Quelle est l'image de la diversité culturelle dans le matériel didactique?

Imprimer

Sivane Hirsch, Marie Mc Andrew et Carole CoutureLes efforts investis depuis 30 ans par le ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) pour corriger la représentation des minorités culturelles dans le matériel didactique semblent avoir porté leurs fruits, du moins en ce qui concerne la représentation de la minorité musulmane. Pour ce qui est de la représentation du génocide subi par les juifs lors de la Seconde Guerre mondiale, le contenu informatif laisserait plutôt à désirer.

Ces deux constats, qui découlent de travaux réalisés à la Chaire de recherche du Canada sur l'éducation et les rapports ethniques, illustrent bien la difficulté de concilier des attentes différentes quant au traitement de la diversité culturelle. Marie Mc Andrew, titulaire de la Chaire, en a fait l'objet d'un séminaire le 30 janvier dernier. Outre les travaux relatifs à l'islam et à l'holocauste, la coordonnatrice du Bureau d'approbation du matériel didactique du MELS, Carole Couture, a expliqué le processus d'approbation des manuels (voir l'encadré).

Les stéréotypes grossiers sont chose du passé

Selon l'étude d'une équipe dirigée par Marie Mc Andrew, il y aurait une «amélioration significative» du traitement de l'islam par les manuels scolaires québécois approuvés en 2006 par rapport à ce qui était observé dans ceux de 1980 et de 1990. L'analyse a porté sur 88 manuels du primaire et du secondaire allant de l'enseignement de l'histoire à celui du français en passant par l'enseignement religieux.

«Dans les années 80, on trouvait beaucoup de représentations et d'attitudes fortement négatives. Dans la décennie suivante, on note une disparition de ces représentations, mais le traitement demeure superficiel et marqué d'erreurs factuelles. Si les stéréotypes grossiers font partie du passé, il subsiste, en 2006, des biais ethnocentriques dans le traitement scientifique du sujet, soit par omission ou par surreprésentation de certains enjeux», a relaté Mme Mc Andrew.

Si le traitement de l'islam est à présent plus approfondi, les chercheurs déplorent certaines limites comme l'importance accordée aux interdits de la charia. Ils reprochent aussi des erreurs factuelles telle une confusion persistante entre Arabes et musulmans et de l'information dépassée comme l'insistance sur les déserts au détriment de la vie urbaine.

Pour ce qui est des faits historiques, Marie Mc Andrew mentionne à titre d'exemple positif l'introduction de la perspective musulmane dans le traitement des croisades. La présentation de ces conflits serait par contre trop centrée sur les racines religieuses et l'on remarque l'utilisation de «termes négatifs non contextualisés» comme l'expression «infidèles» à l'endroit des chrétiens.

Quant au traitement des musulmans résidants du Québec, le corpus se limite aux aspects folkloriques telle la nourriture et à l'inévitable question des accommodements raisonnables et du statut des femmes.

Marie Mc Andrew est bien consciente que la recherche de rectitude à tout prix comporte un risque de dérive vers un éloge panégyrique et que le fait de vouloir tout dire peut aussi devenir indigeste.

«Nous sommes passés du manuel “récit”, où l'on dit quoi penser, au manuel “outil”, où les questions demeurent plus ouvertes mais aussi plus ambigües et avec plus de latitude laissée aux enseignants», observe la professeure.

Chose étonnante, les chercheurs n'ont pas souligné la perspective explicitement croyante présente dans des extraits de manuels d'histoire. On utilise par exemple l'expression «Terre sainte» pour nommer la Palestine, on dit que les chrétiens veulent reprendre Jérusalem, «où se trouve le tombeau du Christ», et que le Coran contient «les révélations faites à Mahomet».

Des omissions importantes quant à l'holocauste

Le tableau est fort différent quand on cherche non pas à relever la présence de stéréotypes mais la justesse de l'information liée à un fait historique. C'est cette dernière approche qu'a retenue Sivane Hirsch, chercheuse postdoctorale à la chaire sur l'éducation et les rapports ethniques, pour analyser le traitement de l'holocauste dans les manuels d'histoire et d'éducation à la citoyenneté employés au secondaire.

