Environ 15 % des enfants québécois ne savent toujours pas lire après les deux premières années du primaire. Ce sont parfois des allophones qui maitrisent mal le français. D'autres sont atteints de troubles d'apprentissage ou souffrent d'incapacités intellectuelles. Ce retard hypothèquera le reste de leur scolarité.
Mais aujourd'hui, il y a une lumière au bout du tunnel. Après presque 20 ans de travail, les chercheurs du Groupe de recherche DÉFI Apprentissage (GDA) de l'Université de Montréal s'apprêtent à offrir à ces enfants une version adaptée du manuel scolaire Signet, destiné à l'apprentissage du français et publié par les Éditions du Renouveau pédagogique.
Tous les textes y sont simplifiés. Ainsi, la phrase «Les romans pour les jeunes de ton âge fourmillent de scènes inspirées de la vie de tous les jours» devient «Les romans sont souvent inspirés de la vie de tous les jours».
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Dans sa forme, ce livre est identique à celui des élèves ordinaires: même page couverture, mêmes illustrations, même nombre de pages et pour ainsi dire mêmes exercices.
«En première et en deuxième année, on apprend à lire, tandis qu'en troisième année on lit pour apprendre, explique Jacques Langevin, coordonnateur du GDA. Si l'élève ne sait pas lire, on le transfère dans une classe spéciale. Et, quand on entre dans une classe spéciale, on n'en sort pas. Dès lors, ces élèves n'ont plus d'intérêt pour l'école. On en fait de parfaits décrocheurs.»
Le manuel scolaire adapté permet aux enfants concernés de demeurer dans la classe ordinaire, ce qui préserve leur motivation. «Cela favorise leur intégration dans les activités pédagogiques. Autrement, on les place au fond de la classe et on leur donne un livre de première année. Grâce au texte simplifié, ils ne se sentent ni exclus ni infantilisés», remarque M. Langevin, qui est professeur à la Faculté des sciences de l'éducation.
À l'état de prototype, ce livre facilite la collaboration entre l'école et les parents et contribue à assouplir la charge de travail de l'orthopédagogue et de l'enseignant. En effet, pas besoin d'adapter l'enseignement puisque le manuel s'en charge. Pas besoin non plus d'une longue formation, car le guide du maitre ne fait pas plus de 12 pages.
Un outil temporaire
Jacques Langevin précise que le manuel scolaire adapté n'est pas une béquille permanente, mais bien un outil temporaire. «Par le passé, nous avons mené des études de cas, notamment avec un garçon atteint d'incapacités intellectuelles légères. En deux ans, il savait suffisamment lire pour ne plus avoir besoin du livre adapté.»
Le prototype sera mis à l'essai cet automne. Ce projet fait partie du doctorat de Judith Beaulieu. «J'évalue l'efficience des manuels adaptés, mentionne-t-elle. Nous pourrons ainsi en repérer les qualités et les défauts avant une future commercialisation.»
Mme Beaulieu est à la recherche d'enfants âgés de huit ans intégrés dans une classe ordinaire de troisième année malgré un niveau de lecture de première année. Ils doivent bien entendu utiliser le manuel Signet. «C'est une contrainte, mais, malheureusement, nous n'avons pas les moyens de préparer des versions adaptées de toutes les collections distribuées au Québec», signale Jacques Langevin.
La doctorante réalisera deux collectes de données auprès des élèves, des enseignants et des parents, soit au début et à la fin de la mise à l'essai. Les résultats sont attendus cet hiver.
Simplifier n'est pas simple
Le manuel scolaire adapté est l'aboutissement de plusieurs années de travail. En effet, simplifier n'est pas simple! «Le texte doit être plus facile à lire et à comprendre, indique M. Langevin. Pour y arriver, on effectue plusieurs opérations comme éliminer des mots de plus de 9 lettres ou des phrases de plus de 10 mots. C'est long et fastidieux. Mais au fil des ans, on a créé des procédures pour standardiser la simplification.»
Les chercheurs ont également produit un manuel Signet en orthographe alternative – ou plutôt «ortograf altêrnativ» –, un mode autre d'écriture, au même titre que le braille, qui s'adresse aux personnes souffrant de difficultés d'apprentissage sérieuses. Lui aussi sera testé cet automne.
«Notre société a fait des efforts pour améliorer l'accessibilité physique aux bâtiments. On a investi pour aider les gens aux prises avec des handicaps visuels ou auditifs. Mais pour les incapacités cognitives, tout reste à faire. Pourtant, selon l'ONU, c'est le grand défi du 21e siècle», observe Jacques Langevin.
Marie Lambert-Chan
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Élèves recherchés
Judith Beaulieu recrute présentement des élèves de huit ans qui ont accumulé deux ans de retard en lecture et qui sont intégrés en troisième année dans une classe utilisant le manuel Signet.
Renseignements: 514 343-6111, poste 48458, ou judith.beaulieu.2@umontreal.ca.
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