.

Enfin, les jeunes sont les premiers à admettre qu'ils aimeraient être mieux informés quant à la fiabilité des sources et des outils de recherche. En bref, s'ils sont entichés de technologies, il leur reste encore beaucoup à apprendre.

P.d.R.

 

Sur le Web

 

Dossiers

 

La Faculté des sciences infirmières célèbre ses 50 ans

Colloques, hommages, retrouvailles, la Faculté des sciences infirmières de l'Universit...

 

En mai, on célèbre le mont Royal!

Le mont Royal est indissociable de l'histoire de l'Université de Montréal, dont le camp...

 

Sortir de sa bulle grâce à l'interdisciplinarité

En militant, il y a plus de 25 ans, pour une pensée complexe qui accueillerait l'enchevê...

Le chiffre

19,6 %

À l'automne 2011, les étudiants non canadiens – soit les étudiants résidents permanents et les étudiants internationaux − comptaient pour 19,6 % des étudiants inscrits à l'UdeM.

Lire la suite...