Pour l'ensemble du matériel analysé, la chercheuse estime que la question de l'holocauste est abordée de façon partielle et sans véritablement répondre aux questions factuelles «qui?», «quoi?», «pourquoi?», «comment?», «quand?», «quelle étendue?», etc. «Il y a un manque de contextualisation de l'holocauste et du conflit mondial, affirme-t-elle. On ne dit rien de la vie des juifs et de l'antisémitisme avant la guerre en Europe et ailleurs. Les termes sont insuffisamment définis et la présentation du sujet ne répond pas aux exigences de base.»

Sivane Hirsch déplore également le silence total sur la résistance des juifs, sur le fait qu'il y a eu des survivants et sur ce qui se passait au Québec à ce moment-là. «Le sujet est vu, mais on n'en connait rien», a-t-elle conclu.

Des propos qui rejoignent l'ensemble des critiques sur la réforme pédagogique, à laquelle on reproche d'avoir évacué le contenu.

Daniel Baril


 

 

Sus aux stéréotypes

Papa lit son journal pendant que maman s’affaire à trouver une petite musique qui conviendrait à l’activité de monsieur. Cette image tirée d’un manuel scolaire québécois est disparue depuis longtemps. Par contre, il reste beaucoup à faire quant à la représentation des communautés culturelles dans les ouvrages didactiques, en allant au-delà des clichés.L'examen des contenus du matériel didactique visant une représentation égalitaire des groupes sociaux a débuté il y a une trentaine d'années avec le désir d'éliminer les stéréotypes sexistes des manuels scolaires. L'opération s'est par la suite étendue à toutes les minorités, soit les autochtones, les communautés culturelles, les handicapés, les personnes âgées et les «groupes qui se distinguent par leur orientation sexuelle ou leur appartenance religieuse».

«Notre critère d'évaluation est la représentation démocratique et pluraliste de la société», précise Carole Couture, coordonnatrice du Bureau d'approbation du matériel didactique du MELS. Les responsables évaluent les guides d'enseignement destinés aux professeurs, les manuels destinés aux élèves ainsi que les ouvrages de référence afin de s'assurer que les diverses minorités constituent au moins 25 % des exemples contenus dans les textes, photos et consignes. Les minorités culturelles doivent à elles seules compter pour 15 %.

Ces normes sont toutefois différentes pour le cours Éthique et culture religieuse, qui doit donner préséance au christianisme, ainsi que pour le cours d'histoire, qui ne peut faire abstraction des réalités sociologiques et historiques du groupe majoritaire. En plus du critère quantitatif, les responsables tiennent compte du contexte dans lequel se trouvent les personnages afin d'éviter les stéréotypes.

Les cahiers d'exercices que les élèves ont en main ne sont pas soumis au processus d'approbation du ministère. «Le choix de ces cahiers relève de l'école et nous sommes conscients qu'ils peuvent contenir des éléments problématiques», reconnait la coordonnatrice.

L'éditeur de matériel pédagogique doit de plus déposer une attestation d'évaluation scientifique du contenu. Les modalités de cette évaluation sont de sa responsabilité.

Pour recevoir l'approbation du MELS, le matériel doit satisfaire à ces exigences. Curieusement, il arrive que des éditeurs soumettent leurs documents après en avoir fait imprimer plusieurs milliers d'exemplaires. «Si le matériel est inadéquat et ne répond pas aux critères, il pourra être refusé même s'il en existe déjà 10 000 exemplaires», assure Carole Couture.

La coordonnatrice du Bureau d'approbation estime qu'un tel processus, cité en exemple à l'échelle internationale, permet d'éviter des dérapages majeurs.

D.B.

 

Dossiers

 

81e Congrès de l'Acfas

L’Université de Montréal est une fois de plus de la fête pour le 81e Congrès de l’...

 

Les communautés autochtones et inuites

Les liens entre la communauté universitaire et les Premières Nations ne sont pas très s...

 

L'emballante connexion de l'UdeM avec la Chine

Le 23 mars, le recteur, Guy Breton, a reçu un doctorat honorifique de l'Université Jiao ...

Le chiffre

733,4 M$

Le budget de fonctionnement 2013-2014 totalisera des dépenses de 733,4 M$, en hausse de 4,4 % sur l'année précédente.

Lire la suite...