«G pa c 1 super w-e» Si vous avez saisi ce texto provenant du téléphone cellulaire d'un adolescent («J'ai passé un super weekend»), c'est que vous êtes déjà familiarisé avec les raccourcis langagiers utilisés par les branchés de ce monde. Il y a aussi les messages qui finissent par «Je t'M» («Je t'aime») ou «Kl1» («Câlin»).
«On entend beaucoup dire que les jeunes ne s'intéressent pas à la langue écrite. C'est faux, ils communiquent par écrit beaucoup plus que moi à leur âge», dit le linguiste Patrick Drouin, 42 ans, qui lance une recherche sans précédent sur les messages textes en langue française. Il veut en recueillir 300 000 pour alimenter sa banque de données et les analyser ensuite avec d'autres chercheurs de l'Observatoire de linguistique Sens-Texte.
M. Drouin invite les auteurs de tous les âges à «donner leurs textos à la science», mais il s'attend à ce que les jeunes soient les premiers à répondre. «Nous voulons faire une analyse linguistique de ce mode de communication émergent. Techniquement, c'est très simple, car les appareils gardent en mémoire les messages textes envoyés et reçus. Ce sont ceux-là qui nous intéressent», explique-t-il.
La recherche du professeur du Département de linguistique et de traduction de l'Université de Montréal reprend une étude similaire entreprise en Belgique en 2004. Les chercheurs de l'Université catholique de Louvain avaient récolté 75 000 textos et avaient même stimulé la participation des usagers en leur demandant de récrire certaines phrases à leur façon. Par exemple, «Notre rendez-vous, c'était forcément aujourd'hui» avait donné lieu à des centaines de graphies différentes.
L'étude québécoise, qui s'étendra sur une année dont la moitié sera consacrée essentiellement à l'analyse des données collectées d'ici le 30 avril prochain, sera suivie d'un volet anglais qui se déroulera d'un océan à l'autre en 2010. «Nous serons en mesure de comparer les divers modes d'expression selon les populations participantes», indique M. Drouin, qui a été sollicité par les chercheurs belges pour explorer le volet nord-américain. Des expériences semblables seront effectuées ou sont en cours en France et en Suisse.
Outil utile
Pour des raisons culturelles, il semble que les Européens soient plus friands de messages textes, appelés plus couramment «SMS» (pour short message service). La facturation à l'appel, qui est plus répandue dans les pays d'Europe, ferait en sorte que les utilisateurs de téléphones portables préfèrent les messages textes que les communications orales. «Il y a plusieurs avantages aux textos, note le chercheur, comme la mémorisation des adresses de rendez-vous ou des numéros de téléphone. Il n'est pas nécessaire de les transcrire sur un bout de papier, que vous égarez dans vos poches.»
Mais pourquoi un langage aussi synthétique, qui renvoie davantage à la phonétique qu'aux règles grammaticales? Selon M. Drouin, les entreprises de téléphonie seraient en partie responsables du phénomène. «Certaines fixent à 136 caractères la longueur maximale des messages. Sinon, il faut payer les frais deux fois. L'habitude de comprimer les messages s'expliquerait ainsi.»
Inventivité ou paresse? «Un peu des deux sans doute. Il y a beaucoup de caractéristiques propres à l'adolescence ici», répond en riant le linguiste, qui est impatient de recevoir les premiers messages textes. Si l'expérience se révèle assez concluante, il envisage la possibilité de rédiger un dictionnaire des textos.
En tout cas, ce nouveau mode de communication est pour le chercheur une belle représentation de la vivacité de la langue. Selon le Livre Guinness des records, plus de 50 000 textos étaient envoyés chaque minute dans le monde en 2007.
Le projet Texto4Science est mené en collaboration avec l'Université d'Ottawa et l'Université Simon Fraser, de Vancouver. La Chaire Bell Canada en recherche interdisciplinaire sur les technologies émergentes, Atlas Telecom Mobile et le Centre de traitement automatique de la langue de l'Université catholique de Louvain sont aussi engagés dans le projet. Un chercheur du Département d'informatique et de recherche opérationnelle, Philippe Langlais, complète l'équipe.
Toute personne désireuse de prendre part au projet n'a qu'à envoyer ses messages textes au numéro 202202. Ils seront traités de façon confidentielle.
Mathieu-Robert Sauvé
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- Donnez vos textos à la science! (Durée : 2 min 57 s)
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