Les chercheurs sont ouverts au transfert des connaissances

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Les recherches de Michel Janosz ont été largement «utilisées» pour la mise en place du programme gouvernemental Agir autrement, destiné aux écoles secondaires défavorisées. (Photo: BCRP)Contrairement à la rumeur, les chercheurs ne sont pas réfractaires aux activités de transfert des connaissances. Ils y sont même très favorables et il existe une relation positive entre le nombre d'activités scientifiques et les activités de transfert.

«Nous avons défait le mythe du chercheur trop occupé par ses travaux pour avoir du temps à consacrer au transfert des connaissances», affirme Christian Dagenais, professeur au Département de psychologie et directeur de l'évaluation au Centre de liaison sur l'intervention et la prévention psychosociales (CLIPP). Le transfert des connaissances est une exigence de plus en plus fréquente de la part des organismes subventionnaires, mais le milieu universitaire n'avait aucune information sur l'état de la situation.

Avec son collègue Michel Janosz, de l'École de psychoéducation, Christian Dagenais a dirigé une étude sur les besoins en cette matière auprès des chercheurs en sciences humaines et sociales. Cette étude a été effectuée par une équipe du regroupement VINCI (Valorisation de l'innovation et du capital intellectuel), qui réunit 16 unités de recherche et établissements affiliés à l'Université. Le rapport a été rendu public le 17 mars au cours d'une conférence.

Plus de recherche, plus de transfert

Pour évaluer les besoins des chercheurs, l'équipe de VINCI a au préalable voulu connaitre les attitudes quant aux activités de transfert et brossé un tableau des pratiques. Deux-cent-seize chercheurs ont répondu à l'appel en remplissant un questionnaire et 30 d'entre eux ont accepté d'accorder des entrevues plus poussées. Les responsables de cinq organismes subventionnaires et de cinq centres de liaison et de transfert ont également livré leur point de vue sur le sujet.

Les auteurs de l'étude ont d'abord constaté qu'il existe une confusion relativement aux termes utilisés pour parler de transfert. Pour les organismes subventionnaires du Québec, le mot «transfert» est réservé aux simples activités de diffusion telles les conférences et les publications, alors que le véritable transfert auprès des intervenants est appelé «valorisation». Selon Christian Dagenais, cette distinction ne se rencontre nulle part ailleurs. La définition que son équipe a retenue couvre «tout processus qui facilite l'utilisation ou l'application de résultats de recherche» en dehors du milieu universitaire. Le rapport recommande d'ailleurs de clarifier les termes et d'éviter les définitions locales.

Ceux qui ont participé à l'étude ont montré un vif intérêt pour les activités de transfert, même si ce n'est pas toujours bien vu par le milieu universitaire, qui perçoit parfois ce genre d'activités comme un passetemps. «Nous n'avons toutefois pas l'opinion de ceux qui sont contre», a précisé Christian Dagenais. Ces derniers ont tout simplement ignoré l'invitation lancée de façon aléatoire à 809 chercheurs.

Les activités de transfert les plus fréquentes sont les présentations de résultats de recherche à des utilisateurs potentiels ainsi que les discussions sur ces résultats avec les utilisateurs (faites respectivement par 91 et 87 % des répondants). Viennent ensuite les diffusions de résultats accompagnés de recommandations précises en vue de l'application (70 %), puis l'accompagnement des utilisateurs pour les aider à intégrer dans leur pratique les connaissances issues de la recherche (56 %). Les conférences et publications scientifiques destinées au milieu de la recherche ont été exclues.

Christian Dagenais«Les données montrent que plus on travaille en recherche appliquée et plus on est subventionné, plus l'attitude vis-à-vis du transfert est positive», souligne M. Dagenais. Ce qui est plus étonnant, c'est que plus on entreprend d'activités de recherche, plus on s'adonne aux activités de transfert, d'où la fin d'un mythe, d'après le responsable. Ces chercheurs voient un avantage dans le fait d'être en lien avec les milieux de la pratique tant pour l'orientation de leurs travaux que pour offrir des endroits de stage à leurs étudiants.

Les entraves au transfert

Du côté des facteurs qui entravent les activités de transfert, on invoque le manque de temps, le manque de personnel et de ressources financières pour assurer la logistique et la vulgarisation ainsi que le manque de reconnaissance de ces activités par le milieu universitaire aux fins de la promotion d'un professeur.

Sur ce dernier point, tous les répondants, les chercheurs comme les responsables des centres de transfert et des organismes subventionnaires, sont unanimes: les activités de transfert des connaissances devraient être incluses de façon explicite dans les tâches reconnues pour l'avancement.

«Ceci confèrerait une légitimité à ceux qui réalisent ou qui souhaitent réaliser [de telles activités], écrivent les auteurs du rapport. Nos résultats montrent que la réalisation de TC [transfert de connaissances] ne semble pas constituer un obstacle à la production scientifique. L'Université de Montréal pourrait tirer profit de la pertinence sociale dont jouissent ses chercheurs qui font du TC au sein de la population générale et des milieux de pratique.»

Le groupe VINCI poursuivra cette recherche afin d'avoir un portrait de la situation prévalant dans les autres universités et de voir par quels moyens on peut tenir compte du transfert des connaissances dans la promotion du chercheur. Le rapport est accessible sur le site du CLIPP (www.clipp.ca).

Daniel Baril

 

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