Le journal de James Murray sort de l'oubli

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James Murray, gouverneur de la province de Québec de 1764 à 1766. (Photo: Bibliothèque et Archives Canada)Au moment où la ville de Québec fêtait son 400e anniversaire, la Bibliothèque des livres rares et des collections spéciales travaillait à la numérisation d'un document qui éclaire un segment crucial de l'histoire de cette ville et qu'on croyait disparu: les Ordonnances, ordres, reglemens et proclamations durant le gouvernement militaire en Canada, du 28e oct. 1760 au 28e juillet 1764.

Ce document au titre très administratif regroupe 130 pages de textes manuscrits présentant les ordonnances qui s'adressent aux capitaines de milice et les règlements d'ordre public promulgués par James Murray, premier gouverneur sous le Régime anglais à Québec. James Murray a occupé ce poste dès la Conquête, en 1759, et jusqu'en 1764. Quand le gouvernement civil a été rétabli, il a été nommé gouverneur de la province de Québec, formée par la réunion des districts de Montréal, de Trois-Rivières et de Québec.

«L'intérêt du manuscrit est immense, car il comble une lacune importante dans l'histoire de Québec sous le régime militaire», déclare Sarah de Bogui, chef de la Bibliothèque des livres rares et des collections spéciales.

Aux archives canadiennes à Ottawa, on avait perdu toute trace du document. Un rapport daté de 1920 signale que «le journal du gouvernement de Québec est irrémédiablement disparu» et qu'«aucune copie n'a apparemment été préservée». On ne possédait à ce jour que 30 pages de textes relatifs à la règlementation en vigueur à Québec à cette époque alors que celles de Montréal et de Trois-Rivières semblaient complètes.

«Le manuscrit comble une lacune importante dans l'histoire de Québec», note Sarah de Bogui.Collection Louis-Melzack

Le document que possède l'UdeM fait partie de la collection léguée par Louis Melzack en 1972. Cette collection rassemble 1540 documents d'archives couvrant l'histoire du Canada de 1703 à 1812. «Louis Melzack connaissait la valeur des manuscrits de James Murray et savait que cette pièce était manquante dans les archives canadiennes, souligne Mme de Bogui. Des historiens se sont intéressés à cette collection au moment du legs, puis elle est tombée dans l'oubli.»

Après en avoir fait valider l'authenticité auprès de Bibliothèque et Archives Canada (voir l'encadré), la Bibliothèque des livres rares et des collections spéciales a reçu en 2006, par l'intermédiaire du Bureau du développement et des relations avec les diplômés, un don du British Council permettant de numériser et de transcrire ces textes règlementaires de James Murray.

Pour l'instant, on ignore toujours par qui et dans quel but ces documents ont été écrits et quel a été leur parcours avant de se retrouver dans la collection Louis-Melzack. «Ils sont rédigés en français et ne sont pas de la main de James Murray ni de son secrétaire, affirme Sarah de Bogui. Ils ont peut-être été copiés pour l'archivage ou pour témoigner des activités de l'époque.» C'est ce que les travaux des historiens permettront entre autres de tirer au clair.

Les textes des proclamations ont été transcrits dans un cahier de type scrapbook. «Les ordonnances étaient destinées surtout aux capitaines de milice et visaient à faire régner l'ordre, précise Mme de Bogui. On y trouve des règlements sur la circulation des biens et des personnes, sur la propriété des biens, sur les taxes et sur la vie quotidienne sous le régime militaire. Le discours est très paternaliste et bienveillant.»

Les pages excédentaires du cahier ont été complétées par des coupures de journaux de l'époque comprenant principalement des caricatures et des illustrations d'activités sportives. Ces pages n'ont pas été numérisées, mais elles ne sont pas dénuées d'intérêt puisqu'elles illustrent un passetemps d'alors tout en ouvrant une fenêtre sur l'actualité.

Accessible aux chercheurs

La numérisation facilitera grandement le travail des historiens. Le document est par ailleurs accompagné d'une transcription réalisée par l'historienne Nathalie Villeneuve; cette transcription permet de naviguer dans le document à l'aide des outils de recherche pendant que la version originale demeure affichée à l'écran.

Les amateurs d'histoire peuvent également le consulter sur le site de la Direction des bibliothèques, à l'onglet «Ressources électroniques», en cliquant sur «Calypso». Une fois dans le journal de James Murray, on peut afficher la transcription en choisissant l'élément «page et texte» dans le menu «Afficher» à gauche de l'écran.

Daniel Baril


 

Un papier signé Strasburg Lily

(Photo: Bibliothèque des livres rares et des collections spéciales de l'Université de Montréal)L'authentification du journal de James Murray a pu être possible grâce notamment à l'analyse du papier des manuscrits, qui comporte un motif en filigrane. «Chaque motif équivaut à la signature personnelle d'un papetier ou d'une dynastie de papetiers», explique Sarah de Bogui.

Le filigrane des manuscrits est celui qu'on trouve sur les papiers nommés «Strasburg Lily» et son décryptage révèle ce qui suit: «4+» et «IV» désignent Jean Villedary fils; «LVG» désigne Lubertus van Gerrevinck.

Jean Villedary fils (1758-1812) était un papetier d'origine française installé en Hollande et qui destinait sa production au marché hollandais; Lubertus van Gerrevinck (dynastie de 1690 à 1819) était quant à lui un papetier allemand dont le moulin était situé en Hollande également.

La marque «IV» accolée à l'acronyme «LVG» figure sur des papiers produits entre 1736 et 1825. Synonyme de qualité dans l'Europe tout entière, elle a été abondamment contrefaite. S'il n'est pas possible d'attribuer avec certitude ce Strasburg Lily au tandem Villedary fils-van Gerrevinck, les historiens sont en revanche assurés qu'il date bien du 18e siècle et qu'il provient d'une filière anglophone: s'il est authentique, il a été produit en Hollande, pays qui alimentait l'Angleterre; s'il est une contrefaçon, il vient directement d'Angleterre, où la marque a été largement utilisée.

 

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