L'Université de Montréal offre depuis plusieurs années un baccalauréat en enseignement des sciences et des technologies au secondaire en tout point conforme aux exigences du ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) et qui répond donc aux besoins du renouveau pédagogique, cette réforme dont l'implantation dans les écoles québécoises sera achevée en 2009-2010. Biologie, physique, chimie, robotique, didactique, histoire et philosophie des sciences, pédagogie, stages en milieux de pratique, rien n'échappe à ce programme qui «analyse globalement» les sciences et les technologies, comme le veut la nouvelle approche.
Toutefois, un problème se pose: seulement une fraction de l'effectif étudiant attendu s'y inscrit chaque année. La moitié des places sont vacantes. «On a un besoin pressant de bons enseignants de sciences au Québec et les portes des universités sont grandes ouvertes aux étudiants désireux de faire ce métier. Mais la profession n'attire pas suffisamment de candidats», dit Jesús Vázquez-Abad, professeur au Département de didactique de la Faculté des sciences de l'éducation. Même le MELS reconnait cette lacune et commence à accepter différents moyens de la combler: nouveaux programmes plus souples, enseignement à distance, programmes communs entre universités.
Dans un document encore inédit qu'il vient de livrer à l'UNESCO dans le cadre d'un projet international visant à faire le point sur l'enseignement des sciences dans le monde, le professeur d'origine espagnole a fait la synthèse de la situation au Québec. Parmi ses constats, la désaffection des élèves pour les carrières qui font appel aux sciences constitue un problème majeur, tout comme le manque d'enseignants formés adéquatement en sciences.
Dans certaines écoles secondaires, la pénurie est telle qu'on doit recourir à du personnel qui n'a pas les compétences requises en sciences ou en pédagogie. Les directions invoquent la «tolérance», soit une procédure administrative permettant d'embaucher une personne disponible qui ne possède pas de permis d'enseigner.
Au primaire, la situation est encore plus préoccupante. «Plus de 80 % des élèves ont un enseignant qui n'a pas de formation significative en sciences. Cette situation persiste de nos jours», peut-on lire dans le document déposé à l'UNESCO.
Mince consolation, les experts qui ont observé la situation qui prévalait dans d'autres pays (États-Unis, Israël, Angleterre, France, Espagne, Inde, notamment) semblent tirer des conclusions similaires. Partout, on note des lacunes sur le plan de la formation des enseignants et du nombre de bons pédagogues. Cela inquiète l'UNESCO à une époque où le marché du travail se tourne résolument vers une économie du savoir.
Place aux sciences?
Pourtant, le renouveau pédagogique disait vouloir accorder une grande importance aux sciences, considérées comme un élément fondamental de la culture des citoyens de demain. Pour le didacticien, la réalité contredit ce principe puisqu'on a réduit le nombre d'heures allouées officiellement à l'enseignement des sciences au primaire. De 60 à 90 minutes dans l'ancien programme, on est passé à du «temps non réparti» dans le nouveau. L'enseignant peut consacrer du temps aux sciences, mais il peut aussi choisir une autre matière qui n'est pas jugée «de base».
Les promoteurs de la réforme pensaient pouvoir répartir l'enseignement des concepts et les expériences scientifiques et technologiques dans l'ensemble des matières scolaires au moyen de projets. Les enseignants devaient ainsi aborder des concepts scientifiques dans leurs cours de français, de langue seconde ou de mathématiques.
Il semble qu'on ne puisse pas parler de succès de ce côté. «Outre le malaise d'une grande partie des enseignants du primaire relativement aux sciences, chaque programme est si dense qu'il ne reste souvent plus de temps pour traiter de la question scientifique», résume l'expert.
On se compare et on se console
L'étude internationale dans laquelle s'inscrit le document du professeur Vázquez-Abad a pour objectif de préciser ce que devrait être l'approche idéale de l'enseignement des sciences. Et, même si plusieurs choses clochent dans notre système, l'auteur tient à souligner les éléments positifs. «Nous ne sommes pas en queue de peloton en ce qui concerne l'enseignement des sciences au secondaire. Nous faisons même l'envie de pays développés pour ce qui est de l'uniformité des enseignements.»
Dans certains pays, et pas des moindres, on trouve d'excellents programmes d'enseignement des sciences, mais les meilleures écoles côtoient les plus médiocres. Dans l'ensemble, la situation laisse à désirer. Au Québec, le niveau moyen serait assez fort.
Cela se reflète du côté des examens nationaux ou internationaux que les jeunes Québécois sont invités à passer de manière régulière. Bien qu'ils y obtiennent des notes plutôt faibles au primaire, ils s'y classent étonnamment bien au secondaire. Au Programme d'indicateurs du rendement scolaire de 2003, les élèves québécois de 13 ans se situaient au-dessus de la moyenne canadienne. En 2007, des élèves du même âge ont également bien paru au Programme pancanadien d'évaluation. Les scores moyens des élèves de l'Alberta et du Québec étaient significativement supérieurs à la moyenne canadienne.
Mais le résultat le plus impressionnant a été obtenu en 2006, à l'issu du Programme international pour le suivi des acquis des élèves, où l'on a testé les connaissances en sciences. Les élèves québécois de 15 ans se sont classés au quatrième rang des 57 pays ou territoires participants.
Sans mettre en doute de tels résultats, Jesús Vázquez-Abad mentionne que l'examen a été subi avant l'implantation du renouveau pédagogique. On attend avec impatience les prochaines notes, et les détracteurs de la réforme sont pessimistes.
En résumé, voici le tableau qu'on peut brosser de l'enseignement des sciences au Québec: au primaire, une formation déficiente des enseignants, peu de temps consacré aux sciences et de piètres résultats aux tests internationaux; au secondaire, une bonne infrastructure et de très bons résultats aux épreuves internationales. Mais on déplore une pénurie d'enseignants qualifiés, une nette désaffection pour les sciences et un décrochage scolaire touchant 30 % des jeunes.
Pourquoi s'intéresser à l'enseignement des sciences? Pour deux raisons, répond M. Vázquez-Abad. Pour former des scientifiques capables de satisfaire les besoins du marché du travail mais aussi pour que les citoyens de demain soient adaptés à un monde complexe qui fera de plus en plus appel à des connaissances et des compétences scientifiques et technologiques.
Mathieu-Robert Sauvé
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